
Théologie
L’Espérance de la Résurrection
25 octobre 2024
« Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts. »
Que devient-on après la mort ? Posez la question autour de vous, jusque dans une église, et la réponse la plus courante parlera d'une âme délivrée du corps, flottant dans une lumière céleste. L'image apaise, mais elle vient de Platon, non du Nouveau Testament. Le credo chrétien ne confesse pas « l'immortalité de l'âme » ; il dit « la résurrection de la chair ». La nuance n'a rien de scolaire : elle décide de ce que nous espérons, donc de ce que nous vivons.
Pour la pensée grecque qui domine au temps de Paul, le corps est une prison dont la mort nous délivre enfin : soma sema, « le corps est un tombeau ». Le salut, ce serait l'âme qui s'échappe. Aussi, quand Paul annonce à Athènes la résurrection des morts, on lui rit au nez : pourquoi vouloir récupérer un corps ? La foi biblique regarde tout autrement. Le corps est une créature de Dieu, déclarée bonne ; et la mort, loin d'être une sortie élégante, reste un ennemi, « le dernier ennemi qui sera détruit », écrit l'apôtre.
Tout l'édifice tient à un événement, et Paul refuse qu'on le change en symbole. Si Christ n'est pas ressuscité, vraiment, corporellement, alors « votre foi est vaine » et « nous sommes les plus malheureux de tous les hommes ». Il aligne les témoins encore vivants comme on verse des pièces à un dossier. Le tombeau vide n'illustre pas l'espérance qui renaît chaque printemps : il porte tout le reste. Le christianisme est la seule foi qui ait accepté de suspendre sa vérité entière à un fait qu'on pouvait, à l'époque, aller vérifier.
Puis vient le mot décisif : « prémices », aparchē en grec. Dans les moissons d'Israël, les prémices désignaient la première gerbe, portée au Temple comme échantillon et comme gage de tout ce qui viendrait derrière. Appeler Christ « les prémices de ceux qui sont morts », c'est refuser d'y voir une exception glorieuse. Sa résurrection ouvre un commencement contagieux. Ce qui est arrivé à son corps le matin de Pâques dessine à l'avance ce qui arrivera au nôtre. La moisson a commencé ; il ne manque plus que le reste du champ.
À quoi ressemblera cette suite ? Paul répond par l'image des semailles : on met en terre un corps corruptible, il se relève incorruptible ; on sème un corps méprisable, il ressuscite dans la gloire. Entre le grain et l'épi, il y a continuité et transfiguration ensemble. Le corps ressuscité du Christ nous fournit les seuls indices dont nous disposons. Il mange du poisson, il montre ses cicatrices, c'est bien lui, bien réel, et pourtant la mort n'a plus la moindre prise sur lui. Ni fantôme ni cadavre réanimé : une humanité enfin conduite jusqu'à sa vraie destination.
L'espérance biblique va plus loin que les corps. Romains 8 décrit la création tout entière qui « soupire » en attendant sa propre délivrance. Et l'Apocalypse ne se referme pas sur des âmes qui montent au ciel : elle montre une ville qui descend, des cieux nouveaux et une terre nouvelle. Dieu ne cherche pas à faire évacuer quelques rescapés loin du monde ; il veut renouveler le monde lui-même. L'éternité chrétienne n'a rien d'une évaporation. C'est une création réparée et habitée, plus réelle que celle-ci, et non moins.
Cette espérance travaille déjà la vie présente. Si le corps est promis à la résurrection, il n'est ni un rebut ni une idole, et le soin des malades, la dignité des mourants, le respect du corps qui vieillit deviennent des gestes chargés de théologie. Si la création doit être renouvelée plutôt que détruite, cultiver la beauté et garder la terre cesse d'être du temps perdu. Paul en tire lui-même la conséquence en 1 Corinthiens 15:58 : loin de nous inviter à rêver, il nous presse de tenir bon et de nous mettre à l'ouvrage : Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l'œuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur.(1 Corinthiens 15:58)
Rien de ce qui est semé en Christ ne se perdra dans la moisson.
Devant la mort, la sienne comme celle des siens, le chrétien n'oppose ni le déni, ni la résignation, ni une vague survie de l'âme. Il pleure, comme Jésus a pleuré devant la tombe de Lazare, sans pleurer pourtant « comme les autres qui n'ont point d'espérance », selon le mot de Paul aux Thessaloniciens. La dernière page ne sera pas un adieu au monde ; elle sera un matin de moisson. Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts.(1 Corinthiens 15:20)
Et Paul en donne l'ordre précis en 1 Corinthiens 15:23 : mais chacun en son rang. Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ, lors de son avènement.(1 Corinthiens 15:23)
Le reste du champ, c'est nous, et nous attendons le retour du Seigneur, qui viendra.
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