L'Esprit Éditorial
Mug en grès moucheté, mi-crème mi-bleu profond, posé sur un journal de lin devant une fenêtre ensoleillée, vapeur s’élevant doucement

Croissance7 min de lecture

La Patience Apprise à l’École de Dieu

30 octobre 2024

Mug en grès moucheté, mi-crème mi-bleu profond, posé sur un journal de lin devant une fenêtre ensoleillée, vapeur s’élevant doucement

« Soyez donc patients, frères, jusqu’à l’avènement du Seigneur. Voici, le laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard, jusqu’à ce qu’il ait reçu les pluies de la première et de l’arrière-saison. »

Jacques 5:7

« Encore ? » Le mot monte tout seul, dans la file d’attente, devant la messagerie qui ne répond pas, au chevet d’une prière restée sans réponse depuis des mois. Nous savons tout de l’instantané et presque plus rien de l’attente. Autour de nous, tout promet le sans-délai : la livraison arrive le jour même, la réponse en une seconde. Alors, quand Dieu prend son temps, nous soupçonnons une panne. La patience nous fait l’effet d’une vertu de vieux sage, d’une lenteur que notre monde pressé se croit permis de mépriser. Et pourtant l’Écriture en fait un fruit de l’Esprit. Ce n’est pas un tempérament reçu à la naissance ; c’est quelque chose que Dieu fait pousser en nous, et qu’il cultive patiemment lui-même. Il y a là une école, et nous y sommes tous inscrits, le plus souvent malgré nous.

Jacques la décrit par une image paysanne. Soyez donc patients, frères, jusqu’à l’avènement du Seigneur. Voici, le laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard, jusqu’à ce qu’il ait reçu les pluies de la première et de l’arrière-saison.(Jacques 5:7) Le cultivateur ne tire pas sur la tige pour la faire monter, et il ne déterre pas la semence chaque matin pour voir où elle en est. Il sait une chose que notre impatience oublie : entre les semailles et la moisson court un temps qu’on ne peut pas comprimer, et ce n’est pas du temps perdu, c’est du temps qui travaille. Les pluies d’automne et de printemps ne se commandent pas. Le laboureur les attend faute de pouvoir les produire, et cette impuissance même est le début de sa sagesse.

Le mot de Jacques mérite qu’on s’y arrête. Le grec dit makrothumia, mot à mot « la colère longue », une âme qui a de la longueur. Ce n’est pas l’endurance qui serre les dents devant les épreuves, que le grec appelle plutôt hypomonê ; c’est la lenteur à s’irriter contre les personnes. La patience biblique tient moins du calendrier que du cœur. Elle est le délai que j’accorde à l’autre avant de m’emporter, l’espace que je laisse à celui qui me déçoit. On comprend qu’elle soit si coûteuse : elle nous prend justement là où nous voudrions avoir raison tout de suite et régler la question sans attendre.

Or cette longueur d’âme, avant de nous être demandée, s’est d’abord exercée envers nous. Le Seigneur ne tarde pas dans l’accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance.(2 Pierre 3:9), écrit Pierre. Ce que nous prenons pour de la lenteur chez Dieu est en vérité sa patience : s’il réglait tout sur-le-champ, lequel d’entre nous tiendrait ? Chaque jour gagné avant le retour du Seigneur est un jour de grâce, une porte laissée ouverte. Le Dieu qui nous demande d’attendre est celui qui nous attend depuis bien plus longtemps que nous. Nous n’apprenons donc pas la patience à côté de lui, comme une matière abstraite ; nous l’apprenons en mesurant à quel point nous en avons nous-mêmes bénéficié.

La patience ne se décrète pas, elle se forme. On ne devient pas patient en lisant une page sur la patience, mais en traversant les délais que Dieu ne raccourcit pas : une guérison qui se fait attendre, une réconciliation qui tarde, un appel qui ne vient pas, un enfant qui met du temps à revenir. Ces saisons où rien ne bouge ne sont pas des parenthèses vides, elles sont la salle de classe. Dieu s’y sert du seul manuel qui enseigne pour de bon cette vertu, le temps lui-même, afin de desserrer notre besoin de tout tenir et de faire glisser notre confiance de nos échéances vers les siennes. Notre impatience, au fond, est une méfiance : elle suppose que rien n’arrivera si je ne force pas. La patience la guérit, parce qu’elle croit qu’un Autre tient les saisons.

Concrètement, repérez cette semaine l’endroit précis où votre « encore ? » revient le plus. Une personne, une situation, une prière. Plutôt que d’exiger l’échéance, posez un geste de laboureur : arrosez sans arracher. Un mot de douceur à celui qui vous exaspère, l’idée abandonnée de relancer pour la dixième fois, une prière que vous reprenez sans en surveiller le compteur. Cessez de juger l’attente à son résultat immédiat, et demandez-vous plutôt ce qu’elle est en train de faire pousser en vous. Si l’impatience remonte, et elle remontera, ne la prenez pas pour un échec, mais pour la petite sonnerie qui vous rappelle en classe.

Car il existe une échéance, une seule, qui ne décevra pas. Jacques rattache toute sa patience à l’avènement du Seigneur. Nous n’attendons pas dans le vide, nous attendons Quelqu’un. Celui qui a patienté jusqu’à la croix, qui n’est pas descendu quand on l’y défiait, qui a bu la coupe jusqu’au fond parce que l’heure n’était pas encore de régner mais de sauver, celui-là sait ce que coûte l’attente ; jamais il ne la demande à personne sans l’avoir portée le premier. La moisson viendra. Les pluies de l’arrière-saison tomberont. Et le laboureur qui a semé dans nos vies n’oublie pas le champ où il a mis sa graine.

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