
Théologie
La Septante, la Bible Grecque des Apôtres
20 juin 2026
« Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice ».
Voici une question toute simple, et elle ouvre un monde : quelle Bible les apôtres tenaient-ils en main ? Lorsque Paul rédige ses lettres, lorsque Jésus lui-même cite les Écritures, de quel texte s'agit-il ? Bien souvent, ce ne sont pas les rouleaux hébreux, mais une traduction grecque de l'Ancien Testament qu'on appelle la Septante. Le nom vient du latin septuaginta, « soixante-dix », en souvenir d'une tradition : une équipe de traducteurs juifs, à Alexandrie, aurait rendu la Loi en grec quelque trois siècles avant Jésus-Christ. Tout le monde méditerranéen parlait grec, et les communautés juives dispersées avaient besoin d'entendre la Parole dans la langue de tous les jours. Ainsi naquit la première grande traduction biblique de l'histoire. Et c'est elle, souvent, que citent les auteurs du Nouveau Testament.
Quand Paul écrit à Timothée que Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice ».(2 Timothée 3:16)
, les « saintes lettres » que le jeune homme connaît depuis l'enfance sont justement cet Ancien Testament grec. Sa mère et sa grand-mère, rappelle l'apôtre, les lui ont transmises. Il n'a pas commencé par l'hébreu de Jérusalem ; il a grandi dans le grec d'Alexandrie. Il y a là de quoi nous instruire. Dieu n'a pas attendu un texte « pur » et intouché pour parler au cœur des siens ; il s'est servi d'une traduction, œuvre humaine et patiente, pour conduire des générations jusqu'à la sagesse du salut. Jamais la Parole de Dieu n'a redouté de passer d'une langue à l'autre. Dès l'origine, elle a voulu se faire comprendre, et non se tenir enfermée dans un idiome réservé aux savants.
Les traces de cette Bible grecque parsèment le Nouveau Testament. Lorsque Matthieu annonce qu'une vierge enfantera, il suit le mot grec de la Septante, parthenos, « vierge », là où l'hébreu employait un terme plus large. Quand les auteurs citent les Psaumes ou Ésaïe, leur formulation épouse souvent celle des traducteurs d'Alexandrie plutôt que le texte hébreu. Ce n'est pas là une curiosité d'érudits : cela laisse voir une providence discrète. La Parole était déjà prête, dans la langue commune de l'Empire, pour l'annonce de l'Évangile au monde entier. Quand l'Église est née à la Pentecôte et s'est répandue de ville en ville, elle disposait d'un Ancien Testament que Grecs et Juifs pouvaient lire ensemble. Dieu avait, en quelque sorte, dressé la table des Écritures bien avant d'y convier les nations. Rien, dans son dessein, ne se fait au hasard.
Cette histoire ancienne nous rejoint plus qu'on ne croit. Nous aussi lisons une traduction ; nous sommes peu à manier l'hébreu et le grec. Certains s'en inquiètent, comme si la Parole perdait de sa force en changeant de langue. À cette peur, la Septante répond avec douceur. Si Jésus et les apôtres ont honoré une traduction, s'ils l'ont citée et s'en sont nourris, alors nous pouvons ouvrir notre Bible française en confiance. Ce n'est pas la langue d'origine qui rend la Parole vivante, c'est l'Esprit qui l'accompagne. Revenir au texte hébreu ou grec éclaire et enrichit, bien sûr, et ce travail est précieux. Mais le simple croyant qui n'a que sa Segond entre les mains tient, lui aussi, la Parole de Dieu. La traduction n'est pas un pis-aller ; elle est le signe d'un Dieu qui se penche vers nous et parle notre langue.
Reconnaître cela n'affaiblit en rien l'autorité de l'Écriture. La Bible demeure la seule règle sûre de notre foi, quelle que soit la langue par laquelle elle nous atteint. La Septante ne nous invite pas à relativiser la Parole ; elle nous invite à admirer la patience de Dieu, qui l'a fait parvenir jusqu'à nous de traducteur en traducteur, de siècle en siècle. Et toutes ces pages, hébraïques ou grecques, convergent vers un même centre. Sur le chemin d'Emmaüs, le Ressuscité ouvre les Écritures à ses disciples : Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait.(Luc 24:27)
La Loi, les Prophètes, les Psaumes que lisaient les apôtres racontaient déjà Christ. La Septante n'était pas qu'un exploit de langue ; elle était un long chemin préparé pour que l'annonce du Sauveur retentisse dans la langue du plus grand nombre.
Que retenir pour cette semaine ? D'abord une gratitude toute simple. La Bible posée sur notre table est le fruit d'une immense chaîne de fidélité : des traducteurs d'Alexandrie aux copistes, jusqu'aux artisans de la Segond, des hommes ont peiné pour que la Parole nous parvienne dans nos propres mots. Ouvrons-la sans nous croire trop ignorants : ce que nous y lisons suffit à nous rendre sages en vue du salut, par la foi en Jésus-Christ. Ensuite une confiance. Nul besoin d'un savoir d'expert pour rencontrer le Sauveur ; il vient à nous par le texte que nous tenons, humble et vrai. Prenons donc un passage, cette semaine, et lisons-le en cherchant Celui vers qui tout converge. La grâce ne se cache pas derrière une langue rare : elle nous parle, aujourd'hui, dans la nôtre.
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