L'Esprit Éditorial

Méditation

Jéhova-Jiré : à la Montagne, il Sera Pourvu

21 juin 20268 min de lecture
Paysage minimaliste à l'aube, brume douce sur des collines baignées d'une lumière dorée
Paysage minimaliste à l'aube, brume douce sur des collines baignées d'une lumière dorée

« Abraham donna à ce lieu le nom de Jehova-Jiré. C'est pourquoi l'on dit aujourd'hui: A la montagne de l'Éternel il sera pourvu. »

Genèse 22:14

Il est des noms de Dieu qui naissent d'une doctrine, et d'autres qui naissent d'une épreuve. Jéhova-Jiré appartient à la seconde sorte. Abraham vient de vivre les heures les plus lourdes de sa vie : appelé à offrir Isaac, le fils de la promesse, il a marché trois jours vers la montagne, il a lié son enfant, il a levé le couteau. Et c'est au dernier instant, quand Dieu retient sa main et lui montre un bélier retenu par les cornes dans un buisson, qu'Abraham donne à ce lieu un nom : (Genèse 22:14) Ce nom n'est pas une théorie sur la providence ; c'est le cri d'un homme qui a vu Dieu pourvoir là où il n'attendait plus rien.

Le nom lui-même mérite qu'on s'y arrête, car il éclaire tout le récit. Jéhova-Jiré signifie « l'Éternel verra », ou « l'Éternel pourvoira ». Le verbe hébreu qui est là, ra'ah, veut d'abord dire voir ; mais dans cette langue, voir au sens de Dieu, c'est aussi prévoir et pourvoir. Le Dieu qui voit est celui qui, ayant vu le besoin, y a déjà pourvu. Et ce mot, « voir », court à travers tout le chapitre : Abraham avait dit à son fils, plus tôt sur le chemin, (Genèse 22:8) Il l'avait affirmé sans savoir comment ; il l'a ensuite vu se réaliser sous ses yeux. Le nom scelle ce qu'il avait cru avant de le comprendre.

Notons bien où se trouve la provision : sur la montagne, c'est-à-dire au lieu même de l'épreuve. Dieu n'a pas épargné à Abraham la montée, ni la question déchirante, ni le poids du couteau. Il n'a pas fait disparaître l'épreuve ; il a pourvu au cœur de l'épreuve. C'est un point que notre foi a besoin d'entendre. Nous voudrions un Dieu qui nous éviterait les montagnes ; l'Écriture nous montre un Dieu qui pourvoit sur la montagne, souvent au dernier moment, rarement en avance sur notre angoisse. La provision d'Abraham ne lui a pas été montrée au pied de la colline, mais au sommet, quand tout semblait perdu.

Soyons honnêtes sur ce que ce texte ne dit pas. Il ne promet pas que chaque épreuve se dénouera par un bélier providentiel, que toute maladie sera guérie et toute perte compensée. Abraham est un cas unique, et la Bible ne fait pas de sa délivrance une recette. Ce que le récit enseigne, ce n'est pas que Dieu nous épargnera toujours le sacrifice, mais qu'il est digne de confiance jusque sur la montagne, et que sa manière de pourvoir dépasse presque toujours ce que nous imaginons. Croire en Jéhova-Jiré, ce n'est pas s'assurer contre la souffrance ; c'est s'appuyer sur un Dieu fidèle quand la souffrance, elle, ne s'assure de rien.

Ce nom appelle d'ailleurs une réponse qui n'est arrivée que bien plus tard. Sur cette montagne, un père a été dispensé d'offrir son fils, et un bélier est mort à la place d'Isaac. Mais le Nouveau Testament nous conduit sur une autre colline, où un autre Père n'a pas retenu son bras. (Romains 8:32) Là où Abraham a reçu un substitut, Dieu lui-même en a fourni un pour le monde entier. Et Jean-Baptiste, montrant Jésus, a repris exactement le mot d'Abraham : Le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit: Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde.(Jean 1:29) L'agneau qu'Abraham disait que Dieu se pourvoirait, il l'a pourvu pour de bon, à la croix. Jéhova-Jiré trouve là son accomplissement le plus profond : Dieu a vu notre besoin le plus grave, et il y a pourvu de son propre Fils.

Voilà pourquoi méditer ce nom n'a rien d'un exercice abstrait. C'est se tenir devant un Dieu qui voit d'avance ce que nous ne voyons pas encore, et qui a déjà réglé, à la croix, la question la plus lourde de toutes, celle de notre réconciliation avec lui. Si le plus grand besoin a été comblé de cette manière, comment ne nous donnerait-il pas aussi ce qui est moindre, en son temps et à sa façon ? La confiance ne repose pas sur la garantie d'obtenir ce que nous voulons, mais sur la certitude d'un Dieu qui a prouvé jusqu'où va sa provision.

Cette semaine, repère l'endroit de ta vie qui ressemble à une montée vers une montagne, un lieu où tu ne vois que le sacrifice et pas encore la provision. Sans forcer ta joie, dépose-le devant Dieu et redis ce vieux nom gravé par Abraham : (Genèse 22:14) Ne cherche pas à deviner comment il pourvoira ; souviens-toi seulement qu'il voit, et qu'il a déjà pourvu là où cela comptait le plus. Il se peut que tu ne découvres le bélier qu'au sommet ; mais le sommet, avec lui, n'est jamais le lieu où l'on est abandonné.