Le Sommeil, Acte de Confiance en Dieu
21 avril 2025

Eau ondulant doucement et reflétant la pâle lumière du matin, tons bleus ardoise et sable
« Je me couche et je m'endors en paix, Car toi seul, ô Éternel! tu me donnes la sécurité dans ma demeure. »
Chaque nuit, il y a un instant que nous franchissons sans y penser et qui pourtant en dit long sur notre foi : celui où nous fermons les yeux et cessons de tenir le monde. Pendant le sommeil, plus rien à surveiller, plus rien à décider, plus rien à défendre. Le corps se couche sans garde, livré au repos comme à une petite mort de chaque jour. C'est un aveu que nous répétons sept fois par semaine sans en mesurer la portée : le monde tourne sans nous, et il tourne bien. Le jour durant, nous nous croyons indispensables ; la nuit nous rappelle avec douceur qu'un Autre veille quand nous cessons de veiller, et que tout ne s'écroule pas à l'instant où nous lâchons prise.
David écrit ces mots dans la détresse, quand ses ennemis le pressent : Je me couche et je m'endors en paix, Car toi seul, ô Éternel! tu me donnes la sécurité dans ma demeure.(Psaume 4:9)
Le terme hébreu que la Segond rend par « en paix », shalom, ne se réduit pas à l'absence de bruit ou de danger. Il dit une plénitude, une vie remise en ordre et rendue entière. Ce n'est pas la paix de celui qui n'aurait aucun souci ; c'est la paix de celui qui a déposé ses soucis en de bonnes mains. Si David s'endort, ce n'est pas que la menace se soit dissipée. C'est que sa sécurité ne repose plus sur sa propre vigilance, mais sur Celui qui, lui, ne dort jamais.
Notre époque a fait de l'insomnie une épidémie silencieuse, et les causes en sont nombreuses, parfois lourdes. Mais l'une d'elles porte un nom simple : le refus de lâcher prise. Nous restons éveillés à recompter nos problèmes comme on recompte une somme, convaincus qu'à force d'y penser nous finirons par les dénouer. L'esprit tourne, refait les conversations de la veille, anticipe des catastrophes, monte la garde contre un avenir qui n'est pas là. Il y a dans tout cela une forme d'orgueil inquiet : s'imaginer que si nous posions le fardeau une seule nuit, tout sombrerait. Le sommeil devient alors le terrain d'un combat spirituel très concret, où il faut apprendre, dans le noir, à confier ce que de toute façon nous ne pouvons pas tenir.
Un autre psaume nous rejoint ici avec une tendresse presque provocante : En vain vous levez-vous matin, vous couchez-vous tard, et mangez-vous le pain de douleur; il en donne autant à ses bien-aimés pendant leur sommeil.(Psaume 127:2)
Voilà de quoi bousculer tout notre culte de l'effort. Nous imaginons nos résultats proportionnels à notre agitation, aux heures grignotées sur la nuit, à notre anxiété laborieuse. L'Écriture ose l'inverse : Dieu donne à ses bien-aimés pendant leur sommeil. Il travaille là où nous avons cessé de travailler. Cela ne condamne pas le labeur honnête, cela le remet à sa juste place. Nous ne sommes pas les auteurs derniers de nos vies, seulement des ouvriers aimés, invités à se reposer sans remords dans les bras d'un Père.
Gardons-nous, pourtant, d'une lecture cruelle de ces textes. Dire que le sommeil est un acte de confiance ne revient pas à accuser d'incroyance celui qui ne dort pas. Bien des nuits blanches viennent de la douleur, de la maladie, d'un chagrin encore à vif, et il serait odieux d'y ajouter le poids d'une culpabilité spirituelle. Job a connu ces nuits où l'on attend le matin, et ces matins où l'on attend le soir, sans que Dieu le lui reproche. À l'insomnie, l'Écriture n'oppose pas l'ordre de croire davantage ; elle offre la présence de Celui qui veille avec nous dans le noir. Il arrive que la foi ne soit pas de s'endormir tranquille, mais de traverser la nuit blanche sans lâcher la main de Dieu.
Comment faire, très concrètement, du coucher un exercice de confiance cette semaine ? Avant d'éteindre, prends l'habitude de remettre à Dieu, à voix basse, une seule chose, celle qui pèse le plus lourd. Pas une longue liste anxieuse : un geste tout simple de dépôt. « Seigneur, ceci est trop lourd pour moi, je te le laisse pour cette nuit. » Tu peux relire un verset, celui de David par exemple, et le garder sur les lèvres jusqu'à t'endormir. Et si l'inquiétude revient te réveiller à trois heures du matin, ne l'affronte pas à la seule force de ta volonté ; redis-lui plutôt que Dieu veille. Le but n'est pas de te contraindre à dormir. Il est d'apprendre, nuit après nuit, à desserrer les doigts.
Le sommeil, au fond, nous prêche l'Évangile mieux que bien des sermons. Chaque soir, il nous répète que nous ne nous sommes pas donné la vie et que nous ne la tenons pas en éveil, que tout, jusqu'à notre prochain souffle, nous vient d'un Autre. Il rappelle que le salut ne se fabrique pas plus que le repos : l'un et l'autre se reçoivent. Christ a tout accompli à la croix pendant que nous n'y étions pour rien ; il ne nous reste qu'à nous reposer dans cette œuvre achevée une fois pour toutes. S'endormir en paix, c'est laisser le corps confesser ce que le cœur croit : que Dieu tient et qu'il garde, et que nous pouvons, sans honte, cesser un moment de jouer les dieux fatigués pour redevenir des enfants aimés.
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