L'Esprit Éditorial
Art de Vivre8 min de lecture

Vieillir avec Grâce et Espérance

25 avril 2025

Journal ouvert au papier crème, brin de lavande séchée et stylo doré, baignés d’une douce lumière matinale

Journal ouvert au papier crème, brin de lavande séchée et stylo doré, baignés d’une douce lumière matinale

« Jusqu'à votre vieillesse je serai le même, Jusqu'à votre vieillesse je vous soutiendrai; Je l'ai fait, et je veux encore vous porter, Je vous soutiendrai et vous sauverai. »

Ésaïe 46:4

Notre époque entretient un rapport gêné avec le temps qui passe. Elle fête la jeunesse, gomme les rides, repousse jusqu'à l'idée du vieillissement comme une nouvelle qu'on aimerait mieux ne pas recevoir. Contre cet air du dehors, l'Écriture ose une parole d'une tendresse rare. Par la bouche d'Ésaïe, Dieu parle à son peuple qui vieillit : Jusqu'à votre vieillesse je serai le même, Jusqu'à votre vieillesse je vous soutiendrai; Je l'ai fait, et je veux encore vous porter, Je vous soutiendrai et vous sauverai.(Ésaïe 46:4) Le monde propose de lutter contre le temps ; Dieu propose de le traverser porté. Ce n'est pas la promesse d'une jeunesse sans fin. C'est mieux : la présence d'un Dieu qui ne bouge pas et qui demeure, quand tout en nous se transforme et parfois nous file entre les doigts.

Un verbe revient et frappe : « porter ». Dieu se compare, sans le dire tout à fait, à celui qui prend un enfant dans ses bras. La vieillesse opère un renversement très doux : après avoir longtemps porté les autres, nos enfants, nos charges, nos projets, vient l'heure où l'on est porté à notre tour. Notre orgueil se cabre devant cette dépendance ; nous voudrions rester du côté de ceux qui donnent, jamais de ceux qui reçoivent. Mais Dieu ne décrit pas cette dépendance comme une déchéance. Il en fait le lieu où sa fidélité se montre le mieux. Se laisser porter n'a rien d'humiliant. C'est entrer un peu plus avant dans la vérité de ce que nous sommes, des créatures. Autonomes, nous ne l'avons jamais été ; la vieillesse le met simplement au grand jour.

Rien de tout cela ne nie les pertes. La Bible ne se raconte pas d'histoires : elle sait le cortège de deuils que la vieillesse amène, la force qui baisse, les amis qui s'en vont, un monde qui change plus vite qu'on ne le suit. L'Ecclésiaste décrit avec une lucidité qui serre le cœur ces années dont on finit par dire : Mais souviens-toi de ton créateur pendant les jours de ta jeunesse, avant que les jours mauvais arrivent et que les années s'approchent où tu diras: Je n'y prends point de plaisir.(Ecclésiaste 12:1) Peindre le vieillissement en rose serait malhonnête. Seulement, il y a loin entre traverser ces épreuves seul et les traverser tenu par une main fidèle. L'espérance chrétienne ne consiste pas à nier la nuit. Elle consiste à savoir qui marche avec nous dedans. Reconnaître la perte sans se laisser engloutir par elle, c'est l'équilibre difficile auquel la foi nous rend peu à peu capables.

L'Écriture ose encore une autre affirmation, à rebours de tout : la vieillesse peut porter du fruit. Le Psaume 92 dit des justes qu'Ils portent encore des fruits dans la vieillesse, ils sont pleins de sève et verdoyants,(Psaumes 92:15) Le fruit dont il parle n'est pas la performance. C'est une maturité qui se donne : la sagesse gagnée au fil des ans, la prière devenue plus dense, l'aptitude à bénir, à transmettre, à consoler ceux qui entrent tout juste sur le chemin. Une vie qui a longtemps marché avec Dieu devient un trésor pour les plus jeunes. Au lieu d'être une salle d'attente avant la fin, les dernières saisons comptent parfois parmi les plus fécondes, pourvu qu'on renonce à jauger sa valeur à son rendement. Il y a une beauté du grand âge que la jeunesse, elle, ne peut pas connaître.

L'hébreu a d'ailleurs un beau mot pour les cheveux blancs, *sébah*, et les Proverbes affirment : Les cheveux blancs sont une couronne d'honneur; c'est dans le chemin de la justice qu'on la trouve.(Proverbes 16:31) Une couronne, non un fardeau. Nous avons perdu ce regard-là. Nous voyons dans les marques de l'âge des défauts à corriger, quand la Bible y lit des insignes de dignité. Ce verset ne flatte pourtant pas l'âge pour lui-même ; il rattache l'honneur au « chemin de la justice », c'est-à-dire à une vie menée dans la fidélité. Vieillir avec grâce, ce n'est pas empiler les années. C'est laisser ces années nous rendre plus doux, plus vrais, plus tenus à l'essentiel. La couronne se tresse tout au long de la route, pas seulement à la dernière étape.

Reste la question que la vieillesse pose sans détour : et après ? C'est là que l'espérance chrétienne dit son dernier mot, et ce mot est Christ. Ressuscité dans son corps, vainqueur de la mort, il a ouvert devant nous un horizon que l'usure de nos forces ne referme pas. Le corps qui faiblit n'est pas la fin de l'histoire, seulement son avant-dernier chapitre, avant celui de la résurrection. Notre valeur ne perd pas un gramme quand nos capacités déclinent, car elle ne tient pas à ce que nous produisons. Elle tient à l'amour d'un Dieu qui nous a sauvés par pure grâce. Celui qui promet de nous soutenir et de nous sauver tient parole au-delà même du dernier souffle. Vieillir dans cette assurance, c'est avancer non vers le vide, mais vers un visage.

Concrètement, cette semaine, quel que soit votre âge, posez un geste qui honore le grand âge. Rendez visite à une personne âgée, écoutez son histoire sans regarder l'heure, laissez-la vous transmettre quelque chose. Si vous avancez vous-même en années, ne cédez pas à l'envie de vous excuser d'exister ou de vous comparer à celui que vous étiez autrefois. Demandez plutôt à Dieu quel fruit il veut encore porter à travers vous : une prière, une bénédiction, une présence, cela suffit. Et remettez-lui vos craintes du temps qui passe, non pour qu'il les balaie d'un coup, mais pour qu'il vous porte à travers elles. Il l'a promis, et il est « le même ». Vieillir avec grâce, au fond, c'est se laisser aimer jusqu'au bout par Celui qui ne se fatigue jamais de porter les siens.