L'Esprit Éditorial
Photographie abstraite et minimaliste d'un épi de blé sec aux tons dorés sur fond crème

Théologie

Messie Et Christos : L'Oint De Dieu

12 septembre 2024

« Pourquoi les rois de la terre se soulèvent-ils Et les princes se liguent-ils avec eux Contre l'Éternel et contre son oint? »

Psaumes 2:2

Il y a des mots que nous prononçons sans en soupçonner le poids. Christ est de ceux-là. Nous le glissons entre Jésus et notre Seigneur comme un nom de famille, alors qu'il s'agit d'un titre, l'un des plus lourds de toute l'Écriture. Derrière le grec Christos se tient l'hébreu Mashiah, dont nous avons tiré Messie. Les deux disent la même chose : l'Oint, celui sur qui l'on a versé l'huile. Avant d'être un nom, ce fut un geste. Un geste ancien, concret, chargé de solennité, par lequel Israël désignait ceux que Dieu mettait à part. Redécouvrir ce mot n'ajoute pas de l'érudition à notre foi ; il nous rend ce que le texte biblique proclame patiemment, page après page, sur celui qu'il attend.

Dans l'Ancien Testament, l'huile de l'onction était réservée à quelques hommes : les rois, les prêtres, parfois les prophètes. Répandue sur la tête, elle n'avait rien de magique ; elle disait que Dieu lui-même prenait cet homme à son service, le consacrait pour une tâche qui le dépassait. On oignit Saül, puis David ; on oignit Aaron. L'oint de l'Éternel devint une manière respectueuse de nommer le roi choisi. Un manque, pourtant, se creusa vite. Aucun roi ne tint jusqu'au bout sa promesse, aucun prêtre ne fut sans péché, et les prophètes eux-mêmes ne suffisaient pas. L'onction annonçait toujours plus grand qu'elle. Israël se mit à espérer un Oint qui ne décevrait pas, un Mashiah selon le cœur de Dieu, roi et prêtre et prophète réunis en une seule personne.

Le Psaume 2 déploie cette attente avec une gravité saisissante. Les nations s'agitent, les rois de la terre se liguent contre l'Éternel et contre son oint. Une figure s'y dessine déjà, qui n'est pas un souverain de plus dans la longue lignée de Juda, mais un roi si étroitement lié à Dieu que se dresser contre lui revient à se dresser contre Dieu. Le psaume parle d'un Fils à qui l'Éternel déclare : Je publierai le décret; L'Éternel m'a dit: Tu es mon fils! Je t'ai engendré aujourd'hui.(Psaumes 2:7) L'onction et la filiation se rejoignent. L'Oint attendu ne sera pas un simple délégué ; il portera dans le monde l'autorité de celui qui l'envoie. Le Psaume n'habille pas une idée pieuse : il ouvre un horizon que le reste des Écritures viendra combler.

Quand paraît Jésus de Nazareth, les évangiles ne cessent de poser la même question en filigrane : est-il l'Oint ? Au Jourdain, ce n'est plus de l'huile qui descend sur lui : c'est l'Esprit, comme une colombe. L'onction ancienne n'avait été que l'ombre de cette réalité. Dieu consacre son Fils, et il le fait par sa propre présence bien plus que par un rite. À la synagogue de Nazareth, Jésus lit le prophète Ésaïe : L'Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu'il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres; Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, Pour proclamer aux captifs la délivrance, Et aux aveugles le recouvrement de la vue, Pour renvoyer libres les opprimés,(Luc 4:18) Il referme le livre et déclare que ce jour-là l'Écriture s'accomplit. Il ne revendique pas un titre honorifique ; il annonce que l'attente de tout un peuple touche à son terme. Christos n'est plus une promesse en suspens : c'est un visage, une voix, une vie posée au milieu des hommes.

L'Oint que révèle l'Évangile déjoue pourtant nos attentes. On espérait un roi qui briserait le joug de Rome ; vient un Messie qui monte à la croix. On cherchait la puissance ; on rencontre le service, jusqu'à la mort. Et c'est là, contre toute attente, que se noue le salut. Le roi oint règne depuis un bois de supplice ; le prêtre oint s'offre lui-même en sacrifice ; le prophète oint annonce le pardon en le portant dans sa propre chair. Ce qu'aucun des anciens rois n'avait su accomplir, lui l'accomplit une fois pour toutes. Sa royauté ne s'impose pas par la force ; elle se donne par grâce. Le titre de Christ n'a donc rien d'un ornement : c'est une confession. Dire Jésus-Christ, c'est reconnaître qui il est.

Comprendre ce mot change notre façon de lire toute la Bible. On y verrait volontiers une collection de récits édifiants d'où tirer des leçons de vie ; elle est, d'un bout à l'autre, l'histoire d'un Oint promis, attendu, puis venu. L'huile versée sur David, les oracles d'Ésaïe, les cris des psaumes convergeaient vers lui sans le savoir tout à fait. Et cette convergence n'est pas d'abord une doctrine à maîtriser : c'est une Personne à recevoir. On peut connaître le sens de Christos et passer à côté du Christ. Le mot n'éclaire que s'il nous ramène au texte, et le texte à Celui qu'il désigne. La théologie la plus juste est celle qui finit à genoux.

Alors, cette semaine, avant de refermer trop vite le nom de Christ, arrête-toi une fois sur lui. Quand tu pries Seigneur Jésus-Christ, laisse le mot reprendre son épaisseur : tu t'adresses à l'Oint de Dieu, le seul Roi qui ne t'abandonnera pas, le seul Prêtre qui a tout accompli à ta place, le seul Prophète dont la parole ne ment jamais. Tu n'as rien à ajouter à son onction, rien à mériter pour t'approcher : la grâce a déjà fait l'ouvrage. Reçois-le tel qu'il se donne. La joie de la foi n'est pas de maîtriser un titre ; elle est d'appartenir à Celui qui le porte, et de découvrir qu'il t'a aimé le premier.