Vie Quotidienne — 8 min de lecture
S’aimer dans le Mariage comme Christ a aimé l’Église
16 septembre 2024

« Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l’Église, et s’est livré lui-même pour elle, »
Demandez à un jeune couple ce qu’est l’amour : presque toujours reviendra le vocabulaire du sentiment, l’attirance, le vertige, cette chaleur qui rapproche deux êtres. Rien là de méprisable, puisque Dieu a créé l’émotion et le désir. Seulement, quiconque est marié depuis dix ans sait qu’un tel vocabulaire ne suffit pas à faire tenir une maison. Le sentiment monte et redescend comme la marée ; il est des matins où l’on se réveille auprès d’un conjoint qu’on ne ressent plus. Et c’est là, quand l’élan se retire, que la question devient sérieuse : de quel amour parlons-nous, au juste, le jour où nous promettons d’aimer ?
La réponse de Paul déplace tout. Il ne définit pas l’amour conjugal par une intensité qu’on éprouverait, mais par un modèle à suivre : Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l’Église, et s’est livré lui-même pour elle,(Éphésiens 5:25)
La mesure de cet amour n’est plus en nous, dans la température de notre cœur ; elle est au-dehors, dans un événement daté. Aimer sa femme ne consiste donc pas à atteindre un certain degré d’émotion ; cela consiste à regarder la croix et à s’y régler. Et la croix, avant d’être un frisson, est un don : Paul l’ajoute dans le même souffle, ce Christ s’est livré lui-même pour elle. L’amour dont il parle a un corps et un prix ; il va quelque part.
Le mot grec, ici, est décisif. Là où le français ne dispose que d’un verbe, le grec du Nouveau Testament écrit agapē : non l’amour qui prend parce qu’il a trouvé l’autre désirable, mais l’amour qui donne parce qu’il a résolu de vouloir le bien de l’autre. Quant au verbe retenu par Paul pour la croix, paredōken, « il s’est livré », c’est celui-là même qui sert à remettre un prisonnier, à lâcher ce qu’on serrait dans la main. Voilà l’amour qu’on propose au mari : un amour qui se dessaisit, une volonté qui se dépense au lieu d’un sentiment qui attend d’être nourri. On comprend l’audace de Paul : seul l’exemple de Christ tient la hauteur de ce qu’il réclame.
Ce verset, il faut le lire dans sa phrase, car on lui a fait dire des duretés qui n’y sont pas. Tout le passage s’ouvre sur un appel lancé à tous les croyants, celui de se soumettre les uns aux autres dans la crainte de Christ, avant même qu’il soit question des rôles. Et lorsque Paul nomme le mari « chef », il en livre aussitôt la définition : non pas celui qui domine, mais celui qui se donne le premier, à l’image de la Tête offerte pour son corps. L’autorité confiée par le texte n’est jamais un droit à se faire servir ; elle est un appel à mourir à soi-même. Ôtez le sacrifice, et il ne reste plus rien du « chef » selon l’Évangile ; il ne reste qu’un tyran, que la lettre de Paul n’autorise nulle part.
Que devient tout cela un mardi soir ordinaire, quand la fatigue a eu raison de la tendresse ? Aimer comme Christ, très concrètement, c’est lâcher le dernier mot dans une dispute qu’on aurait pourtant pu gagner. C’est porter une tâche domestique sans en tenir le compte. C’est écouter jusqu’au bout un récit déjà entendu dix fois, et reposer son téléphone dès que l’autre se met à parler. Mille petites morts à ses propres préférences, dont pas une ne fera jamais la une, mais dont la somme dessine, année après année, un amour qui a le visage de la croix. Le grand amour conjugal n’a presque rien de spectaculaire ; il se compose de renoncements minuscules, répétés dans l’ombre, par simple fidélité.
Soyons honnêtes : aucun mari ne tient cette mesure. À côté de Christ, le meilleur des époux reste un débutant. Et c’est voulu ainsi. Paul met la barre là où personne ne l’atteindra par ses seules forces, afin que le mariage cesse d’être une performance pour redevenir une dépendance. Le foyer chrétien n’est pas l’endroit où deux personnes parviennent à s’aimer sans faute ; c’est celui où deux pécheurs, jour après jour, remontent puiser plus haut qu’eux-mêmes de quoi aimer encore. L’échec ne signe pas la fin du chemin. Il est le lieu même où la grâce se remet à l’ouvrage.
Reste le secret que le verset gardait pour la fin : si le mari peut aimer de cette manière, c’est qu’il a d’abord été aimé de cette manière. Avant d’être un époux, il est lui-même cette Église pour qui Christ s’est livré. L’amour qu’on lui demande de donner, il l’a reçu le premier, gratuitement, sans l’avoir mérité en rien. Le mariage, du coup, n’est pas tant un exploit à réussir qu’un signe à porter : deux vies qui, en s’aimant, donnent au monde une idée de la façon dont Christ aime les siens. Et les jours où nous aimons mal, et ces jours viendront, la première chose à faire n’est pas de serrer les dents, c’est de revenir à la source. On n’aime bien qu’en aval d’une grâce déjà reçue.
À lire ensuite
Toutes les dévotions
La Foi au Travail
Intégrer sa spiritualité dans le milieu professionnel avec sagesse et intégrité.

La Grâce dans la Quotidienneté
Une exploration profonde de la façon dont les moments les plus simples de notre vie peuvent devenir des sanctuaires de présence et de paix, si nous apprenons à regarder avec les yeux du cœur.

Pratiques d'Ancrage Matinal
Intégrer de courtes prières dans votre routine du matin pour transformer votre perception de la journée à venir.