Offrir son Temps comme un Trésor
25 mai 2026

Mains tenant délicatement une petite croix en bois d'olivier sur fond de verdure floue et lumineuse
« rachetant le temps, car les jours sont mauvais. »
De tous les biens que nous possédons, le temps est le plus étrange. On ne peut ni le mettre de côté ni le rattraper, ni l'emprunter ni le rembourser. Chaque heure qui passe est donnée une seule fois et ne revient plus. Voilà pourquoi offrir son temps à quelqu'un coûte plus qu'on ne l'imagine : on lui remet une part de sa vie qu'on ne récupérera pas. L'argent se regagne et les objets se remplacent, mais l'après-midi passé auprès d'un ami malade est prélevé pour de bon sur le capital de nos jours. Notre culture valorise l'efficacité et la vitesse ; elle nous apprend à gagner du temps, à le presser, mais jamais à le donner. L'Évangile propose un autre regard, où le temps offert n'est pas perdu mais placé là où il compte vraiment.
L'apôtre Paul adresse aux Éphésiens une exhortation dense : rachetant le temps, car les jours sont mauvais.(Éphésiens 5:16)
Le verbe grec, exagorazō, appartient au vocabulaire du marché : il signifie racheter, retirer de la vente, comme on rachetait jadis un esclave pour lui rendre la liberté. Racheter le temps, c'est donc l'arracher au gaspillage, le soustraire à ce qui le dilapide pour l'employer à ce qui vaut. Paul ne demande pas de remplir chaque minute d'une activité fébrile ; il demande de reprendre notre temps aux forces qui le dévorent pour rien, afin de le réinvestir dans le bien. Quand les jours sont mauvais, laisser filer son temps sans discernement revient à le laisser voler. Le racheter, c'est décider, sous le regard de Dieu, à quoi et à qui on choisit de le consacrer.
Nous connaissons pourtant une curieuse pauvreté de temps au cœur de l'abondance. Jamais nos machines n'ont autant travaillé pour nous, et jamais nous ne nous sommes sentis aussi pressés. La disponibilité nous échappe ; joignables partout, nous sommes présents nulle part. Nos écrans nous vendent l'illusion de tout suivre et nous dérobent en silence les heures que nous croyions tenir. Beaucoup s'aperçoivent trop tard qu'ils ont donné le meilleur de leur temps à ce qui ne le méritait pas, et l'ont refusé à ceux qui l'attendaient. Racheter le temps commence donc par un examen honnête : où mes heures s'écoulent-elles vraiment ? La réponse, souvent, nous accuse à voix basse. Non pour nous écraser, mais pour nous réveiller. Il n'est pas trop tard pour reprendre ce trésor en main et le réorienter vers ce qui, au soir de la vie, aura vraiment pesé.
Offrir son temps prend des visages simples, rarement spectaculaires. Écouter sans regarder l'heure celui qui a besoin de parler. S'asseoir près d'un enfant, à son rythme lent et sans but apparent. Aller voir la personne âgée que tout le monde a cessé de visiter, et rester un peu plus longtemps que prévu. Ces dons-là ne se voient pas et ne se mesurent pas ; ils ne figurent sur aucun bilan. Ils comptent pourtant parmi les plus précieux, car ils disent à l'autre : tu vaux que je te donne de ma vie. Le temps offert est une forme muette d'amour, souvent plus éloquente que les mots. L'argent peut acheter des services ; seul le don du temps signifie la présence réelle, cette manière irremplaçable d'être là, tout entier, pour quelqu'un qui n'attendait que cela.
Il faut cependant repérer un piège plus subtil : croire que la valeur de notre vie se mesure à la quantité de nos heures utiles. L'activisme, même généreux, peut devenir une idole, une façon de gagner sa place par le rendement. Or Dieu ne nous aime pas pour notre productivité, et le sabbat lui-même nous l'enseigne en nous ordonnant de nous arrêter. Racheter le temps ne veut pas dire le remplir jusqu'à l'asphyxie de bonnes œuvres, mais l'employer avec sagesse, ce qui laisse place au repos, à la contemplation, à la gratuité. Il existe un temps offert à Dieu dans la prière, qui ne produit rien de visible et qui rachète pourtant tous les autres. Le croyant apprend ainsi à donner son temps sans en faire une performance, libéré du besoin de justifier chaque minute, parce que sa valeur ne dépend pas de son agenda.
En dernier lieu, notre temps ne nous appartient que parce qu'il nous a d'abord été confié. Nos jours sont comptés, dit l'Écriture, et le sage demande à Dieu d'apprendre à bien les compter. Nous ne sommes pas propriétaires de notre vie, mais intendants d'un temps prêté, à rendre un jour à celui qui l'a donné. Christ, lui, a donné son temps jusqu'au bout, jusqu'à la croix, et il n'a pas racheté des heures : il a racheté des vies entières, une fois pour toutes. Recevoir cette grâce délivre de l'avarice du temps et rend capable de le donner. Alors, cette semaine, offrez délibérément une heure que vous auriez gardée pour vous : à un proche, à une personne seule, à Dieu dans le silence. Ne la comptez pas comme perdue. Le temps remis par amour n'est jamais dilapidé ; il est placé dans le seul trésor que la mort ne pourra reprendre.
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