L'Esprit Éditorial
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Seul, mais jamais abandonné

31 octobre 2026

Photographie abstraite et minimaliste d'un épi de blé sec aux tons dorés sur fond crème

« L'Éternel marchera lui-même devant toi, il sera lui-même avec toi, il ne te délaissera point, il ne t'abandonnera point; ne crains point, et ne t'effraie point. »

Deutéronome 31:8

La solitude est une douleur silencieuse et honteuse. On n'ose pas trop la dire, car on craint de paraître se plaindre, ou de faire peser sur les autres un manque qu'ils ne peuvent combler. Elle peut frapper celui qui vit isolé, mais aussi celui qui est entouré et se sent pourtant incompris, seul au milieu des siens. Et dans les heures creuses, une pensée s'insinue : personne ne se soucie de moi, je suis seul, et peut-être même Dieu m'a-t-il oublié. C'est à cette pensée-là que la Parole vient répondre avec une fermeté tendre.

Moïse, au terme de sa vie, dit à Josué qui allait affronter une tâche immense et souvent solitaire : L'Éternel marchera lui-même devant toi, il sera lui-même avec toi, il ne te délaissera point, il ne t'abandonnera point; ne crains point, et ne t'effraie point.(Deutéronome 31:8) Écoute l'insistance du texte. Il ne dit pas seulement que Dieu enverra de l'aide, ou qu'il veillera de loin. Il dit : lui-même. L'Éternel lui-même sera avec toi. La présence promise n'est pas déléguée à un ange, à une circonstance, à une compagnie humaine ; c'est la présence personnelle de Dieu. Et cette présence est décrite par deux négations solides : il ne te délaissera point, il ne t'abandonnera point.

Il faut recevoir ces mots dans leur poids. Nous, les humains, nous délaissons et nous abandonnons. Même ceux qui nous aiment nous quittent parfois, par la mort, par la distance, par la lassitude. C'est cette expérience des abandons humains qui rend la solitude si amère. Mais Dieu se présente précisément comme celui qui ne fait jamais ce que les hommes font. Sa présence n'a pas d'éclipse, pas de fatigue, pas de fin. L'auteur de l'épître aux Hébreux reprendra d'ailleurs cette promesse pour tous les croyants : Ne vous livrez pas à l'amour de l'argent; contentez-vous de ce que vous avez; car Dieu lui-même a dit: Je ne te délaisserai point, et je ne t'abandonnerai point.(Hébreux 13:5)

Mais il y a une raison plus profonde encore de croire que Dieu ne nous abandonne pas dans notre solitude : c'est qu'en Christ, il a lui-même traversé l'abandon total. Sur la croix, Jésus a crié : Et vers la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte: Éli, Éli, lama sabachthani? c'est-à-dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?(Matthieu 27:46) Il a connu la solitude absolue, l'abandon du Père, afin que nous, nous ne soyons jamais abandonnés. Ta solitude, aussi réelle soit-elle, n'est pas un abandon de Dieu, parce que Christ a porté l'abandon à ta place. Il sait ce que c'est que d'être seul ; il l'a été, jusqu'à la lie, pour que tu ne le sois jamais dans le sens le plus profond.

Cela ne rend pas la solitude agréable, et il ne s'agit pas de la spiritualiser à bon compte. Le manque de présence humaine est un vrai manque, et Dieu ne nous a pas faits pour vivre seuls. C'est pourquoi il a donné la famille chrétienne, ce corps où l'on est appelé à s'aimer, à se visiter, à se porter. La réponse à la solitude n'est pas seulement de sentir la présence de Dieu ; elle passe aussi par le fait de tendre la main vers les autres, et de laisser les autres tendre la main vers nous. Dieu se sert souvent des siens pour rendre sa présence tangible.

Il y a d'ailleurs une invitation cachée dans la solitude. Ces heures où personne n'est là peuvent devenir des heures où l'on apprend à goûter la présence de Dieu comme jamais. Bien des croyants ont découvert dans leurs saisons les plus solitaires une intimité avec le Seigneur qu'ils n'auraient pas connue autrement. La solitude vide un espace ; cet espace peut se remplir de Dieu. Non que sa présence remplace toute présence humaine, mais elle donne un fond stable sous le manque.

Cette semaine, quand la solitude pèsera, fais deux choses. D'abord, dis à voix haute la promesse de Deutéronome 31:8, en la recevant comme adressée à toi : il ne te délaissera point, il ne t'abandonnera point. Laisse cette présence promise devenir plus réelle que ton sentiment d'être seul. Ensuite, fais un pas vers quelqu'un : un message, un appel, une visite, une porte de ton église que tu franchis. Tu n'es pas seul, même quand tu le ressens, car Celui qui a porté l'abandon pour toi est avec toi lui-même, et il t'a donné des frères pour te le rappeler.