Persévérer quand la souffrance dure
30 octobre 2026

« C'est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. »
Une souffrance courte, on la traverse en serrant les dents. C'est la souffrance qui dure qui use le plus, celle dont on ne voit pas le bout : la maladie chronique, la douleur qui revient chaque matin, l'épreuve qui s'installe pour des mois, des années. On a prié, on a espéré une délivrance rapide, et elle n'est pas venue. La tentation, alors, n'est pas tant de nier Dieu que de se laisser lentement éteindre, de perdre courage. C'est à des gens qui souffraient beaucoup que Paul écrit ces mots, et lui-même connaissait la douleur qui ne passe pas.
C'est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour.(2 Corinthiens 4:16)
Paul ne fait pas semblant. Il reconnaît que l'homme extérieur se détruit ; il n'enjolive pas la réalité du corps qui s'abîme, des forces qui déclinent. Voilà une honnêteté qui fait du bien, car la foi n'exige pas qu'on prétende aller bien. Mais dans le même souffle, il annonce autre chose : pendant que le dehors se défait, un renouvellement invisible s'opère au-dedans, jour après jour. Deux mouvements simultanés : une usure et une croissance. La souffrance n'a pas le dernier mot sur ce qui, en toi, appartient à l'éternité.
Comment Paul tient-il un tel langage ? Il l'explique aussitôt : Car nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au delà de toute mesure,(2 Corinthiens 4:17)
Il faut y regarder de près, car ces mots pourraient paraître durs à qui souffre. Paul n'appelle pas la souffrance légère parce qu'elle ne ferait pas mal ; lui qui fut battu, lapidé, emprisonné, savait ce qu'elle pèse. Il la dit légère par comparaison, mise dans la balance avec le poids incomparable de la gloire à venir. Ce n'est pas du déni ; c'est une mise en perspective. La souffrance présente est réelle, mais elle n'est pas la mesure finale de ta vie.
Et surtout, Paul ne dit pas de fuir la souffrance par le regard vers l'au-delà, mais de fixer les yeux au bon endroit : un poids éternel de gloire, parce que nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles.(2 Corinthiens 4:18)
Quand la douleur remplit tout le champ de vision, elle finit par paraître éternelle, alors qu'elle est passagère. Le regard de la foi ne nie pas le visible ; il refuse de lui laisser le dernier mot. Il se tourne vers Celui qui est invisible et vers la vie qui ne finit pas.
Il faut le dire clairement, contre tout faux évangile : Dieu ne promet pas au croyant une vie sans souffrance, et la persévérance dans l'épreuve n'est pas une monnaie pour acheter la guérison. Ceux qui promettent la santé et la réussite à qui aurait assez de foi trahissent la Parole et blessent les souffrants. La croix elle-même dit le contraire : le plus aimé du Père a le plus souffert. Notre espérance n'est donc pas que la souffrance disparaisse toujours ici-bas, mais que Christ soit avec nous dedans, et qu'un jour « il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur. » Cette promesse-là, il la tiendra.
En attendant ce jour, comment se renouvelle l'homme intérieur ? Non par nos propres réserves, qui s'épuisent, mais par une grâce reçue chaque matin. Comme la manne au désert ne se gardait pas d'un jour sur l'autre, la force pour souffrir aujourd'hui se reçoit aujourd'hui. Tu n'as pas besoin d'avoir la force pour tenir toute l'année ; tu as besoin de la grâce pour ce jour, et elle est promise pour ce jour. « Ma grâce te suffit », a dit le Seigneur à un homme qui souffrait et suppliait qu'on le délivre. Elle te suffit aussi, à mesure.
Cette semaine, ne demande pas la force de tenir jusqu'au bout d'un coup ; demande simplement la grâce pour aujourd'hui, et reçois-la comme la manne du jour. Si tu le peux, ne porte pas l'épreuve seul : dis-la à quelqu'un qui priera avec toi et te soutiendra. Et chaque matin, avant que la douleur ne remplisse tout, tourne un instant ton regard vers l'invisible, vers Celui qui a souffert pour toi et qui essuiera un jour toutes tes larmes. Ton homme extérieur se fatigue ; mais au-dedans, sous la main de Dieu, quelque chose grandit qui ne mourra pas.
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