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Aux Sources · Vie intérieure

La tristesse est-elle un manque de foi ?

La tristesse est-elle un manque de foi ?

Avec Élise & Emmanuel15:22

On a parfois entendu qu'un chrétien triste ferait un mauvais témoignage. Élise repart de son épuisement d'il y a cinq ans, Emmanuel défend la joie commandée de Philippiens 4:4… et découvre en chemin que la joie n'est pas la gaieté. Une conversation honnête qui conduit jusqu'à la promesse de Matthieu 5:4 : « Heureux les affligés, car ils seront consolés! »

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Chapitres & repères

  1. Élise — Son épuisement d'il y a cinq ans lui a appris que le sourire obligatoire à l'église peut enfoncer au lieu de relever. Elle pose la question frontalement : être triste, est-ce manquer de foi ?

    Emmanuel — Il a longtemps pensé qu'un chrétien triste désobéissait à Philippiens 4:4 et donnait un mauvais témoignage. Il assume cette position de départ, quitte à la laisser bouger.

    « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur; je le répète, réjouissez-vous. »

    Philippiens 4:4 — Louis Segond 1910
  2. Élise — Si celui qui a eu la foi parfaite a pleuré devant un tombeau, la tristesse ne peut pas être en elle-même un péché.

    Emmanuel — Il reçoit l'argument mais le pousse : les larmes de Jésus sont saintes, les nôtres charrient parfois du repli et du doute. La vraie question devient : vers qui tourner sa tristesse ?

    « Jésus pleura. »

    Jean 11:35 — Louis Segond 1910

    « Il leur dit alors: Mon âme est triste jusqu'à la mort; restez ici, et veillez avec moi. »

    Matthieu 26:38 — Louis Segond 1910

    « Méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et habitué à la souffrance, semblable à celui dont on détourne le visage, nous l'avons dédaigné, nous n'avons fait de lui aucun cas. »

    Ésaïe 53:3 — Louis Segond 1910
  3. Élise — Dieu a gardé les plaintes de Job et les gémissements des psaumes dans sa Parole : la plainte adressée à Dieu est une forme de foi, pas son contraire.

    Emmanuel — Son dépôt de bilan le lui a appris de force : il souriait à l'assemblée en coulant en silence, jusqu'à la nuit où il a enfin dit la vérité à Dieu.

    « C'est pourquoi je ne retiendrai point ma bouche, Je parlerai dans l'angoisse de mon coeur, Je me plaindrai dans l'amertume de mon âme. »

    Job 7:11 — Louis Segond 1910

    « Voici, nous disons bienheureux ceux qui ont souffert patiemment. Vous avez entendu parler de la patience de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur lui accorda, car le Seigneur est plein de miséricorde et de compassion. »

    Jacques 5:11 — Louis Segond 1910

    « Pourquoi t’abats-tu, mon âme, et gémis-tu au dedans de moi? Espère en Dieu, car je le louerai encore; Il est mon salut et ma face. »

    Psaumes 42:6 — Louis Segond 1910

    « Tu comptes les pas de ma vie errante; Recueille mes larmes dans ton outre: Ne sont-elles pas inscrites dans ton livre? »

    Psaumes 56:9 — Louis Segond 1910
  4. Élise — La joie chrétienne est une ancre reçue de la grâce, pas une humeur à fabriquer ; le sourire obligatoire, lui, est un moralisme qui écrase.

    Emmanuel — Sa position bouge : Paul écrit « réjouissez-vous » depuis une prison, et commande une orientation vers le Seigneur, pas une bonne humeur. Attristés et joyeux peuvent être vrais en même temps.

    « Ne vous inquiétez de rien ; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. »

    Philippiens 4:6 — Louis Segond 1910

    « Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ. »

    Philippiens 4:7 — Louis Segond 1910

    « comme attristés, et nous sommes toujours joyeux; comme pauvres, et nous en enrichissons plusieurs; comme n'ayant rien, et nous possédons toutes choses. »

    2 Corinthiens 6:10 — Louis Segond 1910
  5. Élise — Jésus déclare heureux ceux qui pleurent, parce qu'une consolation leur est promise : la tristesse du croyant a un rendez-vous.

    Emmanuel — Convergence pleine : la tristesse n'est pas un manque de foi, c'est souvent la foi qui pleure au bon endroit. Application : dire vrai à Dieu, dire vrai à un frère, pleurer avec ceux qui pleurent.

    « Heureux les affligés, car ils seront consolés! »

    Matthieu 5:4 — Louis Segond 1910

    « Vous donc aussi, vous êtes maintenant dans la tristesse; mais je vous reverrai, et votre coeur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie. »

    Jean 16:22 — Louis Segond 1910

    « Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent; pleurez avec ceux qui pleurent. »

    Romains 12:15 — Louis Segond 1910
Transcription de l'épisode

1. Le sourire du dimanche

Élise : Il y a cinq ans, un dimanche matin, je suis restée assise dans la voiture, sur le parking de l'église. Marc avait déjà détaché sa ceinture. Moi, je regardais la porte du bâtiment… et je n'arrivais pas à sortir.

Emmanuel : Mmh.

Élise : J'étais en plein épuisement professionnel. Vide. Et je me souviens de ma pensée exacte : si j'entre, il va falloir sourire.

Emmanuel : Sourire pour tenir le rôle.

Élise : Voilà. Quelques semaines plus tôt, une sœur bien intentionnée m'avait dit : une chrétienne ne devrait pas être triste, réjouis-toi. Je l'ai crue. Et ça m'a enfoncée un peu plus.

Emmanuel : Ah oui… Parce qu'en plus de porter ta fatigue, tu portais la culpabilité d'être fatiguée. Une double peine. Et je crois qu'on est nombreux à connaître ça. J'ai vu des frères disparaître de l'assemblée pile au moment où ça allait mal pour eux. Pas parce qu'ils avaient perdu la foi. Parce qu'ils n'avaient plus la force de jouer les gens qui vont bien.

Élise : Exactement. Alors voilà la question que je pose aujourd'hui, Emmanuel : la tristesse est-elle un manque de foi ?

Emmanuel : Grande question. Et je vais être honnête avec toi : pendant des années, j'aurais répondu oui. Ou du moins… un petit oui gêné.

Élise : Un petit oui gêné ? Il faut que tu m'expliques ça.

Emmanuel : Eh bien, j'ai grandi avec un verset dans l'oreille. Philippiens, chapitre quatre, verset quatre : Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur; je le répète, réjouissez-vous.

Élise : Et il le répète, en plus.

Emmanuel : Il le répète ! Donc pour moi, c'était réglé. C'est un commandement. Toujours, ça veut dire toujours. Et si la joie est commandée, alors la tristesse, quelque part, c'est une désobéissance.

Élise : Mmh. Et tu l'as vécu comme ça, concrètement ?

Emmanuel : Je l'ai vécu comme ça, oui. Un chrétien triste, ça me semblait un mauvais témoignage. Comme une vitrine éteinte. Si je dis que mon Dieu est bon et que je fais une tête d'enterrement, qui va me croire ? Et puis tu me connais, je suis un entrepreneur. Dans mes affaires, le moral, c'était un indicateur sur le tableau de bord. Un voyant qui doit rester au vert. Alors je m'appliquais : le costume du frère solide, la poignée de main ferme, la formule qui va bien.

Élise : La vitrine éteinte… on y reviendra. Alors, faisons le chemin ensemble. Moi, je veux te montrer que Jésus a pleuré, et que Job s'est plaint. Toi, garde ton verset sous la main.

Emmanuel : Oh, je le garde précieusement. On verra bien lequel de nous deux aura bougé à la fin.

2. Jésus pleura

Élise : Alors j'ouvre l'Évangile de Jean, chapitre onze. Jésus arrive à Béthanie, son ami Lazare est mort depuis quatre jours. Et au verset trente-cinq, on trouve le verset le plus court de nos Bibles : Jésus pleura.

Emmanuel : Deux mots.

Élise : Deux mots. Et ce qui me bouleverse, c'est qu'il sait déjà qu'il va le ressusciter. Quelques instants plus tard, Lazare sort du tombeau. Et pourtant, Jésus pleure d'abord.

Emmanuel : Ça, ça m'a longtemps échappé, je dois dire. Il aurait pu arriver en disant : séchez vos larmes, vous allez voir ce que vous allez voir. Il ne le fait pas. Il entre dans le chagrin de Marthe et de Marie avant de le résoudre.

Élise : Il pleure avec elles.

Emmanuel : Et tu sais, moi qui vis dans les évangiles, il y a une autre scène qui me revient toujours. Gethsémané, la nuit avant la croix. Matthieu vingt-six, verset trente-huit. Jésus dit : Mon âme est triste jusqu'à la mort; restez ici, et veillez avec moi.

Élise : Triste jusqu'à la mort…

Emmanuel : Le Fils de Dieu qui demande à ses trois amis les plus proches de rester éveillés près de lui, parce qu'il est triste. Il ne cache rien, il ne minimise rien. Et juste après, le texte dit qu'il tombe le visage contre terre pour prier. Lui qui n'a jamais péché a connu l'âme triste, l'angoisse, le besoin d'une présence. Si la tristesse était un péché, cette scène-là serait impossible.

Élise : Et ce n'était pas un accident de parcours, cette tristesse-là.

Emmanuel : Non. Sept siècles avant, Ésaïe annonçait déjà le Messie comme un homme de douleur et habitué à la souffrance. C'est Ésaïe cinquante-trois, verset trois. Habitué à la souffrance, tu entends ? Pas un visiteur de passage dans la douleur. Un habitué.

Élise : Donc voilà mon point, Emmanuel : si la tristesse était en elle-même un manque de foi, alors celui qui a eu la foi parfaite n'aurait jamais pleuré. Or il a pleuré.

Emmanuel : Mmh… je te rejoins là-dessus, vraiment. Mais laisse-moi pousser un peu, parce que je défends encore ma position, hein.

Élise : Vas-y, pousse.

Emmanuel : Jésus, c'est Jésus. Ses larmes sont limpides, sans péché. Moi, quand j'étais triste, il y avait aussi du repli, de la rumination, du doute qui tournait en rond. Je ruminais mes chiffres la nuit au lieu de dormir, je refaisais les mêmes calculs qui ne changeaient jamais. Est-ce que toute tristesse est aussi propre que la sienne ? Franchement, non.

Élise : C'est honnête, ça. Une tristesse peut se refermer sur elle-même, c'est vrai.

Emmanuel : Alors la vraie question, ce n'est peut-être pas : ai-je le droit d'être triste ? C'est plutôt : qu'est-ce que je fais de ma tristesse ? Vers qui je la tourne ? Une tristesse qui se tourne vers Dieu et une tristesse qui tourne en rond toute seule, ce n'est pas le même chemin.

Élise : Vers qui je la tourne… j'aime beaucoup. Et justement, la Bible est pleine de gens qui l'ont tournée vers Dieu sans se maquiller. Job. Les psaumes.

3. Job s'est plaint, les psaumes gémissent

Élise : Job a tout perdu. Ses biens, ses enfants, sa santé. Et au chapitre sept, verset onze, il dit : C'est pourquoi je ne retiendrai point ma bouche, Je parlerai dans l'angoisse de mon coeur, Je me plaindrai dans l'amertume de mon âme.

Emmanuel : Il annonce la couleur. Je ne retiendrai point ma bouche.

Élise : Et à la fin du livre, Dieu ne le condamne pas pour ses cris.

Emmanuel : Non. Ceux qu'il reprend sévèrement, ce sont les amis de Job, ceux qui avaient des explications toutes faites sur sa souffrance. Les amis avec la bonne théologie et le mauvais cœur. Et tu sais que Jacques, mon épître de chevet, revient sur lui ? Jacques cinq, verset onze : Voici, nous disons bienheureux ceux qui ont souffert patiemment. Vous avez entendu parler de la patience de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur lui accorda, car le Seigneur est plein de miséricorde et de compassion.

Élise : Bienheureux… celui qui a crié pendant des chapitres entiers.

Emmanuel : C'est ça qui est fou. La patience de Job, dans la Bible, ce n'est pas un homme qui se tait. C'est un homme qui tient bon devant Dieu, en lui parlant. Même mal, même fort.

Élise : Et puis il y a les psaumes. Tu sais que c'est ma maison, les psaumes. Le quarante-deux, je l'ai prié des dizaines de fois pendant mon épuisement : Pourquoi t’abats-tu, mon âme, et gémis-tu au dedans de moi? Espère en Dieu, car je le louerai encore; Il est mon salut et ma face.

Emmanuel : C'est frappant… il se parle à lui-même, en fait.

Élise : Oui. Il ne nie pas l'abattement, il le regarde en face et il le questionne. Et dans le même souffle, il s'ordonne d'espérer. La plainte et l'espérance tiennent ensemble, dans le même verset.

Emmanuel : La plainte et l'espérance dans la même phrase. C'est exactement ce que mes réflexes de bon élève ne savaient pas faire. Moi, c'était l'une ou l'autre.

Élise : Tu dis ça avec un vécu derrière, je le sens.

Emmanuel : Tu veux que je te dise quand j'ai compris tout ça ? Pas dans un livre. Au moment du dépôt de bilan. Quand ma boîte est tombée, je continuais d'arriver à l'assemblée avec le sourire du dimanche, justement. Je serrais des mains, je disais que ça allait, que le Seigneur pourvoit. Et je coulais.

Élise : Mmh.

Emmanuel : C'est Rose qui m'a percé à jour. Un soir, dans la cuisine, elle m'a dit : tu pries très bien devant les autres, mais tu ne dis plus rien de vrai à Dieu. Ça m'a… ça m'a retourné.

Élise : Parce que c'était exact.

Emmanuel : Parce que c'était exact. Vingt-six ans de mariage, elle me lit comme un livre ouvert. Alors cette nuit-là, je me suis assis à la table et j'ai tout dit à Dieu. La honte de la faillite, la colère, la peur des lendemains, la peur du regard des frères. Pas une prière présentable. Une prière vraie. La première depuis des mois, peut-être.

Élise : Et il s'est passé quoi ?

Emmanuel : Rien de spectaculaire, je préfère le dire. Les dettes étaient toujours là au matin. Mais je n'étais plus seul dedans. C'est la nuit où j'ai arrêté de mentir à Dieu. Et le dimanche suivant, j'ai fait un pas de plus : j'ai dit la vérité à un ancien. Il n'a pas sorti une leçon, il a prié avec moi, et l'assemblée nous a portés, Rose et moi, pendant des mois. Bizarrement, c'est de cette nuit-là que date ma consolation. Pas du jour où les comptes sont remontés.

Élise : Tu sais qu'il y a un verset pour cette nuit-là ? Psaume cinquante-six : Recueille mes larmes dans ton outre: Ne sont-elles pas inscrites dans ton livre?

Emmanuel : Dieu qui recueille les larmes comme quelque chose de précieux. On est loin, très loin, du manque de foi.

4. La joie commandée n'est pas la gaieté

Élise : Bon. Mais il nous reste ton verset, Emmanuel. Réjouissez-vous toujours. On ne va pas le découper aux ciseaux parce qu'il nous dérange.

Emmanuel : Surtout pas. Et c'est justement là que j'ai bougé, pour être honnête. Le déclic, c'est le jour où j'ai regardé d'où Paul écrit cette lettre. Philippiens, c'est écrit depuis la prison. Un homme enchaîné, qui ne sait pas s'il va vivre ou mourir, et qui écrit : réjouissez-vous toujours dans le Seigneur. Et souviens-toi comment l'église de Philippes est née. Paul et Silas, battus, jetés en prison dans cette même ville… et à minuit, ils priaient et chantaient.

Élise : Ah oui. Ça change complètement la lecture.

Emmanuel : Complètement. Ce qu'il commande, ça ne peut pas être la bonne humeur, parce que personne ne commande une humeur. Ce qu'il commande, c'est une orientation : dans le Seigneur. Pas dans les circonstances, pas dans les résultats. Dans le Seigneur.

Élise : Dans le Seigneur… tout tient dans ces trois mots.

Emmanuel : Et puis j'ai appris une chose qui m'a marqué. En grec, la joie se dit chara. Et c'est la même famille que charis, qui veut dire la grâce. La joie du chrétien, c'est de la grâce reçue. Pas de la gaieté fabriquée.

Élise : Donc elle ne vient pas de moi. Elle vient de ce que Christ a accompli, une fois pour toutes.

Emmanuel : Voilà. Et d'ailleurs Paul enchaîne deux versets plus loin : Ne vous inquiétez de rien ; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces.

Élise : Faites connaître vos besoins… Il suppose donc qu'on en a, des fardeaux.

Emmanuel : Et regarde la promesse qui suit. Ce n'est pas : et vos problèmes disparaîtront. C'est : Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ.

Élise : Une paix qui garde, pas une paix qui explique tout.

Emmanuel : C'est ça. Et Paul va encore plus loin dans la deuxième lettre aux Corinthiens, chapitre six. Il décrit son ministère : comme attristés, et nous sommes toujours joyeux. Les deux en même temps, noir sur blanc, dans la même phrase.

Élise : Attristés et joyeux. Pendant mon épuisement, c'est exactement ce que j'ai fini par vivre. La tristesse était là, réelle, épaisse, elle ne partait pas sur commande. Et en dessous, il y avait… comment dire… un fond qui tenait bon.

Emmanuel : Une ancre.

Élise : Une ancre, oui. La certitude que Christ m'avait déjà acquise, que rien ne dépendait de ma performance. Même pas de ma capacité à sourire le dimanche matin sur un parking.

Emmanuel : Alors disons-le clairement pour celui qui nous écoute : si on t'a fait croire que ta tristesse déshonorait Dieu, ce n'est pas l'Évangile qu'on t'a annoncé. L'Évangile, c'est que Christ a tout accompli à la croix, même pour tes jours de larmes.

Élise : Et le sourire obligatoire, alors ? Il faut bien le nommer.

Emmanuel : Une joie de façade qu'on fabrique pour mériter sa place. C'est du moralisme, tout simplement. Et le moralisme écrase toujours ceux qu'il prétend relever. La grâce, elle, commence par nous accueillir tels que nous sommes, larmes comprises. La vitrine éteinte dont je parlais au début… en fait, le problème n'était pas la vitrine. C'était de croire que c'est moi qui devais fournir la lumière.

5. Heureux les affligés

Élise : Alors on arrive au verset qui nous rassemble tous les deux. Dans le sermon sur la montagne, Matthieu cinq, verset quatre, Jésus déclare : Heureux les affligés, car ils seront consolés!

Emmanuel : Heureux les affligés. Il fallait oser le dire.

Élise : Il ne dit pas : heureux ceux qui font bonne figure. Il déclare heureux ceux qui pleurent.

Emmanuel : Parce qu'une consolation leur est promise. Le bonheur n'est pas dans la tristesse, il est dans ce qui vient à sa rencontre. Et remarque le futur : ils seront consolés. La tristesse du croyant, ce n'est pas une impasse, c'est une tristesse qui a un rendez-vous. Jésus le dit à ses disciples la veille de la croix, dans Jean seize : vous êtes maintenant dans la tristesse; mais je vous reverrai, et votre coeur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie.

Élise : Nul ne vous ravira votre joie…

Emmanuel : Ni la faillite, ni l'épuisement, ni le deuil. Parce qu'elle ne repose sur aucune de ces choses. Elle repose sur un Vivant, ressuscité, qui revient.

Élise : Alors concrètement, pour cette semaine ? Si tu es triste, ne te maquille pas devant Dieu. Prends le psaume quarante-deux, et prie-le tel quel, avec tes mots dedans.

Emmanuel : Et j'ajoute deux choses toutes simples. D'abord, dis la vérité à un frère ou une sœur. Une phrase suffit : en ce moment, c'est difficile. Moi, ce qui m'a le plus aidé pendant la traversée du désert, ce n'est pas un conseil. C'est un frère qui est venu s'asseoir à côté de moi, sans rien expliquer. Ensuite, si c'est l'autre qui pleure, Romains douze, verset quinze, nous dit quoi faire : pleurez avec ceux qui pleurent. Pas de leçon. Une présence.

Élise : Alors, si je devais tout résumer en une phrase : la tristesse n'est pas un manque de foi ; c'est souvent la foi qui pleure au bon endroit… aux pieds du bon Dieu.

Emmanuel : Amen. Et moi qui suis arrivé avec mon verset comme un règlement, je repars avec le même verset comme une promesse. Réjouissez-vous dans le Seigneur. Pas dans vos forces, pas dans vos circonstances. Dans le Seigneur, qui ne change pas, même quand tout le reste bouge.

Élise : Je nous conduis dans la prière ? Notre Dieu, notre bon Papa, merci parce que ton Fils a pleuré, et que ses larmes nous autorisent les nôtres. Merci parce qu'à la croix, Christ a tout accompli, même pour nos jours sombres. Recueille les larmes de celui et de celle qui nous écoutent, et console-les selon ta promesse. Au nom de Jésus, amen.

Emmanuel : Amen. Merci Élise pour ta franchise, et merci à vous de nous avoir accompagnés jusqu'ici. Si cet épisode peut aider quelqu'un qui porte le sourire du dimanche en ce moment, partagez-le-lui, tout simplement.

Élise : On se retrouve très bientôt, si Dieu veut, pour une nouvelle conversation. D'ici là, que le Seigneur vous garde. Au revoir.

Emmanuel : Au revoir. Et courage à ceux qui traversent la vallée : vous n'y marchez pas seuls.

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