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Aux Sources · Questions vives

Le chrétien et l'écologie : gérer le jardin d'un Autre

Le chrétien et l'écologie : gérer le jardin d'un Autre

Avec Élise & Emmanuel18:48

Prendre soin de la création : commandement, mode, ou fausse piste ? Élise et Emmanuel ouvrent Genèse, le psaume 24 et Romains 8 pour chercher une posture chrétienne entre l'indifférence et l'angoisse. Deux lectures fidèles présentées au mieux de leur cause, sans verdict, et des gestes concrets qui ressemblent à de la gratitude.

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Chapitres & repères

  1. Élise — L'angoisse écologique est réelle autour d'elle, jusque chez sa fille de quinze ans ; la question mérite mieux qu'un haussement d'épaules.

    Emmanuel — Piqué par son fils cadet, il cadre le sujet : deux fossés à éviter, l'indifférence et l'angoisse-religion, et un point de départ, la terre appartient à Dieu.

    « La terre est à l'Éternel avec tout ce qu'elle renferme, Le monde et ceux qui l'habitent. »

    Psaume 24:1 — Louis Segond 1910
  2. Élise — Dominer, dans la bouche de Dieu qui vient de bénir, ne peut pas vouloir dire piller : on règne sur ce qu'on est chargé de faire fleurir.

    Emmanuel — Le mandat de Genèse 2:15 tient en deux verbes jamais abrogés, cultiver et garder : développer sans épuiser, protéger sans mettre sous cloche.

    « Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. »

    Genèse 1:28 — Louis Segond 1910

    « L'Éternel Dieu prit l'homme, et le plaça dans le jardin d'Éden pour le cultiver et pour le garder. »

    Genèse 2:15 — Louis Segond 1910
  3. Élise — Son métier de soignante lui fait toucher chaque jour un monde soumis à la vanité : celui qui s'alarme de voir la création abîmée constate ce que la Bible constate.

    Emmanuel — Paul choisit l'image des douleurs de l'enfantement, pas celle de l'agonie : la création attend d'être affranchie, pas d'être jetée.

    « Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement. »

    Romains 8:22 — Louis Segond 1910

    « Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. »

    Romains 8:19 — Louis Segond 1910

    « avec l'espérance qu'elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu. »

    Romains 8:21 — Louis Segond 1910
  4. Élise — Première lecture : prendre soin de la création est une obéissance au mandat jamais abrogé et un témoignage rendu à l'Évangile, car notre manière d'habiter la terre touche le prochain, à commencer par les plus pauvres.

    Emmanuel — Seconde lecture : vigilance, car l'écologie du siècle peut devenir un évangile de remplacement sans grâce ; l'espérance chrétienne reste le retour de Christ, pas le sauvetage du monde par l'homme.

    « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus qu'à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes. »

    Matthieu 5:13 — Louis Segond 1910

    « Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. »

    Jean 17:15 — Louis Segond 1910
  5. Élise — Le danger des grandes causes, c'est d'aimer la planète et d'oublier le palier ; et aucun geste vert ne rend juste devant Dieu, le salut reste par grâce seule.

    Emmanuel — Le premier geste écologique du chrétien, c'est de remercier : la gratitude et le contentement appris pendant la faillite désarment le gaspillage mieux que la culpabilité.

    « Car tout ce que Dieu a créé est bon, et rien ne doit être rejeté, pourvu qu'on le prenne avec actions de grâces. »

    1 Timothée 4:4 — Louis Segond 1910

    « Ne vous livrez pas à l'amour de l'argent; contentez-vous de ce que vous avez; car Dieu lui-même a dit: Je ne te délaisserai point, et je ne t'abandonnerai point. »

    Hébreux 13:5 — Louis Segond 1910

    « Et voici le second, qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

    Matthieu 22:39 — Louis Segond 1910

    « Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. »

    Éphésiens 2:8 — Louis Segond 1910
  6. Élise — L'espérance chrétienne n'est ni un monde qui brûle pendant qu'on s'enfuit, ni un monde réparé par nos mains : c'est une création libérée par son Créateur.

    Emmanuel — Ce qui est sûr rassemble, le curseur reste libre selon Romains 14 ; et la meilleure réponse à son fils : c'est justement parce que j'attends le Roi que je prends soin de son jardin.

    « Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. »

    Colossiens 1:16 — Louis Segond 1910

    « Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui. »

    Colossiens 1:17 — Louis Segond 1910

    « il a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix. »

    Colossiens 1:20 — Louis Segond 1910

    « Mais nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera. »

    2 Pierre 3:13 — Louis Segond 1910

    « Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction. »

    Romains 14:5 — Louis Segond 1910
Transcription de l'épisode

1. La cuillère en l'air

Élise : Bonjour à tous, et bienvenue dans Aux Sources. Aujourd'hui, on ouvre un dossier qui échauffe les repas de famille : le chrétien et l'écologie. Emmanuel, bonjour.

Emmanuel : Bonjour Élise, bonjour à tous. Les repas de famille… tu ne pouvais pas mieux dire, figure-toi.

Élise : J'ai comme l'impression que tu penses à un repas précis.

Emmanuel : Dimanche dernier, toute la famille à la maison. Et mon cadet, celui qui s'est éloigné de la foi, me lance au dessert : vous les chrétiens, vous attendez le paradis, alors la planète, vous vous en lavez les mains.

Élise : Il t'a dit ça, comme ça, au dessert ?

Emmanuel : Comme ça. Et tu sais quoi ? Sur le moment, je n'ai rien trouvé à répondre. Moi qui ai toujours un mot pour tout… je suis resté la cuillère en l'air. Parce qu'au fond, sa question est sérieuse : est-ce que notre foi a quelque chose à dire sur cette terre ?

Élise : Elle est sérieuse, oui. Et je la retrouve partout. À l'hôpital, des jeunes collègues portent une vraie angoisse de l'avenir. Et à la maison… ma fille m'a demandé un soir si ça valait encore la peine de faire des projets. Elle a quinze ans, Emmanuel. Cette question-là, je ne veux pas la laisser sans réponse.

Emmanuel : Et te voilà avec les deux fossés du sujet. D'un côté, l'indifférence : ça ne nous concerne pas, on attend le ciel. De l'autre, une angoisse qui dévore tout, comme une religion de remplacement, avec ses interdits et ses pénitences.

Élise : Et entre les deux fossés, il y a une route ? C'est elle qu'on cherche aujourd'hui ?

Emmanuel : C'est elle qu'on cherche. Et comme toujours ici, on la cherchera dans les textes, pas dans l'air du temps.

Élise : Avant d'ouvrir la Bible, je préviens ceux qui nous écoutent : sur ce sujet, des chrétiens fidèles à la même Bible ne mettent pas le curseur au même endroit. Alors on suivra notre charte, celle de Romains quatorze.

Emmanuel : Chacun se tient devant Dieu, le désaccord reste fraternel, et personne ne juge le serviteur d'un autre. Donc pas de verdict à la fin : on te ramène aux textes, et on te laisse devant Dieu avec eux.

Élise : Et le premier texte, c'est le socle de tout le reste. Un verset que je chante depuis des années sans toujours mesurer son poids. Psaume vingt-quatre : La terre est à l'Éternel avec tout ce qu'elle renferme, Le monde et ceux qui l'habitent.

Emmanuel : Tout part de là. La terre n'est pas à nous. Elle n'est pas à l'humanité, elle n'est pas non plus à elle-même. Elle est à Dieu. Avec tout ce qu'elle renferme, dit le psaume : les forêts, les mers, les bêtes… et nous, au passage.

Élise : Donc nous sommes… comment dire… des locataires. La maison ne nous appartient pas, mais on nous a confié les clés.

Emmanuel : Des locataires, ou mieux : des gérants. Quand je dirigeais mon entreprise, j'ai manié de l'argent qui n'était pas le mien, celui de la banque, celui des clients. Et un gérant, crois-moi, il rend des comptes. Il ne peut pas hausser les épaules en disant : ce n'est pas mon problème, ce n'est pas ma caisse.

Élise : Ni tout abîmer en se disant : de toute façon, ce n'est pas ma maison.

Emmanuel : Voilà le point de départ que personne ne peut contourner. Reste à savoir ce que le propriétaire attend de ses gérants. Et pour ça, direction le jardin d'Éden.

2. Cultiver et garder

Emmanuel : Genèse, chapitre un. Dieu vient de créer l'homme et la femme à son image, et il leur parle. Verset vingt-huit : Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.

Élise : Et voilà le verset qui fait débat depuis longtemps. Assujettir, dominer… certains y ont lu un droit de piller. La terre comme un libre-service ouvert jour et nuit.

Emmanuel : Et j'avoue que dit comme ça, dominer sonne dur à nos oreilles d'aujourd'hui. Sauf qu'il faut lire ce mot dans la Bible, pas dans le journal. Le bon roi, dans l'Écriture, règne comme un berger : il protège, il fait prospérer, il répond de son troupeau devant Dieu. Et le roi qui écrase ce qui lui est confié, les prophètes le condamnent sans ménagement.

Élise : Donc dominer, c'est régner à la manière de Dieu… lui qui vient tout juste de bénir ce qu'il confie. On domine sur ce qu'on est chargé de faire fleurir.

Emmanuel : Et remarque le contexte : l'homme est créé à l'image de Dieu, juste avant. Un représentant, un lieutenant. Quand un gérant saccage le magasin, ce n'est pas seulement le magasin qu'il abîme… c'est la réputation du propriétaire.

Élise : Mmh… la réputation du propriétaire. Ça donne au sujet un tout autre poids.

Emmanuel : Et le chapitre deux va préciser la mission du lieutenant. Deux verbes… tout tient là-dedans.

Élise : Genèse deux, verset quinze : L'Éternel Dieu prit l'homme, et le plaça dans le jardin d'Éden pour le cultiver et pour le garder.

Emmanuel : Cultiver et garder. Développer et protéger. Les deux ensemble, jamais l'un sans l'autre.

Élise : Déplie un peu pour nous ?

Emmanuel : Cultiver, c'est faire produire : semer, bâtir, inventer, transformer. La Bible n'est pas contre le travail humain, elle le précède ! Avant même la chute, Dieu met l'homme au travail. Jardinier… premier métier du monde. Mais garder, c'est veiller : protéger le jardin, ne pas l'épuiser, le transmettre en bon état à ceux qui viennent après nous.

Élise : Cultiver sans garder, ça donne le pillage. Et garder sans cultiver… une nature mise sous cloche, comme un musée où l'homme serait de trop.

Emmanuel : Tu as tout dit. Et note bien ceci, parce que tout le reste en dépend : ces deux verbes, personne ne les a jamais rayés de la Bible. La chute a abîmé le jardin et le jardinier… elle n'a pas annulé la mission.

Élise : Le jardinier abîmé… c'est peut-être là, le vrai sujet. Parce que si le monde souffre, l'Écriture nous dit pourquoi. Et ce n'est pas d'abord une histoire de fumées d'usine.

Emmanuel : Non. C'est une histoire de rupture avec Dieu, et elle a tout entraîné. Paul en parle dans un des textes les plus étonnants du Nouveau Testament, Romains huit. On y va.

3. La création soupire

Élise : Romains, chapitre huit. Paul écrit au verset vingt-deux : Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement.

Emmanuel : La création soupire. Pas seulement les hommes… la création tout entière.

Élise : Ce verset, je le comprends avec mon métier, tu sais. Toutes ces années dans les couloirs d'un hôpital… je vois des corps qui s'usent, des maladies qui n'ont aucun sens. Le monde tel qu'il est n'est pas le monde tel qu'il devait être. Mon cœur le sait avant ma théologie.

Emmanuel : Et Paul le confirme : la création a été soumise à la vanité, malgré elle, dit-il juste avant. Notre chute l'a entraînée dans notre chute. Quand le gérant tombe, le jardin tombe avec lui. Les épines, la sueur, la mort… Genèse trois est encore sous nos yeux tous les matins.

Élise : Donc quand quelqu'un s'alarme de voir le monde abîmé… il ne délire pas. Il constate ce que la Bible constate depuis toujours.

Emmanuel : Il constate juste. Là où tout se joue, c'est dans l'image que Paul choisit. Il ne dit pas : la création agonise. Il dit : elle souffre les douleurs de l'enfantement.

Élise : Des contractions… pas un râle. La douleur qui annonce une naissance.

Emmanuel : Toute la différence entre le désespoir et l'espérance tient dans cette image-là. Et j'aimerais qu'on la déplie, parce qu'elle va porter toute la fin de l'épisode.

Élise : Alors qu'attend-elle, cette création qui soupire ? Paul le dit au verset dix-neuf : Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu.

Emmanuel : Étonnant, non ? La création n'attend pas un plan de sauvetage. Elle attend des personnes : les enfants de Dieu, manifestés au retour de Christ.

Élise : Et la promesse pour elle, alors ?

Emmanuel : Verset vingt et un : avec l'espérance qu'elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Affranchie… libérée. Pas jetée à la poubelle. Dieu ne méprise pas l'œuvre de ses mains, il promet de la délivrer. Notre avenir et celui de la création sont attachés l'un à l'autre.

Élise : Ça change complètement le regard… La nature n'est ni un stock de matières premières, ni une déesse à adorer. C'est une sœur de peine, qui attend le même libérateur que nous.

Emmanuel : Une sœur de peine… belle formule. Mais tu vois qu'on arrive au moment délicat de l'épisode. Jusqu'ici, tous les chrétiens peuvent signer : la terre est à Dieu, la mission de cultiver et garder demeure, la création soupire. La vraie question, c'est… qu'est-ce qu'on en fait, maintenant ? Et là, des croyants fidèles divergent.

Élise : Alors on fait comme d'habitude dans les questions vives. Chacun présente une lecture, au mieux de sa cause ?

Emmanuel : Au mieux de sa cause, sans homme de paille. Et je te laisse ouvrir le bal.

4. Deux lectures fidèles

Élise : Voici la première lecture : prendre soin de la création est une obéissance, et un témoignage. L'argument est simple. Cultiver et garder n'a jamais été abrogé. Aimer son prochain non plus. Or ma manière d'habiter la terre touche mon prochain : ce que je gaspille, ce que je jette, ce que j'exige à bas prix finit toujours par peser sur quelqu'un… et souvent sur les plus pauvres, qui vivent en première ligne des dégâts.

Emmanuel : Mmh.

Élise : Et il y a le témoignage. Jésus dit dans Matthieu cinq : Vous êtes le sel de la terre. Une vie sobre, reconnaissante, qui ne court pas après l'accumulation… ça se remarque, ça intrigue. Nos voisins liront peut-être mieux l'Évangile dans notre manière de vivre que dans nos grands discours.

Emmanuel : Donc dans cette lecture, la sobriété n'est pas une mode qu'on suit. C'est un fruit de la conversion.

Élise : C'est ça. Et cette lecture ose dire l'inverse aussi : un chrétien indifférent envoie un contre-message. Comment dire au monde que Dieu aime sa création… en la traitant comme un mouchoir jetable ? Je pense à ton fils, Emmanuel. Sa génération nous regarde exactement là-dessus.

Emmanuel : Elle nous regarde, oui. Cette lecture est forte, et je la reçois. Elle prend Genèse au sérieux, elle prend le prochain au sérieux. Je n'ai rien à lui opposer… j'ai autre chose à poser à côté d'elle. Une mise en garde que je crois tout aussi biblique.

Emmanuel : Voici donc la seconde lecture : la vigilance. Elle dit ceci. Le grand mandat de l'Église, c'est d'annoncer l'Évangile. Or notre époque a fait de l'écologie… comment dire… une religion de remplacement. Avec ses dogmes, ses jeûnes, ses pénitences, sa fin du monde. Tout y est, sauf la grâce. Le danger pour le chrétien, c'est d'y glisser sans s'en apercevoir : un évangile où la terre remplace le Royaume, et où l'homme se sauve lui-même.

Élise : Et cette lecture s'appuie sur quels textes ?

Emmanuel : Sur l'espérance biblique elle-même. Notre espérance, ce n'est pas que l'humanité sauvera la planète. C'est que Christ revient. Jésus prie ainsi dans Jean dix-sept : Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Dans le monde, au travail, oui… mais sans confondre notre mission avec celle du siècle. Si je gagne tous les combats du climat et que mon voisin meurt sans Christ, j'ai gardé le jardin et perdu le jardinier.

Élise : Gardé le jardin, perdu le jardinier… celle-là va me suivre longtemps.

Emmanuel : Et attention : cette lecture ne prêche pas l'indifférence. Elle dit : fais ta part, avec joie, mais ne porte pas sur tes épaules ce que Dieu n'a mis sur les épaules de personne. Le monde ne tient pas dans tes mains. Il tient dans les siennes. Pour quelqu'un qui se réveille la nuit avec l'angoisse du monde… c'est une très bonne nouvelle.

Élise : Alors je te rejoins sur l'essentiel : aucune des deux lectures n'autorise les deux fossés du début. L'indifférent oublie Genèse deux. L'angoissé oublie la fin de Romains huit… ces versets qui promettent que rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu.

Emmanuel : Et les deux lectures se saluent comme des sœurs. La question du curseur reste ouverte, chacun devant Dieu… la direction, elle, ne l'est pas.

5. La sobriété joyeuse

Élise : Bon. Et concrètement, alors ? On fait quoi, cette semaine, sans tomber dans le catalogue de règles ?

Emmanuel : Je commence par le geste le plus biblique de tous : remercier. Paul écrit à Timothée : Car tout ce que Dieu a créé est bon, et rien ne doit être rejeté, pourvu qu'on le prenne avec actions de grâces.

Élise : La gratitude comme premier geste écologique… développe, ça m'intrigue.

Emmanuel : Réfléchis. Ce qu'on reçoit avec actions de grâces, on ne le gaspille pas. Personne ne jette à moitié un cadeau qui l'a ému. Le gaspillage commence quand plus rien n'a de goût, quand tout est dû. Depuis la faillite, Rose et moi, on a réappris ça de force : un repas simple, reçu comme une grâce, nourrit plus qu'un caddie plein poussé de mauvaise humeur.

Élise : Un caddie plein poussé de mauvaise humeur… je connais bien. Le vendredi soir après une grosse semaine, c'est tout moi.

Emmanuel : On s'est tous reconnus, rassure-toi. Et la gratitude a une petite sœur : le contentement. L'épître aux Hébreux le dit sans détour : contentez-vous de ce que vous avez; car Dieu lui-même a dit: Je ne te délaisserai point, et je ne t'abandonnerai point.

Élise : Donc la sobriété chrétienne ne sort pas de la peur de manquer… elle sort d'une promesse. On peut vivre plus simplement parce qu'on est déjà comblé.

Emmanuel : Voilà. La sobriété du chrétien est joyeuse, ou elle n'est pas chrétienne. Elle ne compte pas ses privations… elle savoure ce qu'elle a reçu.

Élise : Et puis il y a le prochain. Jésus dit : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Le second commandement, semblable au premier.

Emmanuel : Et dans ce dossier, le prochain a des visages très précis. L'agriculteur découragé qu'on croise au marché. La famille qui vit près de la rocade, pas près du parc. La personne âgée seule dans un été de canicule. Prendre soin de la création, très souvent, ça commence par prendre soin d'eux, concrètement, avec nos mains et notre temps.

Élise : J'aime que tu ramènes ça à des visages. Parce que le danger des grandes causes, c'est d'aimer la planète et d'oublier le palier.

Emmanuel : Aimer la planète et oublier le palier ! Je te la volerai, celle-là.

Élise : On est quittes pour le jardinier. Mais avant de refermer ce chapitre, je veux poser un garde-fou… Aucun de ces gestes ne nous rend plus justes devant Dieu. Le tri sélectif ne sauve personne. L'Écriture est claire : Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu.

Emmanuel : Merci de le marteler. Pas par le vélo, pas par le potager, pas par le composteur. Nos gestes ne sont pas des pénitences… ce sont des mercis. Un merci pour la terre reçue, adressé au propriétaire.

Élise : Des mercis, pas des pénitences… Voilà qui désarme la culpabilité sans endormir la conscience.

Emmanuel : Et ça nous conduit au dernier chapitre. Parce que la question de fond, ce n'est pas d'abord : que faire de la planète ? C'est : à qui est-elle… et où va-t-elle ?

6. Tout a été créé par lui et pour lui

Élise : Il nous reste à élever le regard, comme on aime finir ici. Colossiens, chapitre un. Emmanuel, lis-nous ce que Paul écrit au verset seize.

Emmanuel : Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui.

Élise : Par lui, et pour lui. La création n'existe pas d'abord pour nous servir… elle existe pour Christ.

Emmanuel : Elle est à lui deux fois, d'ailleurs : il l'a créée, et il l'a rachetée. Et le verset dix-sept ajoute : Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui.

Élise : Mmh… toutes choses subsistent en lui.

Emmanuel : Ce n'est pas nous qui tenons le monde à bout de bras… c'est lui. Chaque matin où le soleil se lève, c'est sa fidélité. Voilà de quoi dormir la nuit, même après avoir lu les mauvaises nouvelles.

Élise : Et Paul va encore plus loin, au verset vingt : il a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix.

Emmanuel : Réconcilier tout… par le sang de sa croix. La croix ne répare pas que des âmes, elle porte une paix pour toute la création. Et Pierre nous dit vers quoi nous marchons : Mais nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera.

Élise : Voilà notre espérance. Pas un monde qui brûle pendant qu'on s'enfuit… ni un monde que nous aurions réparé nous-mêmes. Une création libérée par son Créateur.

Emmanuel : Alors on referme. Ce qui est sûr, et qui nous rassemble tous : la terre est à l'Éternel, la mission de cultiver et garder demeure, la création soupire, et Christ la réconciliera. Ce qui reste libre : ton curseur, l'engagement des uns, la réserve des autres. Romains quatorze : Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction.

Élise : Et que personne ne méprise son frère. Ni le frère au potager qui trouve l'autre tiède… ni le frère prudent qui trouve l'autre militant. On partage la même table du Seigneur, et la même espérance.

Emmanuel : Parles-en dans ton assemblée, ta Bible ouverte, avec des frères qui ne pensent pas comme toi. Et si tu as un fils comme le mien… ne reste pas la cuillère en l'air. Dis-lui ce que j'aurais dû dire ce dimanche-là : c'est justement parce que j'attends le Roi que je prends soin de son jardin.

Élise : Justement parce que j'attends le Roi… C'est la phrase de l'épisode. Je nous mets devant Dieu. Notre Dieu, notre bon Papa, la terre est à toi avec tout ce qu'elle renferme. Pardonne notre indifférence, apaise nos angoisses. Apprends-nous à cultiver, à garder, à remercier, et à aimer nos prochains les plus exposés. Garde nos yeux sur Jésus, par qui et pour qui tout a été créé, jusqu'au jour de la nouvelle création. Amen.

Emmanuel : Amen.

Élise : Merci Emmanuel… et bon courage pour le prochain dessert. Merci à vous tous de nous avoir écoutés. On se retrouve bientôt, si Dieu veut, pour un nouvel épisode d'Aux Sources.

Emmanuel : Que le Seigneur vous garde. À bientôt.

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