Aux Sources · Questions vives
Le chrétien et la politique : citoyens de deux cités
Aux Sources · Questions vives
Le chrétien et la politique : citoyens de deux cités
Avec Élise & Emmanuel19:11
Voter, s'engager, ou se tenir en retrait ? Sans nommer un seul parti ni un seul débat du moment, Élise et Emmanuel ouvrent Romains 13, Jérémie 29 et Philippiens 3 pour chercher la posture du croyant dans la cité. Deux sensibilités fidèles, une limite claire, et un acte politique que personne ne mesure : la prière.
Chapitres & repères
Élise — Elle a vu des amitiés de vingt ans se fissurer sur ces questions ; l'épisode cherchera une posture, pas un mode d'emploi électoral.
Emmanuel — Marqué par deux frères de son assemblée fâchés au point de ne plus se serrer la main, il pose la règle d'or : aucun parti, aucun candidat, aucun débat du moment ne sera nommé.
« Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d'autrui? S'il se tient debout, ou s'il tombe, cela regarde son maître. Mais il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de l'affermir. »
Romains 14:4 — Louis Segond 1910Élise — Paul ne dit pas de se soumettre parce que les autorités sont bonnes, mais parce que Dieu est souverain ; on honore la fonction même quand la personne déçoit.
Emmanuel — Payer l'impôt est devenu pour lui un acte d'obéissance à Dieu plutôt qu'une ponction ; la posture de base du chrétien, c'est le respect, pas le ricanement.
« Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures; car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. »
Romains 13:1 — Louis Segond 1910« Le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal, crains; car ce n'est pas en vain qu'il porte l'épée, étant serviteur de Dieu pour exercer la vengeance et punir celui qui fait le mal. »
Romains 13:4 — Louis Segond 1910« Rendez à chacun ce qui lui est dû: l'impôt à qui vous devez l'impôt, le tribut à qui vous devez le tribut, la crainte à qui vous devez la crainte, l'honneur à qui vous devez l'honneur. »
Romains 13:7 — Louis Segond 1910Élise — Jérémie écarte le ghetto comme l'assimilation : habiter pleinement sa ville, l'aimer concrètement, sans cesser d'appartenir à un autre Roi.
Emmanuel — Le chrétien a deux papiers : une adresse terrestre où servir, un passeport céleste qui commande tout ; aucun camp terrestre ne peut exiger son âme.
« Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité, et priez l’Éternel en sa faveur, parce que votre bonheur dépend du sien. »
Jérémie 29:7 — Louis Segond 1910« Mais notre cité à nous est dans les cieux, d'où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus Christ, »
Philippiens 3:20 — Louis Segond 1910Élise — Première posture : l'engagement citoyen comme amour du prochain monté d'un étage, car le prochain habite aussi des structures ; s'engager sans jamais s'identifier à un camp.
Emmanuel — Seconde posture : la réserve, héritée de sa famille d'assemblées, par jalousie pour l'Évangile ; dès que l'Église épouse un camp, elle ferme sa porte à la moitié de la ville.
« Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée; »
Matthieu 5:14 — Louis Segond 1910« Mon royaume n'est pas de ce monde, répondit Jésus. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs; mais maintenant mon royaume n'est point d'ici-bas. »
Jean 18:36 — Louis Segond 1910« Ne vous confiez pas aux grands, Aux fils de l'homme, qui ne peuvent sauver. »
Psaume 146:3 — Louis Segond 1910Élise — La désobéissance chrétienne n'est jamais un confort mais une croix possible : on reste debout devant l'autorité, prêt à payer le prix, uniquement quand elle commande de désobéir à Dieu.
Emmanuel — Prier pour les autorités, quelles qu'elles soient, est l'acte politique le plus puissant du chrétien : on intercède avant de commenter.
« Pierre et les apôtres répondirent: Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. »
Actes 5:29 — Louis Segond 1910« J'exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes, »
1 Timothée 2:1 — Louis Segond 1910« pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. »
1 Timothée 2:2 — Louis Segond 1910Élise — La pièce porte l'image de César, mais l'homme porte l'image de Dieu : César peut réclamer l'impôt, jamais l'adoration.
Emmanuel — La politique avait séparé ses deux frères ; la prière commune pour les autorités les a remis côte à côte, sans que personne tranche qui avait raison.
« De César, lui répondirent-ils. Alors il leur dit: Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Matthieu 22:21 — Louis Segond 1910« Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction. »
Romains 14:5 — Louis Segond 1910
Transcription de l'épisode
1. Deux frères et une poignée de main
Élise : Bonjour à tous, et bienvenue dans Aux Sources. L'épisode du jour demande un peu de courage : le chrétien et la politique. Voter, s'engager, ou se tenir à distance ? Emmanuel, bonjour.
Emmanuel : Bonjour Élise, bonjour à tous. Alors là… vous avez choisi le sujet et vous n'avez pas tremblé ?
Élise : Un peu quand même. Mais il fallait l'ouvrir, ce dossier. Parce que je vois ce qu'il fait aux gens. À l'hôpital, en salle de pause, j'ai vu des amitiés de vingt ans se fissurer sur ces questions-là. Des collègues qui s'estimaient… et qui ne se parlent plus que par politesse.
Emmanuel : Et si je te disais que j'ai vu pire… dans une assemblée. Il y a des années, une période électorale a fait des dégâts chez nous. Deux frères, deux hommes solides, qui servaient ensemble depuis toujours… ils ont cessé de se serrer la main.
Élise : Dans l'assemblée même ?
Emmanuel : Dans l'assemblée même. L'un changeait de rangée pour ne pas s'asseoir près de l'autre. Le dimanche, tu comprends. Devant le pain et la coupe. Il a fallu que les anciens s'en mêlent… et je garde la fin de l'histoire pour la fin de l'épisode, parce qu'elle vaut le détour.
Élise : Ça me serre le cœur, cette image… Deux hommes au même culte, séparés par un bulletin de vote. Alors posons la question en grand : comment un chrétien se tient-il dans la cité ? Il vote ? Il milite ? Il s'abstient de tout ? Il prie et il se tait ?
Emmanuel : Et je préviens : la réponse ne sera pas un mode d'emploi. Ce sera une posture. Parce que la Bible ne donne pas de consigne de vote… mais elle dit beaucoup sur la manière de se tenir.
Élise : Une posture plutôt qu'un programme… c'est exactement ce qu'on va chercher.
Élise : Mais d'abord, une règle d'or pour cet épisode, et je la donne solennellement. Ici, on ne nommera aucun parti, aucun candidat, aucun débat du moment. Pas par frilosité… par conviction. Ce podcast rassemble des frères et des sœurs qui ne votent pas pareil, et la Parole est pour eux tous.
Emmanuel : Donc si tu attends qu'on te dise pour qui voter… tu peux éteindre maintenant, on ne le dira pas. Mais si tu veux savoir comment te tenir, quoi que tu votes, et comment aimer le frère qui vote autrement… alors reste avec nous.
Élise : Et notre charte des questions vives s'applique plus que jamais. Romains quatorze : Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d'autrui? S'il se tient debout, ou s'il tombe, cela regarde son maître. Mais il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de l'affermir.
Emmanuel : Le frère qui vote autrement que moi reste le serviteur de mon Maître… pas le mien. Rien que cette phrase, si on la gardait, calmerait beaucoup de repas de famille.
Emmanuel : Alors voici la route. D'abord, ce que l'Écriture dit de sûr : les autorités, le bien de la ville, notre vraie patrie. Ensuite, deux postures que des chrétiens fidèles adoptent différemment. Puis la limite, la prière… et mes deux frères fâchés, je n'oublie pas.
Élise : Et on commence par le texte que tout le monde cite… et que peu de gens lisent en entier. Romains treize.
Emmanuel : Un texte d'autant plus fort qu'on sait qui l'a écrit… et à qui.
2. Des autorités instituées
Élise : Romains treize, verset premier : Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures; car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu.
Emmanuel : Et rappelons le décor, parce qu'il change tout : Paul écrit ça à des chrétiens de Rome, sous un empire qui ne les aime pas. Pas à des citoyens choyés d'une démocratie paisible. Il ne dit pas : soumettez-vous parce que les autorités sont bonnes. Il dit : soumettez-vous parce que Dieu est souverain. L'autorité est instituée… elle ne s'est pas installée toute seule au-dessus de nos têtes.
Élise : Même quand elle ignore complètement celui qui l'a instituée.
Emmanuel : Même là. Et Paul ose plus loin une phrase incroyable : Le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien. Un fonctionnaire païen… serviteur de Dieu ! L'ordre public, la justice qui punit le mal, la route entretenue, l'école ouverte : autant de grâces discrètes qu'on oublie de compter.
Élise : Et toi, l'entrepreneur… ce texte, tu l'as rencontré où, concrètement ?
Emmanuel : Sur mes avis d'imposition, figure-toi. Pendant des années, j'ai payé impôts et charges en grinçant des dents. Et un jour, le verset sept m'a arrêté net : Rendez à chacun ce qui lui est dû: l'impôt à qui vous devez l'impôt, le tribut à qui vous devez le tribut, la crainte à qui vous devez la crainte, l'honneur à qui vous devez l'honneur.
Élise : Et qu'est-ce qui a changé ?
Emmanuel : L'amertume est tombée. Payer est devenu un acte d'obéissance à Dieu, plus seulement une ponction. Je ne dis pas que j'ai souri en signant… mais je signais en paix. Et crois-moi, après la faillite, chaque euro comptait double. L'obéissance qui coûte est celle qui pèse le plus sur la balance du cœur.
Élise : Reste le mot qui fâche : soumise. Que toute personne soit soumise… On entend vite : approuvez tout, taisez-vous, applaudissez.
Emmanuel : Et ce n'est pas ça. Être soumis, c'est reconnaître un ordre voulu par Dieu. Ce n'est ni tout approuver, ni tout applaudir. On peut contester une décision, en conscience, dans les formes prévues… tout en honorant la fonction. La soumission biblique a du caractère, elle n'est pas de la servilité.
Élise : Honorer la fonction plutôt qu'idolâtrer ou détester la personne… c'est une distinction qui repose. On honore la charge que Dieu a instituée, même quand celui qui la porte nous déçoit.
Emmanuel : Et remarque ce que Paul ne dit pas. Il ne dit pas : les autorités ont toujours raison. La preuve… lui-même a fini en prison pour avoir prêché. Il y a une limite, on la verra avec Actes cinq. Mais la posture de base du chrétien, c'est le respect, pas le ricanement.
Élise : Le respect, pas le ricanement… Ça condamne pas mal de nos conversations de table, ça.
Emmanuel : Et pas mal des miennes, je l'avoue. C'est facile de tenir un beau discours sur l'honneur… et de démolir tout le monde au café d'après culte.
Élise : Alors gardons cette première pierre : les autorités sont instituées, on leur doit l'impôt et l'honneur. Mais la Bible ne s'arrête pas au respect… elle nous engage plus loin. Elle parle d'aimer une ville. Et pas n'importe laquelle.
3. Le bien de la ville, la cité des cieux
Élise : Jérémie vingt-neuf. Le peuple de Dieu vient d'être déporté à Babylone… en plein territoire païen, ennemi même. Et voici ce que Dieu leur fait écrire, au verset sept : Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité, et priez l’Éternel en sa faveur, parce que votre bonheur dépend du sien.
Emmanuel : Le bien de Babylone ! Pas le bien de Jérusalem à distance… le bien de la ville où ils sont, celle qui les a déportés.
Élise : Mmh… ça a dû leur coûter, cette lettre.
Emmanuel : Sûrement. Et regarde ce qu'elle écarte : deux tentations. La première, le ghetto : vivre entre nous, volets fermés, en attendant que ça passe. La seconde, l'assimilation : se fondre dans Babylone jusqu'à oublier qui on est. Dieu trace un troisième chemin. Bâtissez des maisons, plantez des jardins, dit la suite du chapitre. Des gens enracinés, utiles, qui bénissent leur quartier… sans changer de Roi.
Élise : Enracinés… sans changer de Roi. Et pour nous, aujourd'hui, ça ressemble à quoi ?
Emmanuel : Notre Babylone à nous, c'est la ville sur ta carte d'identité. Ton école, ta mairie, ton marché, ton hôpital. Chercher leur bien, c'est déjà de la politique… au sens le plus noble du mot : le soin de la cité.
Élise : Le soin de la cité… voilà une définition qu'on peut porter sans rougir. Mais alors, si on doit aimer Babylone… qu'est-ce qui nous empêche de nous y installer le cœur entier ? C'est là que Paul répond.
Élise : Philippiens trois, verset vingt : Mais notre cité à nous est dans les cieux, d'où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus Christ,
Emmanuel : Notre cité à nous. Paul écrit ça à Philippes, une colonie romaine, des gens très fiers de leur citoyenneté. Et il leur dit : la vôtre, la vraie, est ailleurs. Vous êtes une colonie du ciel en terre étrangère.
Élise : Donc le chrétien vit avec… comment dire… deux papiers. Une adresse terrestre, bien réelle, où il doit aimer et servir. Et un passeport céleste, qui dit sa vraie appartenance.
Emmanuel : Et le passeport commande à l'adresse, jamais l'inverse. C'est pour ça qu'aucun camp terrestre ne peut exiger notre âme. S'engager, oui, on va en parler… se donner corps et âme à un camp, non. Notre âme est déjà prise. Et le jour où un parti, une cause, un homme te demande une ferveur qui ressemble à de l'adoration… tu sais que tu as quitté ta cité.
Élise : Notre âme est déjà prise… Ça remet chaque bulletin, chaque engagement à sa place : réelle, mais seconde.
Emmanuel : Et voilà le socle commun posé : autorités instituées, bien de la ville, cité céleste. Là-dessus, tous les chrétiens peuvent signer. Maintenant, le moment délicat… Sur la manière d'habiter tout ça, des croyants fidèles prennent deux postures différentes.
Élise : Et comme toujours dans les questions vives, on les présente chacune au mieux de sa cause, sans homme de paille. Je prends la première ?
Emmanuel : Elle est à toi.
4. Deux postures fidèles
Élise : Première posture : l'engagement, comme un amour du prochain qui monte d'un étage. L'idée est simple. Mon prochain n'habite pas seulement en face de chez moi… il habite aussi des structures. Des écoles, des lois, des budgets. Et ces structures le portent ou l'écrasent. Dans mon métier, je le vois chaque semaine : des décisions prises très loin des lits finissent au chevet de mes patients.
Emmanuel : Mmh… ça, c'est du vécu.
Élise : Alors cette posture dit : voter avec discernement, s'informer honnêtement, servir dans une association, siéger au conseil de l'école, pourquoi pas servir sa commune… c'est prolonger l'amour du prochain. Et elle s'appuie sur Jésus lui-même : Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée; La lumière n'a jamais éclairé personne en restant sous le boisseau.
Emmanuel : Et cette posture a ses héros discrets. Des croyants qui ont servi leur ville avec compétence et intégrité, des années durant, sans jamais vendre leur conscience. J'en ai connu… et je les respecte profondément.
Élise : Et elle connaît son garde-fou : s'engager sans s'identifier. Le chrétien engagé sert dans un camp… il n'appartient qu'à Christ. Le jour où défendre son camp l'oblige à tordre la vérité ou à haïr l'adversaire, il doit pouvoir se lever et partir. Son passeport céleste dans la poche.
Emmanuel : Se lever et partir… Cette posture est belle, elle prend Jérémie vingt-neuf au sérieux, et je n'ai rien à lui retirer. Mais il existe une autre sensibilité… et je te dois la vérité : c'est plutôt la mienne. Je te la présente ?
Emmanuel : Seconde posture : la réserve. Elle vient de loin chez nous… dans la famille d'assemblées qui est la mienne, on a toujours cultivé une grande retenue politique. Pas par paresse, ni par peur. Par jalousie pour l'Évangile. L'idée est celle-ci : dès que l'Église épouse un camp, elle ferme sa porte à la moitié de la ville. Et Jésus dit à Pilate : Mon royaume n'est pas de ce monde. Son royaume n'a pas de couleur de parti… et ses ambassadeurs doivent rester au-dessus des drapeaux.
Élise : Donc le croyant réservé ne serait pas un déserteur ?
Emmanuel : Tout sauf ça. Il vote peut-être, en silence, devant Dieu… ça le regarde. Il prie, il sert, il paie l'impôt, il aime sa ville. Mais il refuse la mêlée, parce qu'il a lu le psaume cent quarante-six : Ne vous confiez pas aux grands, Aux fils de l'homme, qui ne peuvent sauver. Les promesses des estrades finissent toujours par décevoir… et il ne veut pas que l'Évangile soit déçu avec elles.
Élise : Que l'Évangile ne soit pas déçu avec elles… je comprends cette jalousie-là.
Emmanuel : Et cette posture aussi connaît son garde-fou. La réserve n'est pas l'indifférence. Se taire sur les partis, oui… se taire sur la justice, la vérité, le pauvre, non. Les prophètes n'avaient pas de carte de parti, et personne ne les a jamais accusés d'être tièdes.
Élise : Alors disons-le ensemble : les deux postures s'appuient sur la même Bible. L'une entend Jérémie : cherche le bien de la ville. L'autre entend Jésus : mon royaume n'est pas de ce monde. Et chacune a raison de ce qu'elle garde… tant qu'elle ne méprise pas l'autre.
Emmanuel : Chacun se tient devant son Maître, avec sa pleine conviction. Ce qui n'est pas négociable, en revanche… c'est ce qui vient maintenant. La limite, et le commandement qu'on néglige le plus.
5. La limite, et la prière
Élise : La limite d'abord. Parce que Romains treize a une borne, tu l'as annoncée tout à l'heure.
Emmanuel : Actes chapitre cinq. Les apôtres ont reçu des autorités religieuses l'ordre de ne plus annoncer Jésus. Et voici la réponse : Pierre et les apôtres répondirent: Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Voilà la borne. Tant que l'autorité commande dans son domaine, on se soumet. Le jour où elle commande de désobéir à Dieu… on obéit à Dieu, et on accepte d'en payer le prix.
Élise : Et l'ordre des mots compte. Ils ne disent pas ça pour échapper à l'autorité : ils restent debout devant elle, prêts à en porter les conséquences. La désobéissance chrétienne n'a rien d'un confort… c'est une croix possible. Rare, d'ailleurs, dans nos vies ordinaires.
Emmanuel : Très rare. Le quotidien, c'est plutôt l'autre commandement… celui qu'on néglige le plus. Paul à Timothée, chapitre deux : J'exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté.
Élise : Avant toutes choses, dit Paul. Pas après le débat… avant. Et pour les rois qu'ils avaient, pas pour ceux qu'ils auraient préférés. Des autorités qui persécutaient l'Église naissante… et Paul demande des actions de grâces.
Emmanuel : Et regarde le but : une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. L'Église ne demande pas le pouvoir. Elle demande la paix pour servir et témoigner. La nuance est énorme.
Emmanuel : Alors question toute simple pour ceux qui nous écoutent : à quand remonte ta dernière prière pour ceux qui gouvernent ? Je dis bien prière pour… pas soupir contre.
Élise : Si je réponds honnêtement pour moi… ça remonte. On commente beaucoup, on intercède peu. C'est plus facile de partager un article que de plier les genoux.
Emmanuel : Et pourtant c'est notre acte politique le plus puissant. Aucune loi ne peut l'encadrer, aucun sondage ne le mesure… et Dieu l'écoute. Une assemblée qui prie pour ses autorités, quelles qu'elles soient, fait plus pour sa ville qu'elle ne l'imagine. Chez nous, avec Rose, on a pris un pli tout simple : dans notre prière de famille, on nomme devant Dieu ceux qui portent une charge, du maire de notre ville jusqu'au sommet de l'État. Sans commentaire, sans étiquette. Juste leurs charges, et nos requêtes. Les enfants ont grandi avec ça… et je crois que ça les a vaccinés contre le mépris.
Élise : Et ça soude l'assemblée, d'ailleurs. Deux frères qui votent différemment peuvent difficilement rester ennemis… s'ils prient ensemble pour les mêmes autorités.
Emmanuel : Doucement, tu es en train de vendre la fin de mon histoire.
Élise : Oh pardon ! Alors garde-la encore un instant. Il nous reste une dernière pierre à poser… ce que Jésus lui-même répond, le jour où on essaie de l'enrôler.
6. Rendez à César, rendez à Dieu
Élise : Matthieu vingt-deux. On tend un piège à Jésus : faut-il payer le tribut à César ? S'il dit oui, il passe pour un collaborateur. S'il dit non, c'est un rebelle bon pour Rome.
Emmanuel : Et Jésus se fait apporter une pièce, et demande de qui est l'effigie. Matthieu écrit : De César, lui répondirent-ils. Alors il leur dit: Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.
Élise : La pièce porte l'image de César… qu'elle retourne à César. Mais toi, tu portes l'image de Dieu. Alors rends à Dieu ce qui porte son image… toi-même, tout entier.
Emmanuel : Tout est là. César peut réclamer ton impôt, ton respect, ta loyauté civique. Il ne peut pas réclamer ton adoration. L'erreur de tous les siècles tient en deux gestes : donner à César ce qui est à Dieu… ou refuser à César ce qui est à lui.
Élise : Alors récapitulons ce qui est sûr, avant de nous quitter. Les autorités sont instituées : on les honore. La ville nous est confiée : on cherche son bien. Les rois ont besoin de prière : on intercède avant de commenter. Et notre cité à nous est dans les cieux : aucun camp n'aura notre âme.
Emmanuel : Et ce qui reste libre : ton curseur entre l'engagement et la réserve. Romains quatorze encore : Que chacun ait en son esprit une pleine conviction. Et que personne ne regarde de haut le frère qui a posé le curseur ailleurs… il se tient devant le même Maître que toi.
Élise : Le même Maître… qui n'a pas de carte d'électeur, et qui règne déjà.
Élise : Et maintenant, Emmanuel… tes deux frères fâchés. Tu nous dois la fin.
Emmanuel : Les anciens les ont réunis un soir, sans témoins. Pas pour trancher qui avait raison… ils ne l'ont jamais dit, et je trouve ça très sage. Ils ont ouvert Première Timothée deux, et ils leur ont demandé une seule chose : prier ensemble pour les autorités. Les deux. Côte à côte. À voix haute.
Élise : Et… ça a marché ?
Emmanuel : Pas en une soirée, non. Mais quelques semaines plus tard, je les ai vus se serrer la main à la sortie du culte. Et l'un des deux m'a glissé : c'est difficile de rester fâché avec un homme que tu as entendu prier. La politique les avait séparés. La prière les a remis côte à côte.
Élise : C'est difficile de rester fâché avec un homme qu'on a entendu prier… Quelle phrase pour nous quitter. Je nous mets devant Dieu. Notre Dieu, notre bon Papa, merci pour la ville où tu nous as placés. Donne-nous d'honorer nos autorités, de prier pour elles avant de les commenter, et de chercher le bien de nos quartiers. Garde nos assemblées unies au-dessus de nos différences, et nos cœurs attachés à notre vraie cité, d'où nous attendons le Seigneur Jésus. Amen.
Emmanuel : Amen.
Élise : Merci Emmanuel pour cette histoire qui finit bien. Merci à vous tous de nous avoir écoutés. On se retrouve bientôt, si Dieu veut, pour un nouvel épisode d'Aux Sources.
Emmanuel : Que le Seigneur vous garde. À bientôt.
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