L'Esprit Éditorial
Pochette du podcast Aux Sources

Aux Sources · Questions vives

Le jour du Seigneur : sabbat du chrétien ou liberté ?

Le jour du Seigneur : sabbat du chrétien ou liberté ?

Avec Élise & Emmanuel18:51

Le dimanche est-il le sabbat du chrétien, un jour mis à part par Dieu lui-même, ou bien tous les jours appartiennent-ils également au Seigneur ? Élise, dont l'hôpital ne ferme jamais, et Emmanuel, qui a appris à fermer son atelier, présentent les lectures que des chrétiens fidèles font de ce jour, sous la charte de Romains 14 : que chacun ait en son esprit une pleine conviction.

0:0018:51

Chapitres & repères

  1. Élise — Entre les larmes d'une jeune collègue croyante et ses propres gardes du dimanche, elle porte la question dans sa chair de soignante.

    Emmanuel — C'est une question vive : des chrétiens fidèles à la même Bible lisent ce jour différemment ; il pose la charte de Romains 14 avant d'ouvrir le débat.

    « Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction. »

    Romains 14:5 — Louis Segond 1910
  2. Élise — Avant tout débat, le repos est un don posé dans la création : Dieu bénit et sanctifie un jour, et le commandement s'y enracine.

    Emmanuel — Jésus remet le sabbat à l'endroit : fait pour l'homme ; sur ce socle-là, les deux lectures marchent ensemble.

    « Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu'en ce jour il se reposa de toute son œuvre qu'il avait créée en la faisant. »

    Genèse 2:3 — Louis Segond 1910

    « Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. »

    Exode 20:8 — Louis Segond 1910

    « Car en six jours l'Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s'est reposé le septième jour: c'est pourquoi l'Éternel a béni le jour du repos et l'a sanctifié. »

    Exode 20:11 — Louis Segond 1910

    « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. »

    Marc 2:27 — Louis Segond 1910
  3. Élise — Elle interroge la lecture avec respect : que répond-elle à ceux qui ne peuvent pas choisir leurs dimanches ?

    Emmanuel — Il présente cette lecture au mieux : un jour sur sept appartient à Dieu depuis la création, protège les faibles, et se reçoit comme un délice, pas comme un joug.

    « Mais le septième jour est le jour du repos de l'Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui est dans tes portes. »

    Exode 20:10 — Louis Segond 1910

    « Si tu retiens ton pied pendant le sabbat, Pour ne pas faire ta volonté en mon saint jour, Si tu fais du sabbat tes délices, Pour sanctifier l'Éternel en le glorifiant, Et si tu l'honores en ne suivant point tes voies, En ne te livrant pas à tes penchants et à de vains discours, »

    Ésaïe 58:13 — Louis Segond 1910

    « Il y a donc un repos de sabbat réservé au peuple de Dieu. »

    Hébreux 4:9 — Louis Segond 1910
  4. Élise — Elle présente cette lecture au mieux : le sabbat était l'ombre, le corps est en Christ ; le vrai repos est reçu par la foi, et tous les jours appartiennent au Seigneur.

    Emmanuel — Il salue la force des textes mais pointe le risque : une liberté qui n'est plus « pour le Seigneur » et qui s'évapore en brunch.

    « Que personne donc ne vous juge au sujet du manger ou du boire, ou au sujet d'une fête, d'une nouvelle lune, ou des sabbats: »

    Colossiens 2:16 — Louis Segond 1910

    « c'était l'ombre des choses à venir, mais le corps est en Christ. »

    Colossiens 2:17 — Louis Segond 1910

    « Car celui qui entre dans le repos de Dieu se repose de ses oeuvres, comme Dieu s'est reposé des siennes. »

    Hébreux 4:10 — Louis Segond 1910

    « Celui qui distingue entre les jours agit ainsi pour le Seigneur. Celui qui mange, c'est pour le Seigneur qu'il mange, car il rend grâces à Dieu; celui qui ne mange pas, c'est pour le Seigneur qu'il ne mange pas, et il rend grâces à Dieu. »

    Romains 14:6 — Louis Segond 1910
  5. Élise — Quelle que soit la lecture, le rassemblement des frères n'est pas une option : c'est là que sa collègue a trouvé un chemin praticable.

    Emmanuel — Dès le début, l'Église se retrouve le premier jour de la semaine ; on peut diverger sur le statut du jour, pas sur le corps qui s'y rassemble.

    « Le premier jour de la semaine, nous étions réunis pour rompre le pain. Paul, qui devait partir le lendemain, s'entretenait avec les disciples, et il prolongea son discours jusqu'à minuit. »

    Actes 20:7 — Louis Segond 1910

    « Je fus ravi en esprit au jour du Seigneur, et j'entendis derrière moi une voix forte, comme le son d'une trompette, »

    Apocalypse 1:10 — Louis Segond 1910

    « N'abandonnons pas notre assemblée, comme c'est la coutume de quelques-uns; mais exhortons-nous réciproquement, et cela d'autant plus que vous voyez s'approcher le jour. »

    Hébreux 10:25 — Louis Segond 1910
  6. Élise — Sa conviction penche vers la liberté en Christ, vécue avec un dimanche qui ressemble à son Seigneur ; elle refuse de juger le frère qui sanctuarise.

    Emmanuel — Sa pratique reste le jour mis à part, reçu comme un délice ; il refuse d'en faire une loi pour la conscience de son frère.

    « Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d'autrui? S'il se tient debout, ou s'il tombe, cela regarde son maître. Mais il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de l'affermir. »

    Romains 14:4 — Louis Segond 1910

    « En effet, nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même. »

    Romains 14:7 — Louis Segond 1910

    « Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. »

    Romains 14:8 — Louis Segond 1910

    « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. »

    Matthieu 11:28 — Louis Segond 1910
Transcription de l'épisode

1. Le planning de décembre

Élise : Chaque fin de mois, je fais les plannings du service. Et en décembre dernier, une jeune collègue est entrée dans mon bureau, a fermé la porte, et a fondu en larmes. Elle s'est convertie il y a un an. Elle m'a dit : Élise, toi qui es croyante… est-ce que je pèche chaque fois que je travaille un dimanche ? Elle me demandait de retirer toutes ses gardes du dimanche. Toutes.

Emmanuel : Et toi, tu en fais, des gardes le dimanche.

Élise : J'en fais. Moins qu'avant, mais j'en fais, l'hôpital ne ferme jamais. Alors sa question m'a suivie tout l'hiver. Est-ce que le dimanche est le sabbat du chrétien ? Un jour mis à part, protégé, sanctifié ? Ou est-ce que la croix a changé quelque chose au calendrier ?

Emmanuel : Et il faut le dire d'entrée : c'est une vraie question vive. Des chrétiens qui aiment le Seigneur, qui tiennent la même Bible ouverte, y répondent différemment depuis des siècles. Notre confession de foi ne tranche pas ce point. Alors on ne va pas faire semblant de le trancher à leur place.

Élise : On va faire mieux : écouter chaque lecture à son meilleur. Et notre charte, c'est Romains quatorze, verset cinq : « Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction. »

Emmanuel : Une pleine conviction. Pas une opinion floue, pas un héritage familial jamais examiné. Une conviction formée devant Dieu, Bible ouverte. C'est ce qu'on souhaite à chacun en sortant de cet épisode.

Élise : On avait déjà parlé du repos ici, tu te souviens… travailler dur ou lâcher prise. Ta clé d'atelier dans le sac de Rose.

Emmanuel : Elle y est toujours, la clé. Mais aujourd'hui la question est différente. La dernière fois, on demandait : faut-il s'arrêter ? La Bible répond oui, et on n'y revient pas. Aujourd'hui on demande : le jour lui-même a-t-il un statut ? Est-ce que le dimanche est saint, ou est-ce que c'est moi qui dois être saint tous les jours ?

Élise : Alors, le chemin ? Parce qu'il y a du texte, sur ce sujet. Beaucoup de texte.

Emmanuel : D'abord le socle que tout le monde partage : la création et le commandement. Ensuite la première lecture, le jour mis à part. Puis la deuxième, la liberté en Christ. Puis ce qui ne se discute pas, quelle que soit ta lecture. Et on finira comme Romains quatorze nous le demande : chacun devant son Maître.

Élise : Et une règle de ton, avant d'ouvrir. Celui qui lit autrement que vous n'est ni un chrétien tiède ni un légaliste borné.

Emmanuel : Merci de le poser. Des réveils entiers ont été portés par des hommes qui sanctuarisaient le dimanche, et des missionnaires magnifiques par des hommes libres sur les jours. Les deux familles ont donné des géants de la foi. On ne caricature personne ce soir.

2. Le socle : un rythme donné à la création

Élise : Commençons par ce qui nous rassemble. Tout début de la Bible, Genèse deux : « Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu'en ce jour il se reposa de toute son œuvre qu'il avait créée en la faisant. »

Emmanuel : Avant Moïse, avant Israël, avant toute loi. Un jour béni et sanctifié, posé dans le tissu même de la création. Le rythme des six et du un n'est pas une invention religieuse, c'est une signature du Créateur.

Élise : Et quand Dieu donne les dix paroles au Sinaï, il reprend ce rythme et l'ancre là : « Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. » Puis il donne la raison : « Car en six jours l'Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s'est reposé le septième jour: c'est pourquoi l'Éternel a béni le jour du repos et l'a sanctifié. »

Emmanuel : C'est pourquoi. Le commandement regarde en arrière, vers la création. Dieu ne s'était pas fatigué, il n'avait pas besoin de récupérer. Il a cessé, il a contemplé, et il a béni ce jour-là pour l'homme. S'arrêter, c'est marcher à son pas, on l'avait dit.

Élise : Et Jésus, quand les pharisiens avaient transformé ce cadeau en cage, l'a remis à l'endroit d'une phrase : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. »

Emmanuel : Fait pour l'homme. Un don, pas un piège. Voilà le socle commun, et il est solide : Dieu a donné un rythme, et ce rythme est une grâce. Jusque-là, ta jeune collègue, toi, moi et tous nos auditeurs, on marche ensemble.

Élise : C'est après que les chemins se séparent. La question exacte, c'est : que devient ce jour, de ce côté-ci de la croix et de la résurrection ?

3. Première lecture : un jour mis à part

Emmanuel : Je présente la première lecture, et je la présente au mieux, parce que des frères que j'admire la tiennent, et qu'une bonne part de mon cœur la tient avec eux. Elle dit ceci : le rythme d'un jour sur sept précède la loi de Moïse, on vient de le voir dans la Genèse. Ce qui est né à la création ne meurt pas avec les cérémonies d'Israël. Les sacrifices ont trouvé leur accomplissement, oui. Mais le mariage aussi date d'avant la chute, et personne ne dit qu'il est aboli. Pour cette lecture, le jour mis à part fait partie de l'ordre créé, comme le mariage et le travail.

Élise : Donc un jour sur sept qui appartient à Dieu, hier le septième, aujourd'hui le premier… le jour de la résurrection.

Emmanuel : Voilà. Depuis que Christ est sorti du tombeau un dimanche matin, ce jour-là porte son nom : le jour du Seigneur. Et cette lecture ajoute un argument qui me touche, moi, l'ancien patron. Relis à qui s'adresse le commandement : « Mais le septième jour est le jour du repos de l'Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui est dans tes portes. »

Élise : Ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger… Le commandement protège d'abord ceux qui ne décident pas de leur emploi du temps.

Emmanuel : Tu as tout vu. Le maître, lui, peut s'arrêter quand il veut. Le serviteur, jamais, sauf si un jour est sanctuarisé pour tout le monde. Sans jour fixe, le repos devient un privilège de puissants. J'en sais quelque chose : tant que fermer l'atelier dépendait de mon humeur, je ne fermais pas. Et mes salariés d'alors non plus. Ma liberté à moi leur coûtait leur dimanche à eux. Un jour fixé par Dieu, c'est une protection sociale avant l'heure… et une protection contre soi-même.

Élise : Et cette lecture, elle ne retombe pas dans la cage des pharisiens ? Les listes d'interdits, les regards en coin ?

Emmanuel : Elle peut y retomber, c'est son danger, et les honnêtes le reconnaissent. Mais son cœur n'est pas l'interdit, c'est le délice. Écoute Ésaïe, c'est un des plus beaux textes sur le sujet : « Si tu retiens ton pied pendant le sabbat, Pour ne pas faire ta volonté en mon saint jour, Si tu fais du sabbat tes délices, Pour sanctifier l'Éternel en le glorifiant, Et si tu l'honores en ne suivant point tes voies, En ne te livrant pas à tes penchants et à de vains discours, » Faire du sabbat tes délices. Pas ta corvée : tes délices. Un jour où je ne suis plus ni producteur ni consommateur. Où mon téléphone dort, où ma table s'allonge, où mon âme respire.

Élise : Et l'épître aux Hébreux semble lui donner un appui : « Il y a donc un repos de sabbat réservé au peuple de Dieu. »

Emmanuel : Un repos de sabbat réservé au peuple de Dieu. Cette lecture y entend que le principe du sabbat traverse toute l'histoire et pointe vers le repos éternel. Le jour mis à part, chaque semaine, c'est une répétition générale du ciel. Voilà cette lecture à son meilleur : pas une nostalgie de la loi… une avance sur l'éternité.

Élise : Présentée comme ça, elle est belle. Et je vois ce qu'elle donnerait à ma collègue : un refuge fixe, un rendez-vous que le monde ne peut pas lui voler. Mais justement… elle ne peut pas toujours le tenir, ce rendez-vous. L'hôpital ne ferme pas. Qu'est-ce que cette lecture lui répond ?

Emmanuel : Les meilleurs de cette lecture répondent avec Jésus lui-même : les œuvres de miséricorde n'ont jamais violé le sabbat. Il guérissait ce jour-là, et il rappelait qu'on sort sa brebis du trou même le jour du repos. Soigner, secourir, nourrir : ce n'est pas profaner le jour, c'est l'honorer. Mais je reconnais la limite : pour la caissière ou le livreur du dimanche, la réponse est moins simple. On y reviendra.

4. Deuxième lecture : la liberté en Christ

Élise : À mon tour, et je présente la deuxième lecture à son meilleur, parce qu'elle aussi a ses textes, et ils sont impressionnants. Le premier est de Paul, aux Colossiens : « Que personne donc ne vous juge au sujet du manger ou du boire, ou au sujet d'une fête, d'une nouvelle lune, ou des sabbats: » Et il donne la raison : « c'était l'ombre des choses à venir, mais le corps est en Christ. »

Emmanuel : Que personne ne vous juge au sujet des sabbats… Paul range les sabbats avec les fêtes et les nouvelles lunes. Difficile de faire comme si ce verset n'existait pas.

Élise : L'ombre et le corps. Quand la personne que tu attends entre dans la pièce, tu ne continues pas à embrasser son ombre. Pour cette lecture, le sabbat était l'ombre portée de Christ : le vrai repos, ce n'est pas un jour, c'est lui. Et l'épître aux Hébreux, celle-là même que tu citais, dit au verset suivant : « Car celui qui entre dans le repos de Dieu se repose de ses oeuvres, comme Dieu s'est reposé des siennes. »

Emmanuel : Se reposer de ses œuvres, comme Dieu s'est reposé des siennes… C'est l'Évangile en une ligne, ça.

Élise : C'est l'Évangile en une ligne. Le repos du chrétien, dans cette lecture, ce n'est pas d'abord un créneau du calendrier : c'est cesser d'essayer de se sauver soi-même. J'entre dans le repos quand je cesse de mériter, parce que Christ a tout accompli. Et ce repos-là se vit le lundi à huit heures autant que le dimanche à dix heures.

Élise : Et cette lecture a son verset d'équilibre, dans notre chapitre-charte justement : « Celui qui distingue entre les jours agit ainsi pour le Seigneur. Celui qui mange, c'est pour le Seigneur qu'il mange, car il rend grâces à Dieu; celui qui ne mange pas, c'est pour le Seigneur qu'il ne mange pas, et il rend grâces à Dieu. »

Emmanuel : Celui qui distingue, pour le Seigneur. Celui qui ne distingue pas… pour le Seigneur aussi. Paul honore les deux consciences. Il ne dit pas que l'une est plus mûre que l'autre.

Élise : Voilà. Dans cette lecture, chaque jour appartient au Seigneur, et c'est plus exigeant, pas moins. Il n'y a plus un jour saint et six jours à moi : il y a sept jours à lui. Mon mardi de garde peut être un jour du Seigneur. Ma pause de treize heures avec un psaume peut être un sanctuaire. Pour ma collègue, tu comprends ce que ça change : son dimanche travaillé n'est plus une faute à expier. C'est un service offert.

Emmanuel : Je salue la force des textes, sincèrement. Mais je pose la question fraternelle, celle qu'on doit à cette lecture : entre nous… combien de chrétiens invoquent Colossiens deux pour finir au centre commercial ? La liberté pour le Seigneur qui devient une liberté pour la grasse matinée. L'ombre et le corps, d'accord. Mais si le corps est en Christ, mes dimanches devraient être plus remplis de lui, pas plus vides.

Élise : Et tu as raison, c'est le danger de ma lecture, comme la cage était celui de la tienne. Une liberté qui s'évapore n'est pas la liberté de Romains quatorze. Que chacun ait une pleine conviction… pas une pleine indifférence. Si tous les jours sont au Seigneur et qu'aucun ne lui ressemble, je me raconte des histoires.

5. Ce qui ne se discute pas : l'assemblée

Emmanuel : Venons-en à ce qui, à mes yeux, ne se discute pas, quelle que soit ta lecture. Regarde l'Église naissante : « Le premier jour de la semaine, nous étions réunis pour rompre le pain. Paul, qui devait partir le lendemain, s'entretenait avec les disciples, et il prolongea son discours jusqu'à minuit. » Le premier jour de la semaine, réunis, le pain rompu. Ce n'est pas un règlement tombé du ciel, c'est un fait : dès le début, les chrétiens se retrouvent le jour de la résurrection.

Élise : Et Jean, exilé sur son île, écrit : « Je fus ravi en esprit au jour du Seigneur, et j'entendis derrière moi une voix forte, comme le son d'une trompette, » Le jour du Seigneur. Même séparé de toute assemblée, ce jour restait pour lui un rendez-vous avec son Maître.

Emmanuel : Alors on peut débattre du statut du jour. Mais le rassemblement, lui, a un commandement en toutes lettres : « N'abandonnons pas notre assemblée, comme c'est la coutume de quelques-uns; mais exhortons-nous réciproquement, et cela d'autant plus que vous voyez s'approcher le jour. » N'abandonnons pas notre assemblée. Pas : n'abandonnez pas votre écoute de podcast, hein. Notre assemblée. Des visages, des chants, le pain rompu, des frères qui t'attendent et qui s'inquiètent si tu n'es pas là.

Élise : Un podcast, c'est une passerelle, pas une église. On tient à le dire, nous qui vous parlons dans les oreilles. Le culte n'a pas de remplaçant.

Emmanuel : Et remarque pourquoi l'auteur le commande : exhortons-nous réciproquement. Réciproquement. Tu ne peux pas être exhorté par des frères que tu ne vois jamais, et eux ne peuvent pas l'être par toi. La braise seule refroidit. C'est une loi de poêle à bois, ça, je m'y connais.

Élise : Reste la vraie difficulté, celle de ma collègue et de tous ceux dont le métier ne s'arrête pas. Soignants, pompiers, conducteurs, boulangers… Comment on tient le rassemblement quand on travaille un dimanche sur deux ?

Emmanuel : Dis-nous ce qu'elle a fait, elle. Parce que je crois que c'est la meilleure réponse.

Élise : Elle est allée voir les anciens de son église, au lieu de porter ça seule. Ensemble, ils ont regardé son planning. Elle a échangé ce qui pouvait l'être, j'ai ajusté ce que je pouvais de mon côté. Et pour les dimanches de garde restants, son église a un groupe de maison le jeudi soir : c'est devenu son rendez-vous fixe. Et un couple passe la voir après le culte, certains dimanches, avec le résumé de la prédication et un morceau de gâteau. Elle m'a dit : je ne rate plus l'église. C'est l'église qui vient me chercher.

Emmanuel : C'est l'église qui vient me chercher… voilà une assemblée qui a compris Hébreux dix. L'exhortation réciproque, ça marche dans les deux sens : celui qui travaille le dimanche doit s'accrocher au corps, et le corps doit aller chercher celui qui sert. Personne ne devrait soigner nos malades ou éteindre nos incendies dans la solitude spirituelle.

Élise : Et à celle qui pleurait dans mon bureau, j'ai fini par dire ceci : ton dimanche de garde, offre-le. Prie dans le couloir, sers comme pour le Seigneur, et retrouve tes frères le jeudi. Ce n'est pas un dimanche de moins. C'est un autel différent.

6. Chacun devant son Maître

Élise : Il est temps de conclure, et Romains quatorze nous dit comment : « Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d'autrui? S'il se tient debout, ou s'il tombe, cela regarde son maître. Mais il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de l'affermir. »

Emmanuel : Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d'autrui… Le frère qui vit le dimanche autrement que moi n'est pas mon employé. Il a un Maître, et ce n'est pas moi. Et le texte ajoute cette merveille : il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de l'affermir. Dieu fera tenir debout mon frère… même là où je crois qu'il se trompe.

Élise : Alors disons nos convictions à voix haute, sans nous juger, pour montrer que c'est possible. Moi, ma pleine conviction penche vers la liberté : tous les jours sont au Seigneur, et mon dimanche travaillé peut être un autel. Mais je veux un dimanche qui ressemble à Christ quand je ne travaille pas : le culte, la table, la Parole, le vrai repos. Pas un jour saint… mais un jour à lui, quand même.

Emmanuel : Et moi, tu me connais, ma pratique reste le jour mis à part. Atelier fermé, clé dans le sac de Rose, table longue et culte non négociable. J'y goûte trop de douceur pour appeler ça une contrainte. Mais je refuse d'en faire une loi pour ta conscience ou celle de nos auditeurs. Ésaïe me commande le délice, pas le tribunal.

Élise : Et nous voilà, deux lectures, une même table. C'est peut-être ça, le plus beau témoignage sur ce sujet.

Élise : Et j'aimerais qu'on élève le regard pour finir, parce que Romains quatorze ne s'arrête pas à la tolérance. Il donne la raison profonde : « En effet, nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même. » Et encore : « Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. »

Emmanuel : Nous sommes au Seigneur. Voilà le fond commun des deux lectures, et il est immense. Celui qui sanctuarise son dimanche est au Seigneur. Celle qui soigne le dimanche est au Seigneur. La question n'a jamais été : à qui est le jour ? Elle a toujours été : à qui es-tu, toi ?

Élise : Et le vrai repos a un visage. Celui qui a dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » Le sabbat, le dimanche, le repos… tout ça pointait vers lui. Venez à moi.

Emmanuel : Alors voilà notre envoi : ne repartez pas avec notre opinion, ni la mienne ni celle d'Élise. Relisez Exode vingt, Marc deux, Colossiens deux, Romains quatorze, Hébreux quatre. Priez. Et parlez-en dans votre assemblée locale, avec vos anciens : c'est là que votre conviction doit se former, pas dans des écouteurs.

Élise : Je nous mets sous son regard. Notre Dieu, notre bon Papa, merci pour le repos que tu as béni dès la création, et pour le vrai repos que tu donnes en Jésus. Donne à chacun de nous une pleine conviction, formée devant toi, et un cœur large pour le frère qui lit autrement. Garde nos assemblées le jour du Seigneur, et garde ceux qui, ce dimanche encore, soigneront, secourront et serviront. Qu'ils sachent que tu les vois. Au nom de Jésus, amen.

Emmanuel : Amen.

Élise : Merci de nous avoir écoutés jusqu'ici. Dimanche prochain, où que vous soyez, souvenez-vous : vous êtes au Seigneur. Et si Dieu le veut, on se retrouve très bientôt, aux Sources. À bientôt !

Emmanuel : À bientôt. Et n'abandonnez pas votre assemblée… elle ne vous abandonne pas.

Continuer l'écoute

La Lettre de Lumière

Chaque semaine, les nouveaux épisodes « Aux Sources » et nos méditations, droit dans votre boîte mail — sans spam, désinscription en un clic.