L'Esprit Éditorial

Méditation

Ceux qui s'Attendent à l'Éternel Renouvellent leur Force

20 juillet 20268 min de lecture
Paysage minimaliste à l'aube, brume douce sur des collines baignées d'une lumière dorée
Paysage minimaliste à l'aube, brume douce sur des collines baignées d'une lumière dorée

« Mais ceux qui se confient en l'Éternel renouvellent leur force. Ils prennent le vol comme les aigles; Ils courent, et ne se lassent point, Ils marchent, et ne se fatiguent point. »

Ésaïe 40:31

Le chapitre 40 d'Ésaïe s'adresse à un peuple à bout, tenté de croire que Dieu l'a oublié. Et le prophète, pour relever ces cœurs fatigués, ne commence pas par des exhortations à l'effort. Il commence par un ordre très simple : Levez vos yeux en haut, et regardez! Qui a créé ces choses? Qui fait marcher en ordre leur armée? Il les appelle toutes par leur nom; Par son grand pouvoir et par sa force puissante, Il n'en est pas une qui fasse défaut.(Ésaïe 40:26) Avant de parler de la force à recevoir, il invite à regarder le ciel. Comme si la première guérison de l'âme épuisée passait par ce geste : détacher les yeux de soi et de ses propres réserves vides, pour les lever vers Celui qui a semé les étoiles et les appelle toutes par leur nom.

Le prophète insiste ensuite sur un point que nous avons du mal à croire quand nous sommes las : ce Dieu, lui, ne se fatigue pas. Ne le sais-tu pas? ne l'as-tu pas appris? C'est le Dieu d'éternité, l'Éternel, Qui a créé les extrémités de la terre; Il ne se fatigue point, il ne se lasse point; On ne peut sonder son intelligence.(Ésaïe 40:28) Nous projetons souvent sur Dieu notre propre épuisement, comme s'il finissait par se lasser de nous entendre, de nous porter, de nous pardonner. Ésaïe balaie cette idée. Le Créateur des extrémités de la terre n'a pas de fin de journée, pas de réserve qui baisse, pas de patience qui s'use. Sa force est sans mesure et sans déclin, et c'est précisément parce qu'elle est telle qu'il peut la donner sans jamais s'appauvrir.

Vient alors le contraste que le texte pose sans ménagement. Les adolescents se fatiguent et se lassent, Et les jeunes hommes chancellent;(Ésaïe 40:30) Le prophète ne flatte pas la jeunesse, la vigueur, la performance. Même les plus solides s'effondrent, même ceux qui semblaient inépuisables finissent par tomber. La force humaine, aussi éclatante soit-elle, a une limite, et prétendre le contraire ne fait qu'avancer le moment de la chute. Il y a une honnêteté salutaire dans ce verset : il ne promet pas que le croyant échappera à la fatigue par sa propre robustesse. Au contraire, il commence par reconnaître que toute force humaine s'épuise.

C'est sur ce fond que resplendit la promesse : Mais ceux qui se confient en l'Éternel renouvellent leur force. Ils prennent le vol comme les aigles; Ils courent, et ne se lassent point, Ils marchent, et ne se fatiguent point.(Ésaïe 40:31) Il faut noter le verbe. Là où la Louis Segond dit « renouvellent leur force », l'hébreu emploie un mot qui signifie échanger, changer, comme on change de vêtement usé. Ceux qui se confient en l'Éternel ne rechargent pas leurs vieilles batteries ; ils échangent leur force épuisée contre la sienne. Voilà qui déplace tout. La vie chrétienne ne consiste pas à trouver en soi un second souffle par pure volonté, mais à venir déposer sa force à bout de course pour recevoir la force d'un Autre. Se confier, ici, c'est troquer notre épuisement contre sa vigueur.

Remarquons aussi la progression des images, qui va du plus spectaculaire au plus humble. Prendre le vol comme les aigles, courir sans se lasser, marcher sans se fatiguer. On aurait attendu l'ordre inverse, du petit au grand. Ésaïe le renverse, et cette inversion console. Car la vie chrétienne connaît sans doute quelques envols d'aigle et quelques courses vaillantes, mais elle est surtout faite de longues marches, de ces jours ordinaires où l'on avance pas après pas sans éclat. Et la promesse tient jusque-là : pour la marche obscure comme pour l'envol, le Seigneur donne de quoi ne pas se fatiguer.

Cette force échangée a un nom, un visage. Celui qui, éternel et jamais las, s'est pourtant assis fatigué au bord d'un puits de Samarie, celui qui a porté sa croix jusqu'au bout de ses forces d'homme, est venu offrir aux épuisés le repos qu'ils ne peuvent produire. Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.(Matthieu 11:28) L'aigle d'Ésaïe et le repos de Jésus disent la même chose : la vraie force du croyant lui vient du dehors, de la grâce d'un Sauveur qui a connu notre lassitude et l'a vaincue. On ne s'attend pas à un principe, mais à une Personne qui nous a aimés jusqu'à la fin.

Cette semaine, quand tu sentiras tes forces baisser, résiste au réflexe de serrer les dents pour trouver en toi ce que tu n'as plus. Fais plutôt le geste d'Ésaïe : lève les yeux, tourne-toi vers le Dieu qui ne se lasse pas, et viens échanger. Redis, à l'heure de la fatigue : Mais ceux qui se confient en l'Éternel renouvellent leur force. Ils prennent le vol comme les aigles; Ils courent, et ne se lassent point, Ils marchent, et ne se fatiguent point.(Ésaïe 40:31) Ne demande pas de redevenir fort par toi-même ; demande à troquer ta force finie contre la sienne, qui ne finit pas. Il se peut que tu n'aies pas des ailes d'aigle aujourd'hui, mais seulement une marche à poursuivre. La promesse te suffit : marche, et tu ne te fatigueras point.