Ceux qui sèment avec larmes
12 octobre 2026

« Ceux qui sèment avec larmes Moissonneront avec chants d'allégresse. »
Semer est un acte de foi, car semer c'est donner sans voir encore revenir. On met en terre du grain, de l'effort, du temps, de l'argent parfois, et l'on n'a d'abord sous les yeux qu'un champ retourné, nu, sans la moindre promesse visible. L'entrepreneur qui investit, l'étudiant qui travaille des années, le parent qui éduque, celui qui bâtit patiemment quelque chose dont le fruit est lointain, tous connaissent cette saison où l'on ne récolte rien, où l'on doute même d'avoir bien fait de semer. Et il arrive qu'on sème dans les larmes. Le Psaume connaît ces larmes, il les nomme, et il annonce ce qu'elles deviendront.
Il chante : Ceux qui sèment avec larmes Moissonneront avec chants d'allégresse.(Psaumes 126:5)
Remarque d'abord qu'il ne cache pas les larmes. Il y a un semer qui se fait dans la peine, dans l'incertitude, parfois dans la peur de tout perdre. Le Psaume ne demande pas de faire semblant d'aller bien, ni de semer le sourire aux lèvres. Il reconnaît la douleur du geste. Mais il refuse que les larmes aient le dernier mot. À côté du semer dans les larmes, il place le moissonner avec des chants. Entre les deux, il y a une saison d'attente, celle de toute semaille, où la graine travaille en secret, cachée sous la terre, sans que l'œil puisse encore rien vérifier.
Toute la sagesse du texte tient dans ce délai. Le semeur ne voit pas la moisson le jour où il sème ; s'il l'exigeait, il désespérerait aussitôt. Notre découragement vient souvent de là : nous voudrions récolter le jour même où nous semons. Mais la loi de la semence est une loi de patience. Ce qui est enfoui semble mort un temps, et c'est précisément dans cet apparent silence que la vie se prépare. Ne pas voir la moisson n'est pas la preuve qu'elle ne viendra pas ; c'est le temps normal entre le grain jeté et l'épi levé. La foi accepte ce délai parce qu'elle fait confiance à Celui qui donne la croissance.
Il faut se garder d'entendre ce Psaume comme une promesse mécanique de succès. Il ne dit pas que tout ce que tu entreprends prospérera à coup sûr, ni que chaque larme sera payée d'un profit terrestre. La Bible n'est pas un contrat de rendement. Ce que le Psaume promet, c'est que rien de ce qui est semé pour Dieu n'est perdu, et qu'au terme, il y aura une joie proportionnée aux larmes. La moisson dont il parle déborde largement nos comptes ; elle atteint jusqu'à l'éternité, où Dieu essuiera toute larme des yeux. Le fruit est certain, mais c'est Dieu qui en fixe l'heure et la forme.
Cette espérance a un garant, et ce garant a lui-même semé dans les larmes. Jésus a comparé sa propre mort à un grain de blé qui tombe en terre : s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. Il a semé sa vie dans les larmes de Gethsémané et l'obscurité de la croix, et la moisson en a été sa résurrection et la multitude des rachetés. Celui qui a ainsi semé dans les pleurs et moissonné dans la gloire est le fondement de la promesse faite au semeur découragé. Tu ne sèmes pas dans un univers indifférent ; tu sèmes dans le champ d'un Dieu qui a lui-même connu les larmes des semailles et la joie de la moisson.
Cette semaine, si tu sèmes sans rien voir venir, ne juge pas ton champ à sa nudité présente. Continue de semer, un geste de plus, en confiant la moisson à Dieu. Et si tu sèmes dans les larmes, ne les cache pas à Dieu ; dis-lui ta peine, mais ajoute la parole du Psaume comme une espérance tenue à bout de bras : Ceux qui sèment avec larmes Moissonneront avec chants d'allégresse.(Psaumes 126:5)
Le silence de la terre n'est pas de l'abandon. C'est le temps caché où mûrit ce que tu ne vois pas encore. Sème donc, aujourd'hui, avec les larmes s'il le faut, mais avec l'assurance qu'un jour tu chanteras.
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