
Théologie
Elohim Et Adonaï : Les Noms De Dieu
25 juin 2025
« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. »
Le tout premier mot dont la Bible se sert pour parler de Dieu réserve déjà une surprise. Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre.(Genèse 1:1)
Ce Dieu, en hébreu, se dit Elohim, et Elohim est un pluriel. Non qu'Israël ait cru en plusieurs dieux : tout l'Ancien Testament affirme le contraire avec force. La langue hébraïque emploie parfois un pluriel de majesté, de plénitude, pour dire la grandeur inépuisable de celui dont elle parle. Et voici l'étonnant : ce sujet au pluriel commande un verbe au singulier, il créa. Dès la première ligne, le texte tient ensemble l'unité de Dieu et sa richesse débordante. On ne réduit pas Elohim à un mot ; il est plus vaste que tout ce que nous pourrions dire de lui.
Elohim, c'est le Dieu de la puissance créatrice. Le nom dit la majesté, l'autorité, la hauteur de celui qui appelle les mondes à l'existence par sa seule parole. Quand la Genèse répète que Dieu dit, et que la chose est, c'est Elohim qui parle. Pas de matière préexistante qu'il aurait pétrie, pas de combat contre des forces rivales comme dans les mythes voisins : une parole souveraine, et l'univers répond. Ce nom nous remet d'emblée à notre place. Devant Elohim, nous sommes des créatures, tirées du néant, dépendantes de bout en bout. Cette vérité n'écrase pas ; elle libère. Découvrir que je ne suis pas le fondement de ma propre existence, c'est pouvoir enfin me reposer sur un Autre plus grand et plus solide que moi.
L'Écriture, pourtant, ne s'arrête pas à la puissance. Un autre nom revient sans cesse : Adonaï, le Seigneur, littéralement mon Maître. Là où Elohim dit la grandeur, Adonaï dit la relation. Dans le monde biblique, un maître n'est pas un tyran lointain ; il possède, mais il protège aussi, il nourrit, il prend soin de ceux qui lui appartiennent. Dire Adonaï, c'est reconnaître que ce Dieu immense n'a rien d'anonyme : il est mon Seigneur, celui entre les mains de qui je me remets. On entend ce nom sur les lèvres d'Abraham qui intercède, de David qui supplie, des prophètes qui tremblent. Elohim m'apprend qui est Dieu ; Adonaï m'apprend qu'il veut être à moi, et moi à lui. La puissance et la proximité ne se contredisent pas ; elles se répondent.
Cette double façon de nommer Dieu nous garde de deux erreurs symétriques. La première : ne retenir qu'Elohim, un Dieu de puissance pure, majestueux mais froid, architecte de l'univers indifférent à nos vies. Celui-là, on l'admire de loin, on ne l'aime pas. La seconde : ne garder qu'un Dieu proche et rassurant, taillé à notre mesure, à qui l'on ôte toute majesté jusqu'à en faire un compagnon commode. Tenus ensemble, les deux noms nous maintiennent dans la vérité : le Créateur des galaxies est aussi celui qui compte les cheveux de notre tête. La grandeur qui pourrait nous effrayer se révèle une grandeur qui se penche. Rien n'est trop grand pour lui, et rien en nous n'est trop petit pour qu'il s'en soucie.
Tout cela trouve son sommet dans une scène de l'Évangile. Thomas, le disciple qui doutait, se retrouve enfin devant le Ressuscité et laisse échapper le cri le plus juste qui soit : Thomas lui répondit: Mon Seigneur et mon Dieu!(Jean 20:28)
En une phrase, il réunit les deux noms. Il reconnaît en Jésus Elohim, le Dieu créateur, et Adonaï, le Seigneur qui est le sien. Le Dieu qui avait dit que la lumière soit se tient là, ressuscité, portant encore la marque des clous. La distance infinie entre le Créateur et la créature, ce n'est pas nous qui l'avons comblée ; c'est lui qui l'a franchie. Toute la théologie des noms divins débouche ici, sur un visage, celui du Fils, en qui la plénitude de Dieu a habité corporellement.
Nos deux noms ne sont donc pas des curiosités d'érudits ; ils forment une école de prière. Cette semaine, quand tu t'adresses à Dieu, laisse ces deux vérités habiter tes mots. Commence par l'adorer comme Elohim : souviens-toi qu'il est le Créateur, souverain sur ce qui t'inquiète, plus grand que le souci qui t'obsède. Puis remets-toi à lui comme à ton Adonaï, non pas un maître dur, mais celui qui t'a racheté à grand prix et qui te garde. Tu n'as pas à trancher entre la crainte respectueuse et la confiance filiale ; l'Évangile te donne les deux ensemble. Reviens à ce premier verset, si simple, et laisse-le t'émerveiller encore : le Dieu qui créa les cieux et la terre est celui-là même qui, en Christ, t'appelle par ton nom.
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