L'Esprit Éditorial

Vie Quotidienne8 min de lecture

Gérer l'Argent sans en Devenir l'Esclave

24 novembre 2025

Mains tenant délicatement une petite croix en bois d'olivier sur fond de verdure floue et lumineuse
Mains tenant délicatement une petite croix en bois d'olivier sur fond de verdure floue et lumineuse

« Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre; ou il s'attachera à l'un, et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. »

Matthieu 6:24

L'argent tient dans nos vies une place qu'il n'avoue jamais. Nous prétendons nous en soucier peu, et il gouverne pourtant en sous-main quantité de décisions : où nous habitons, ce que nous osons, ce qui nous tient éveillés la nuit, ce sur quoi nous nous disputons en couple. Ce n'est pas un outil neutre qu'on prend et qu'on repose comme un marteau. Il attire, il promet : la sécurité, une certaine liberté, le regard des autres. C'est cette promesse qui le rend dangereux, bien plus que les billets. Car ce qui nous promet la sécurité finit par réclamer notre confiance, et cette confiance, dans la Bible, ne revient qu'à Dieu. Le problème de l'argent n'est jamais d'abord une affaire de comptes ; il est spirituel.

Jésus le dit sans détour : Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre; ou il s'attachera à l'un, et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon.(Matthieu 6:24). Le mot « Mamon » reste en l'état, et c'est voulu : ce terme araméen désigne la richesse, que Jésus personnifie comme une divinité rivale. Le verbe « servir », en grec douleuô, veut dire au sens propre « être esclave de ». Il ne s'agit donc pas d'un choix de portefeuille ; il s'agit d'un choix de maître. On peut avoir de l'argent et servir Dieu ; on ne peut pas servir l'argent et servir Dieu à la fois. Tout se joue dans le sens du service : qui travaille pour qui ?

Remarquons ce que Jésus ne dit pas. Il ne dit pas que l'argent est mauvais, ni qu'il faudrait s'en défaire. L'Écriture est pleine de gens riches et fidèles, Abraham, Job, Lydie, Joseph d'Arimathée. Elle ne déclare pas que l'argent est la racine des maux ; elle dit, selon la formule exacte de Paul à Timothée, que Car l'amour de l'argent est une racine de tous les maux; et quelques-uns, en étant possédés, se sont égarés loin de la foi, et se sont jetés eux-mêmes dans bien des tourments.(1 Timothée 6:10). La nuance est décisive. Gardé à sa place, l'argent est un excellent serviteur : il nourrit une famille, soutient une œuvre, soulage un pauvre, prépare l'avenir avec sagesse. L'ennui commence quand le serviteur monte sur le trône, quand ce qui devait nous servir se met à nous commander, à dicter nos priorités, à jauger notre valeur. Le même objet peut être outil ou idole ; tout dépend de qui règne.

Comment savoir lequel des deux nous sert vraiment ? Les symptômes ne trompent pas. L'argent devient maître quand l'inquiétude à son sujet nous vole la paix, quand l'accumulation ne dit jamais « assez », quand nous jaugeons notre réussite et celle des autres au relevé bancaire, quand donner nous coûte plus que garder ne nous réjouit. Jésus, dans ce même chapitre, dresse d'ailleurs face à Mamon un antidote redoutable : Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.(Matthieu 6:19-21). Le cœur suit le trésor, jamais l'inverse. Voilà pourquoi, pour déloger l'argent du trône, le plus sûr n'est pas de gagner moins : c'est de se mettre à donner.

Le don est le grand briseur de chaînes. Rien ne desserre autant l'emprise de l'argent que d'en lâcher volontairement une part. Quand je donne, je déclare en actes que cet argent n'est pas mon dieu, puisque je peux m'en séparer sans en mourir ; je dis que ma sécurité tient ailleurs. La générosité chrétienne aide le prochain, bien sûr, mais elle libère d'abord celui qui donne. Le premier bénéficiaire de l'aumône, c'est souvent le cœur de celui qui la fait. Donner régulièrement, avec joie et sans calcul, est une discipline de liberté : on y réapprend, geste après geste, cette parole du Seigneur, Je vous ai montré de toutes manières que c'est en travaillant ainsi qu'il faut soutenir les faibles, et se rappeler les paroles du Seigneur, qui a dit lui-même: Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir.(Actes 20:35).

Rien de tout cela n'annule la bonne gestion, au contraire. La Bible fait l'éloge de la mesure : prévoir, épargner sans excès, tenir ses engagements, fuir aussi bien le gaspillage que l'entassement anxieux. Quelques habitudes simples aident à garder l'argent à sa place. Donner en premier, avant de dépenser, pour que la générosité soit une décision et non ce qui reste au fond du compte. Tenir un budget honnête, car on ne maîtrise que ce qu'on regarde en face. Se méfier des dettes qui asservissent. Et cultiver le contentement, dont Paul témoignait ainsi : Ce n'est pas en vue de mes besoins que je dis cela, car j'ai appris à être content de l'état où je me trouve.(Philippiens 4:11). Voilà ce qui coupe à la racine la course au « toujours plus ». La sagesse financière ne s'oppose pas à la foi ; elle en est une expression très concrète.

Au fond, l'argent nous place chaque jour devant la question de l'Évangile : en qui mets-tu ta confiance ? Il promet ce que Dieu seul peut donner, la sécurité, la valeur, l'avenir, et il ne tient jamais parole jusqu'au bout, puisque nous n'emportons rien de ce monde en le quittant. Le Christ, lui, a fait l'inverse : Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s'est fait pauvre, de riche qu'il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis.(2 Corinthiens 8:9). Voilà le trésor qui ne déçoit pas, le seul qui ne se dévalue ni ne se dérobe. Qui l'a trouvé peut enfin manier l'argent librement : sans le mépriser comme s'il était sale, sans l'adorer comme un dieu, en s'en servant pour aimer, pour bénir, pour bâtir. Le compte en banque cesse alors d'être le miroir où l'on cherche sa valeur, car celle-ci est déjà fixée ailleurs, en Christ. Servez Dieu, et mettez l'argent à son service. Jamais l'inverse.