L'Esprit Éditorial
Intérieur serein baigné de lumière matinale, table en chêne avec mug artisanal et journal relié en lin

Croissance7 min de lecture

Comprendre son Baptême d’Eau (Romains 6)

19 novembre 2025

Intérieur serein baigné de lumière matinale, table en chêne avec mug artisanal et journal relié en lin

« Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie. »

Romains 6:4

Beaucoup gardent de leur baptême un souvenir ému mais confus : une belle journée, de l’eau, des témoins réjouis, sans toujours savoir ce qui s’y jouait devant Dieu. D’autres hésitent longtemps à se faire baptiser. Ils redoutent tantôt un rituel vide de sens, tantôt de « rater » une cérémonie qui déciderait de leur éternité. Il faut lever un malentendu tenace : le baptême d’eau ne sauve pas. On n’est pas passé par les eaux pour obtenir le salut. On y passe parce qu’on a déjà reçu, par la foi seule, le salut que Christ a accompli à la croix. Comprendre cela ne rabaisse en rien le baptême. Cela lui rend son vrai poids et sa vraie beauté.

Car si le baptême ne sauve pas, il n’est pas pour autant décoratif ni facultatif. Il symbolise et proclame publiquement l’entrée dans la vie chrétienne et dans la famille de Dieu. Le jour de la Pentecôte, Pierre lance à la foule bouleversée : Pierre leur dit : Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit.(Actes 2:38) L’ordre des mots compte : la repentance et la foi viennent d’abord, puis le baptême, qui en devient le signe extérieur et public. C’est pourquoi l’Écriture connaît le baptême des croyants. Pas celui d’un nourrisson qui ne peut encore rien confesser, mais celui de la personne qui, ayant compris la grâce reçue, veut la déclarer ouvertement devant ses frères. Le geste ne crée jamais la foi qui le précède. Il la met en scène, il la rend visible.

Et quelle scène ! En Romains 6:4, Paul en dévoile toute la portée : Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie.(Romains 6:4) Descendre dans l’eau, c’est figurer très concrètement un enterrement : l’homme ancien, avec sa vie menée loin de Dieu, est mis au tombeau. Remonter de l’eau, c’est figurer tout aussi concrètement une résurrection : on se relève uni au Christ vivant et victorieux. Le baptême n’est donc pas d’abord une chose que je ferais pour Dieu, afin de le fléchir. Il est l’image de ce que Dieu a déjà fait pour moi en son Fils.

Le vocabulaire lui-même prêche cette lecture. Le verbe grec baptizô, dont vient directement notre mot français, signifie plonger, immerger, submerger entièrement. Cette immersion n’a rien d’arbitraire ni de purement esthétique. Elle épouse exactement l’image que déploie Romains 6 : on plonge comme on ensevelit un mort, on émerge comme on ressuscite à une vie nouvelle. L’eau qui se referme un instant sur le baptisé dit la mort au péché et au vieil homme ; l’eau qu’il quitte en remontant dit aussitôt la vie nouvelle reçue en Christ. Le rite raconte ainsi, en un seul geste silencieux et visible de tous, tout l’Évangile : une mort et une vie, celles de Christ devenues vraiment les nôtres. Rien de magique dans cette eau ordinaire. Tout est dans ce qu’elle représente et dans Celui qu’elle annonce.

De là découle une conséquence pratique que Paul tire aussitôt : puisque tu as été enseveli et relevé avec Christ, alors vis-le concrètement. Le baptême n’est pas un point final que l’on coche. C’est un point de départ pour toute une existence. Marcher en nouveauté de vie n’est pas la condition du salut qu’il faudrait remplir ; c’en est la suite normale, la reconnaissance vécue dans les gestes de tous les jours. On ne se fait pas baptiser pour devenir enfin enfant de Dieu ; on marche désormais autrement parce qu’on l’est déjà devenu par la foi. Ainsi, chaque fois que la vieille pente familière revient tenter le croyant, le baptisé peut se rappeler avec force : cet homme-là, je l’ai enseveli, je n’ai plus aucune obligation de lui obéir. Le souvenir du baptême devient une force pour le combat d’aujourd’hui.

Il faut aussi préserver ce geste de deux dérives opposées et également graves. La première ferait du baptême une sorte de talisman qui protégerait de lui-même, mécaniquement ; ce serait retomber dans la magie que l’Évangile récuse fermement. La seconde le banaliserait en simple tradition familiale ou culturelle, vidée de toute foi personnelle et de tout sens. Entre ces deux écueils se tient la sobre vérité biblique : un signe voulu et institué par le Seigneur lui-même, plein de sens et de joie, mais qui renvoie toujours au-delà de lui-même, vers l’œuvre accomplie de Christ. C’est pourquoi on invite les nouveaux venus à prendre le temps de comprendre avant de s’avancer vers les eaux. Réfléchissez posément, non par méfiance ou par tiédeur, mais parce qu’un geste si beau mérite d’être posé en pleine conscience et en pleine liberté.

Si vous avez déjà été baptisé, revisitez ce jour non comme une page tournée et oubliée, mais comme une promesse gravée pour toujours : vous appartenez au Christ mort et ressuscité, et rien ne peut effacer ce à quoi cette eau renvoyait. Si vous ne l’êtes pas encore et que vous croyez sincèrement, parlez-en sans tarder à votre église ; le baptême attend d’être pour vous ce qu’il est vraiment, la joyeuse et publique proclamation d’une vie nouvelle. Dans un cas comme dans l’autre, retenez que l’essentiel ne se trouve pas dans l’eau elle-même, mais dans Celui qu’elle désigne. Et sa grâce, contrairement à nos ferveurs, ne se dément jamais et ne s’épuise pas. C’est en lui, non dans le rite, que repose toute notre espérance.