L'Esprit Éditorial
Mains tenant délicatement une petite croix en bois d'olivier sur fond de verdure floue et lumineuse

Théologie

Hosanna : Sauve Maintenant

28 novembre 2025

« Hosanna au Fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna dans les lieux très hauts! »

Matthieu 21:9

On l'entend surtout le dimanche des Rameaux, mêlé aux palmes et aux acclamations. Hosanna. Un mot de fête, croit-on, un cri de joie parmi d'autres, à peu près l'équivalent de « gloire » ou de « vive le roi ». À l'origine, pourtant, ce n'est pas un cri de triomphe : c'est un appel au secours. Sous la jubilation des Rameaux dort une supplication ancienne, montée du fond de la détresse d'un peuple. Comme « amen » et « alléluia », ce mot nous vient de l'hébreu, transporté intact jusqu'à nous. Son histoire surprend davantage encore, car il porte ensemble la joie et le manque, l'acclamation et la prière. Le comprendre, c'est apercevoir quelque chose de la manière dont Dieu vient à nous : non pour couronner nos forces, mais pour sauver notre faiblesse.

Hosanna est la contraction d'une courte prière hébraïque, hoshia-na, qu'on pourrait rendre par « sauve, je t'en prie » ou « sauve maintenant ». Le premier mot vient de la racine qui a donné le nom de Josué, et celui de Jésus : « l'Éternel sauve ». Le second, na, est cette petite particule suppliante qu'on ajoute pour dire l'urgence. Ce n'est pas un « sauve-nous » lancé de haut ; c'est un « de grâce, sauve ». Cette prière se trouve au cœur d'un psaume qu'on chantait lors des grandes fêtes : O Éternel, accorde le salut! O Éternel, donne la prospérité!(Psaumes 118:25) En agitant leurs palmes, les foules de Jérusalem ne récitaient pas une formule creuse. Elles reprenaient un cri du psautier, la demande brûlante que Dieu vienne enfin délivrer son peuple. La joie des Rameaux reposait sur une soif ancienne.

Ce psaume d'où monte le cri « sauve maintenant » gardait d'ailleurs une autre parole, que Jésus s'appliquera bientôt. Quelques versets plus loin, on y lit : La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient Est devenue la principale de l'angle.(Psaumes 118:22) Les mêmes chants qui suppliaient Dieu de sauver annonçaient, sans le savoir, la façon dont il sauverait : par un rejet changé en fondement. Celui qu'on allait mettre à mort deviendrait la pierre angulaire de tout l'édifice. La prière hosanna et sa réponse se trouvaient donc tissées ensemble dans un même poème, à quelques lignes d'écart. Depuis des siècles, Israël chantait à la fois son besoin de salut et la manière déconcertante dont ce salut viendrait. Dieu n'improvise pas : ce qu'il a accompli en Christ, il l'avait longuement préparé et promis.

Le jour où Jésus entre dans Jérusalem, monté sur un ânon et non sur un cheval de guerre, la foule reprend ce vieux cri et le lui adresse : Hosanna au Fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna dans les lieux très hauts!(Matthieu 21:9) En criant cela, le peuple confesse, sans peut-être en mesurer la portée, que le salut attendu depuis des siècles s'approche en cet homme. « Sauve maintenant » : la prière et son exaucement se croisent dans la même rue. Celui à qui l'on crie « sauve » est justement Celui qui vient sauver. Beaucoup, ce jour-là, attendaient un libérateur politique, un roi qui chasserait l'occupant. Ils ignoraient encore que le salut apporté par cet homme irait bien au-delà de leurs chaînes visibles, et qu'il se paierait d'un prix qu'aucun d'eux n'imaginait.

Il y a dans cette scène une gravité que la fête ne doit pas recouvrir. Quelques jours plus tard, dans la même ville, d'autres cris monteront. Une foule réclamera une croix. C'est que le salut de Dieu ne collait pas au salut qu'on espérait. On voulait un trône ; il a pris un supplice. On attendait la fin d'une domination étrangère ; il est venu briser une servitude plus ancienne, celle du péché et de la mort. À cette prière, hosanna, sauve maintenant, Jésus a répondu, mais autrement qu'on ne le rêvait. Il n'a pas sauvé en écrasant des ennemis ; il a sauvé en se laissant écraser. La délivrance n'est pas venue par un coup de force, elle est venue par un don. Et c'est ainsi que cet appel au secours a conduit, contre toute attente, à une croix, avant de conduire à une résurrection.

Ce mot nous apprend aussi quelque chose sur la prière. « Sauve maintenant » n'est pas la prière de gens installés, sûrs d'eux, capables de se tirer seuls d'affaire. C'est le cri de ceux qui reconnaissent leur impuissance et se tournent vers un autre. Dire hosanna, c'est avouer qu'on a besoin d'être sauvé, un aveu que notre époque, éprise d'autonomie, prononce avec peine. Nous aimons nous croire les artisans de notre propre salut, capables de nous corriger et de nous améliorer par nos seules forces. L'Évangile coupe court à cette illusion : le salut ne se fabrique pas, il se reçoit. Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu.(Éphésiens 2:8) Crier hosanna, c'est tendre les mains vides vers Celui qui les remplit.

C'est une immense bonne nouvelle pour qui se sent au bout de ses forces. Le nom de Jésus veut dire « l'Éternel sauve » ; il n'est pas venu attendre que nous méritions son secours, mais répondre au cri de ceux qui n'en peuvent plus. Cette semaine, ose faire de ce vieux mot ta prière. Quand une situation te dépasse, quand une faute te retient, quand la peur te serre, inutile de chercher de belles phrases : « Seigneur, sauve maintenant » suffit. Ce n'est pas une prière de vaincu, c'est une prière de croyant. Et rappelle-toi que Celui à qui tu l'adresses est déjà venu, déjà mort et ressuscité pour toi. L'hosanna que tu murmures aujourd'hui ne se perd pas dans le vide : il s'adresse à un Sauveur qui a déjà accompli l'essentiel, et qui achèvera un jour ce qu'il a commencé en toi.