
Théologie
Hamartia : le Péché, Manquer la Cible
5 août 2026
« Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu; »
Nous avons du mot péché une idée trop étroite, souvent réduite à une liste de fautes graves ou à de vieux interdits. Le grec du Nouveau Testament nous ouvre plus large. Le terme le plus courant, hamartia, vient du vocabulaire du tir : c'est le fait de manquer la cible, la flèche qui n'atteint pas son but. Le mot hébreu correspondant, dans l'Ancien Testament, porte la même image du coup manqué. Le péché, avant d'être telle ou telle action mauvaise, est donc une vie qui rate son but, qui n'atteint pas ce pour quoi elle était faite. Et ce but, cette cible manquée, c'est Dieu lui-même et sa gloire.
C'est exactement ce que dit Paul dans la formule la plus dépouillée qui soit : Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu;(Romains 3:23)
Tous ont manqué la cible, et le résultat se dit d'un mot : ils sont privés de la gloire de Dieu. Le péché n'est pas seulement une somme de mauvaises actions ; c'est un manque, une privation, l'absence de ce à quoi nous étions destinés. Nous avons été faits pour refléter et goûter la gloire de Dieu, et nous voilà à côté, hors du but. Cela explique cette insatisfaction sourde du cœur humain, cette impression tenace que quelque chose manque, même quand tout semble en place : nous sommes des êtres qui ont raté leur cible.
Ne réduisons pas non plus le péché à ses seuls actes visibles. L'Écriture en donne aussi une définition de rupture : Quiconque pèche transgresse la loi, et le péché est la transgression de la loi.(1 Jean 3:4)
Le péché est transgression de la loi, franchissement d'une limite posée par Dieu. Mais derrière chaque transgression concrète, il y a une orientation plus profonde du cœur : la volonté de vivre pour soi plutôt que pour Dieu, de se mettre soi-même au centre à la place du Créateur. Voilà pourquoi la racine du péché n'est pas d'abord dans les grands crimes, mais dans cette prétention discrète à se passer de Dieu, à être à soi-même sa propre loi. Le mensonge, la dureté, l'avarice ne sont que les flèches d'un arc mal orienté.
L'honnêteté oblige à en reconnaître l'étendue. Nous aimons croire qu'il y a les gens bien et les autres, et nous nous rangeons volontiers du bon côté. L'Écriture ne nous laisse pas cette illusion : selon qu'il est écrit: Il n'y a point de juste, Pas même un seul;(Romains 3:10)
Il n'y a point de juste, pas même un seul. Cela ne veut pas dire que tout homme est aussi méchant qu'il pourrait l'être, ni qu'il n'existe aucune bonté humaine ; cela veut dire qu'aucun de nous n'atteint la cible par ses propres forces, que la flèche de chacun retombe en deçà. Cette lucidité n'est pas du pessimisme morbide ; elle est la porte d'entrée de la grâce, car on ne cherche pas de médecin quand on se croit bien portant.
Il faut aussi mesurer ce que le péché brise vraiment. Le pire, dans le fait de manquer la cible, ce ne sont pas les dégâts moraux ; c'est la séparation d'avec Dieu. Le prophète le disait sans détour : Mais ce sont vos crimes qui mettent une séparation Entre vous et votre Dieu; Ce sont vos péchés qui vous cachent sa face Et l'empêchent de vous écouter.(Ésaïe 59:2)
Nos péchés mettent une séparation entre Dieu et nous. Le mal n'est pas seulement de mal agir ; il est d'être coupé de la source de la vie. Et cette séparation, aucun effort ne la comble par en bas : plus je tends l'arc de mes propres forces, plus je vérifie que je n'atteins pas le but. Le péché est un problème que le pécheur ne peut pas résoudre lui-même.
C'est ici, et seulement ici, que l'Évangile devient une nouvelle et non une morale. Puisque nous ne pouvions atteindre la cible, un autre l'a atteinte pour nous, et il a porté notre coup manqué. Le salaire du péché, écrit Paul, c'est la mort ; mais aussitôt il ajoute l'autre versant : Car le salaire du péché, c'est la mort; mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus Christ notre Seigneur.(Romains 6:23)
Le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus-Christ. Ce que nous devions, il l'a payé ; ce que nous ne pouvions atteindre, il nous le donne. Nommer le péché avec vérité n'est donc pas nous écraser ; c'est nous conduire à Celui qui, seul, relève le pécheur et le remet dans l'axe.
Cette semaine, ose regarder ta propre cible manquée sans te dérober, mais sans te noyer non plus. Nomme devant Dieu, honnêtement, non pas seulement telle faute isolée, mais cette pente du cœur à te mettre au centre. Puis, dans le même mouvement, ne reste pas au pied de ta faute : apporte-la à Christ, qui a porté le coup manqué de tous. Le but de cette lucidité n'est pas la culpabilité qui paralyse, mais la grâce qui relève. On ne se remet pas dans l'axe en tendant plus fort son propre arc ; on s'y remet en se laissant redresser par Celui qui n'a jamais manqué la cible.
À lire ensuite
Toutes les dévotions
Comprendre le Silence Divin
Lorsque les réponses se font attendre, comment maintenir une foi vivante ? Une réflexion sur l'attente active et la confiance.

La Grâce, Scandale et Libération
Rien à prouver, rien à payer, rien à mériter : la grâce heurte de front notre instinct le plus profond. C’est précisément ce scandale qui libère — à condition de le laisser intact.

L’Incarnation : Dieu dans la Chair des Jours
« La Parole a été faite chair » : quatre mots qui séparent le christianisme de toute spiritualité d’évasion. Dieu n’a pas survolé la condition humaine — il l’a habitée, de l’atelier à la croix.