L'Esprit Éditorial
Photographie abstraite et minimaliste d'un épi de blé sec aux tons dorés sur fond crème

Croissance7 min de lecture

Vivre d’une Vie qui n’est plus la Mienne

6 août 2026

« J'ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi. »

Galates 2:20

Il vient un jour, dans la vie de tout croyant sérieux, où l’effort de se corriger soi-même s’essouffle. On a lutté contre les mêmes travers, pris les mêmes résolutions, recommencé après les mêmes chutes, et l’on finit par se demander si l’on avancera jamais. Cette fatigue-là n’est pas forcément un mauvais signe. Elle peut être le seuil d’une découverte décisive : la maturité chrétienne n’est pas un moi patiemment amélioré, mais un moi crucifié et une vie reçue d’ailleurs.

C’est l’expérience que Paul résume en une phrase vertigineuse. J'ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi.(Galates 2:20) Lisez-la lentement, car elle contient un paradoxe qu’on n’épuise pas : je vis, et pourtant ce n’est plus moi qui vis. Deux affirmations qui devraient s’exclure tiennent ensemble. Paul n’a pas disparu ; il agit, il écrit, il souffre, il aime. Et pourtant le ressort de sa vie n’est plus lui-même, mais un Autre qui vit en lui.

Le premier mot donne la clé : j’ai été crucifié avec Christ. En grec, le verbe est au parfait, un temps qui désigne un événement passé dont l’effet dure jusqu’à présent. Autrement dit, Paul ne dit pas seulement qu’un jour il est mort à lui-même, comme on rappellerait un souvenir. Il dit qu’il est, aujourd’hui encore, un crucifié qui vit. La croix n’est pas derrière lui comme une page tournée ; elle définit ce qu’il est en permanence.

Voilà qui déplace radicalement l’idée que nous nous faisons du progrès spirituel. Nous rêvons d’une meilleure version de nous-mêmes : le même moi, mais poli, corrigé, présentable. L’Évangile propose autre chose de plus profond et de plus reposant : non pas ton moi amélioré, mais Christ vivant en toi. Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles.(2 Corinthiens 5:17) Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature ; l’ancien est passé. Ce n’est pas une retouche, c’est une naissance.

On pourrait craindre que cela nous efface, nous dissolve dans une piété impersonnelle. C’est le contraire. Paul n’a jamais été plus lui-même que quand Christ vivait en lui : jamais plus courageux, plus libre, plus aimant. La vie de Christ en nous ne gomme pas notre personne, elle la restaure, elle la rend enfin conforme à ce pour quoi Dieu l’avait créée. On ne se perd pas en Christ ; on s’y retrouve, débarrassé de ce qui nous défigurait.

Et tout cela repose sur une réalité que Paul ne veut surtout pas nous laisser oublier, car elle est le sol de tout le reste : qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. Ce n’est pas d’abord ma mort à moi qui compte, cette mort que je peinerais tant à réaliser par mes forces. C’est son amour livré, sa vie donnée. La grâce précède l’effort et le rend possible. Je ne me crucifie pas moi-même à la sueur de ma volonté ; je reçois une vie que Christ, m’ayant aimé, met en moi.

Cette semaine, repérez un endroit précis où le vieux moi reprend les commandes : un orgueil qui se cabre, une peur qui décide à votre place, une convoitise qui s’impose. Au lieu de simplement serrer les dents pour vous améliorer, essayez ceci. Dites intérieurement : ceci appartient au vieux moi, et le vieux moi a été crucifié avec Christ. Puis vivez l’instant suivant non par vos propres ressources, mais dans la foi au Fils de Dieu qui vit en vous. Vous ne portez pas votre transformation ; vous la recevez de Celui qui vous a aimé et s’est livré pour vous.