L'Esprit Éditorial

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Honorer et Accompagner ses Parents Âgés

7 octobre 2025

Tasse en céramique artisanale couleur crème posée sur un plateau de chêne clair, dans une lumière douce de studio
Tasse en céramique artisanale couleur crème posée sur un plateau de chêne clair, dans une lumière douce de studio

« Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne. »

Exode 20:12

Nous lisons Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne.(Exode 20:12) comme une consigne réservée aux enfants : obéis, respecte, range ta chambre. Mais regardons à qui ce commandement fut d'abord adressé, un peuple adulte rassemblé au pied du Sinaï, dont les parents étaient pour beaucoup déjà âgés. On comprend alors qu'il vise surtout un autre âge de la vie. Non l'enfant qui doit obéir, mais l'homme et la femme mûrs, établis, occupés, placés devant des parents devenus vieux, fragiles, dépendants et parfois difficiles. C'est d'ailleurs le seul des dix commandements assorti d'une promesse explicite, comme si Dieu savait à l'avance combien celui-là, à cet âge, coûterait cher, et combien nous aurions besoin d'un encouragement pour le tenir.

Le mot hébreu rendu par « honore », kabbed, a une saveur qu'il faut prendre le temps de goûter : sa racine signifie « être lourd, avoir du poids, peser ». Honorer, à la lettre, c'est donner du poids à quelqu'un, lui reconnaître une gravité, un prix qui compte. Son opposé, dans la Bible, n'est pas l'insulte : c'est la légèreté. Traiter ses parents âgés comme une affaire mineure, un rendez-vous qu'on déplace sans scrupule, un appel du dimanche qu'on abrège dès que possible. Honorer son père et sa mère, ce n'est pas d'abord éprouver pour eux des sentiments chaleureux ; c'est leur accorder un poids réel dans notre vie concrète : du temps, de la patience, une attention entière. On honore avec l'agenda avant d'honorer avec le cœur, qui souvent suit.

Disons-le sans fausse piété : accompagner des parents qui vieillissent est parfois très éprouvant. Il y a la douleur de voir se défaire lentement celui qui nous semblait indestructible, l'épuisement des aidants dont personne ne parle et que la société ne voit pas, et souvent des blessures anciennes, jamais dites, que les années n'ont pas refermées. Honorer n'exige jamais de nier ces plaies ni de prétendre, la gorge serrée, que tout fut idéal. On peut honorer un parent qui nous a manqué, déçu, parfois meurtri ; c'est même là que le commandement devient évangile, car il nous appelle à donner ce que nous n'avons pas toujours reçu. Le pardon et l'honneur peuvent marcher ensemble, à condition de s'appuyer tous deux sur la grâce reçue en Christ.

Le Nouveau Testament reprend cette exigence avec netteté. Paul écrit que les enfants et petits-enfants doivent Si une veuve a des enfants ou des petits-enfants, qu'ils apprennent avant tout à exercer la piété envers leur propre famille, et à rendre à leurs parents ce qu'ils ont reçu d'eux; car cela est agréable à Dieu.(1 Timothée 5:4). Rendre ce qu'on a reçu : l'image est celle d'une dette de tendresse qui, un jour, se retourne. Ils nous ont nourris quand nous ne pouvions rien faire ; vient le temps où c'est à nous de veiller sur eux. Jésus lui-même, en croix, dans l'agonie, confie sa mère au disciple qu'il aimait. Jusqu'au dernier souffle, il a honoré la sienne.

Accompagner ne veut pas dire tout porter seul, et la foi n'a jamais réclamé cet héroïsme épuisé qui s'effondre à force de se taire. Honorer ses parents peut passer par d'autres mains : une aide à domicile, une maison spécialisée choisie avec soin, le relais d'une fratrie qui se partage la charge, le soutien d'une communauté. Ce qui compte aux yeux de Dieu n'est pas de tout faire soi-même jusqu'à l'épuisement, c'est de ne jamais abandonner les siens : rester présent, décider avec eux tant qu'ils le peuvent encore et non à leur place, veiller à ce qu'ils ne soient ni oubliés au fond d'une chambre ni traités comme un dossier administratif. La famille chrétienne, ici, déborde les liens du sang. L'Église tout entière est appelée à entourer ses anciens, à ne laisser aucun vieillard, aucune veuve, sans visite ni prière.

Cette semaine peut porter un geste modeste : un appel téléphonique qu'on décide de ne pas écourter, une visite faite sans regarder sa montre toutes les dix minutes, une question posée sur leur enfance et leurs souvenirs pendant qu'il est encore temps de l'entendre de leur bouche. Et peut-être, pour certains, une réconciliation à amorcer, une parole d'estime jamais dite, un merci trop longtemps retenu. Ce geste n'a pas besoin d'être grand ; il lui suffit d'être vrai, et de dire à nos parents qu'ils comptent encore. Car ils ne seront pas toujours là, à portée de voix ou de voiture ; l'honneur qu'on peut leur rendre a une échéance que nous ignorons, et que nous regrettons toujours d'avoir sous-estimée.

La promesse attachée au commandement, celle de jours qui se prolongent, n'est surtout pas une transaction magique où le soin donné aux parents achèterait quelques années de vie en retour. Ce serait retomber dans la logique du marché que la grâce vient renverser. C'est plutôt une sagesse : une famille, une société qui honore vraiment ses aînés se donne un avenir plus stable, une mémoire vivante, une manière plus humaine de traverser le temps et les générations. Et il y a plus. En apprenant à honorer nos parents faillibles et vieillissants, nous apprenons peu à peu à honorer notre Père parfait. Derrière chaque père et chaque mère de la terre se profile Celui dont ils n'étaient que le reflet imparfait, et qui, lui, n'abandonne jamais ses enfants, même vieillis, même diminués, même oublieux. Jusqu'aux cheveux blancs, dit Ésaïe, c'est lui qui nous soutient et nous porte.