L'Esprit Éditorial
Livre ouvert sur une table en bois clair, baigné d'une douce lumière matinale, avec une tasse de café fumante

Théologie

L'Épître aux Romains : l'Évangile Mis à Découvert

26 mars 2025

« Car je n'ai point honte de l'Évangile: c'est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec. »

Romains 1:16

De toutes les lettres de Paul, celle qu'il adresse aux Romains est la plus posée, la plus architecturée. Il écrit à une Église qu'il n'a pas fondée et qu'il ne connaît pas encore ; impossible, donc, de s'appuyer sur des souvenirs communs. Il fait alors autre chose : il expose. Pas à pas, il déroule l'Évangile comme on déploie un plan, du constat le plus sombre jusqu'à la louange la plus haute. On a souvent comparé cette épître à une cathédrale : on y entre par le porche du péché, on traverse la nef de la justification, on s'élève vers le chœur de la vie dans l'Esprit, et l'on débouche sur l'autel de l'adoration. Rien n'y est décoratif. Chaque pierre porte la suivante, et l'ensemble tient parce que tout repose sur une seule et même bonne nouvelle.

Le mot qui commande tout est là dès les premières lignes : euangelion. Nous le traduisons par Évangile, mais l'oreille grecque entendait d'abord une bonne nouvelle, l'annonce heureuse qu'un messager criait autrefois après une victoire ou l'avènement d'un roi. Voilà ce qu'est d'abord l'Évangile selon Paul : non pas une morale à appliquer ni une sagesse à méditer, mais une nouvelle à recevoir. Quelque chose a eu lieu, hors de nous, avant nous, sans nous : Dieu a agi en son Fils. Toute l'épître découle de cette grammaire. On ne bâtit pas une bonne nouvelle, on l'accueille ; on ne mérite pas une victoire remportée par un autre, on s'en réjouit. Comprendre Romains, c'est se laisser déplacer de la posture de celui qui fait vers celle de celui qui reçoit.

Avant d'annoncer le remède, Paul pose un long et rude diagnostic. Il refuse de flatter. Le païen qui étouffe la vérité, le moraliste qui juge autrui tout en faisant les mêmes choses, le religieux fier de sa loi : personne n'échappe. La démonstration se resserre jusqu'à une sentence sans appel, tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. Ce n'est pas du pessimisme, c'est de l'honnêteté. Paul ferme une à une toutes les issues par lesquelles l'homme espère se justifier lui-même, pour qu'il n'en reste qu'une. Tant que nous croyons pouvoir nous en sortir seuls, la bonne nouvelle nous paraît superflue. Le constat du péché n'est pas là pour nous écraser mais pour nous désarmer, pour ôter de nos mains les fausses monnaies avec lesquelles nous prétendions payer une dette que nul homme ne peut acquitter.

Puis vient le tournant, introduit par deux mots que Paul aime : mais maintenant. Une justice de Dieu se manifeste, indépendante de la loi, offerte à quiconque croit. Le verbe grec dikaioô, que l'on rend par justifier, appartient au langage du tribunal : il veut dire déclarer juste, prononcer un verdict d'acquittement. Il ne décrit pas d'abord un changement moral en nous, mais une sentence rendue sur nous. Devant le juge, le coupable n'est pas invité à faire ses preuves ; il est déclaré juste à cause d'un autre, en vertu de ce que le Christ a accompli une fois pour toutes à la croix. C'est là le cœur battant de l'épître. La justification n'est pas une récompense au bout d'un effort ; c'est un don au commencement d'une vie nouvelle, reçu par la seule foi, sans les œuvres de la loi.

Ce verdict, Paul le sait, soulève aussitôt une objection : si tout est grâce, pourquoi ne pas pécher davantage ? Sa réponse occupe les chapitres suivants, et elle est magnifique. Celui qui a été uni au Christ est mort au péché et vivant pour Dieu ; il ne sert plus par contrainte mais par reconnaissance. L'Esprit, désormais, habite en lui et le conduit. S'élève alors l'une des plus belles pages de toute l'Écriture : il n'y a maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. Rien, ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l'avenir, ne pourra les séparer de l'amour de Dieu. La grâce ne rend pas paresseux ; elle libère. Elle n'affranchit pas du bien, mais de la peur, et remet le croyant debout, non plus en esclave inquiet, mais en enfant aimé.

Au seuil de tout cet édifice, Paul avait posé sa devise. Car je n'ai point honte de l'Évangile: c'est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec.(Romains 1:16) Deux mots frappent. La honte, d'abord : dans un monde qui riait d'un Messie crucifié, Paul assume cette annonce en apparence insensée. La puissance, ensuite, celle que désigne le mot grec dynamis, une force qui agit. L'Évangile n'est pas un beau discours sur Dieu ; c'est Dieu lui-même à l'œuvre pour sauver. Et son adresse ne connaît pas de frontière, quiconque croit, sans distinction d'origine ni de mérite. La bonne nouvelle ne trie pas ses destinataires : elle rejoint le Juif et le Grec, le proche et le lointain, tous ceux qui tendent des mains vides.

Lire Romains, c'est se laisser conduire d'un bout à l'autre de l'Évangile, du tombeau de nos illusions jusqu'à la maison du Père. On ne ressort pas indemne d'une telle traversée. Cette semaine, prenez seulement les premiers chapitres, lentement, et laissez le diagnostic faire son œuvre avant de goûter le remède : c'est en mesurant la profondeur du mal que l'on saisit la hauteur de la grâce. Puis relisez la sentence d'acquittement comme si elle était prononcée pour vous, car elle l'est. Vous n'avez rien à ajouter au verdict, rien à payer que le Christ n'ait déjà réglé. Il ne reste qu'à croire, c'est-à-dire à recevoir. L'Évangile exposé par Paul n'attend pas nos exploits ; il attend nos mains ouvertes, et il y dépose, gratuitement, la vie que nul effort n'aurait pu conquérir.