L'Esprit Éditorial
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Théologie

Les Sept Signes de Jean : Quand le Miracle Devient une Porte

21 août 2024

« Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom. »

Jean 20:31

L'évangile de Jean ne raconte pas la vie de Jésus comme les trois autres. Il la donne à lire à travers sept gestes choisis, sept moments où l'invisible affleure. L'eau changée en vin à Cana, le fils d'un officier guéri à distance, le paralytique relevé près de Béthesda, la multitude nourrie sur la montagne, Jésus marchant sur les eaux, l'aveugle-né recevant la lumière, Lazare rappelé du tombeau : voilà les sept. Jean les appelle des signes, et ce mot change tout. Un miracle qu'on garderait pour lui-même resterait un prodige admiré, puis oublié. Un signe ne s'arrête pas à sa propre beauté : il désigne quelqu'un. Chaque geste de Jésus dans ce livre est une flèche tendue vers sa personne, une façon de dire, en creux, qui il est pour celui qui accepte de suivre la direction indiquée.

Le mot grec est sêmeion, que l'on rend simplement par signe. Jean l'a préféré au terme dynamis, la puissance, que les autres évangélistes emploient volontiers. Le choix n'a rien d'anodin. Un sêmeion n'existe pas pour lui-même : comme un panneau au bord de la route, sa valeur tient tout entière dans ce vers quoi il pointe. Personne ne s'arrête pour admirer un panneau ; on lit sa direction et l'on repart. Il en va de même des signes de Jésus. Ce ne sont pas des exploits destinés à éblouir, mais des révélations discrètes de sa gloire. Le vin de Cana parle de la joie des noces à venir ; le pain multiplié annonce celui qui se dira lui-même le pain de vie. Toujours, le geste renvoie au-delà de lui-même, vers la personne du Fils.

Il y a dans ces sept signes une progression que l'on sent monter. Ils commencent dans la douceur d'un repas de mariage et s'achèvent devant une pierre tombale. Entre les deux, la détresse s'approfondit : un enfant malade, un homme infirme depuis trente-huit ans, une foule affamée, des disciples pris dans la tempête, un mendiant privé de lumière depuis sa naissance. À mesure que le besoin s'aggrave, le signe se fait plus éclatant, comme si Jean voulait nous conduire par degrés vers l'ultime question. Derrière chaque guérison se profile un manque plus grand que la maladie, une faim que le pain ne comble pas, une cécité que les yeux ne guérissent pas. Les signes soignent des corps, mais ils désignent une soif de l'âme que seul celui qui les accomplit peut apaiser.

Le septième signe est le seuil. Devant le tombeau de Lazare, Jésus ne se contente pas d'un geste : il pleure, il frémit, il prie, puis il appelle un mort par son nom. Lorsque l'homme sort, enveloppé de bandelettes, tout le livre bascule. Ce n'est plus seulement un prodige, c'est l'annonce voilée de Pâques, la promesse que la mort elle-même obéira à cette voix. Jean place ce signe juste avant la Passion, comme pour dire que celui qui tient les clés du tombeau va librement y descendre. La résurrection de Lazare n'est pas la victoire finale ; Lazare mourra de nouveau. Elle reste un signe : elle montre du doigt une résurrection plus grande, celle du Christ ressuscité corporellement, prémices de tous ceux qui croient en lui.

Pourquoi Jean a-t-il retenu ces sept-là et laissé de côté tant d'autres gestes ? Il nous le dit lui-même, presque à la fin, avec une clarté désarmante. Ce livre a été écrit dans un but précis, et ce but n'est pas d'informer notre curiosité mais d'engager notre confiance. Les signes ne sont pas des preuves qui forceraient l'esprit ; ce sont des invitations qui sollicitent le cœur. On peut voir un signe et détourner le regard ; on peut aussi le suivre jusqu'à celui qu'il désigne. Jean écrit pour que nous fassions ce second pas, pour que le prodige lu devienne rencontre vécue. L'évangile n'est pas un musée de miracles anciens ; c'est une main tendue à travers les siècles, qui nous demande vers qui, aujourd'hui, nous voulons tourner les yeux.

Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom.(Jean 20:31) Tout est là. Le signe n'a pas sa fin en lui-même, ni même dans la foi qu'il éveille : il conduit à la vie, et cette vie a un nom. Elle ne s'obtient pas en accumulant les mérites ni en imitant les prouesses de Jésus, mais en s'en remettant à sa personne. Croire, ici, ce n'est pas cocher une case intellectuelle ; c'est déposer le poids de son existence sur celui que les sept signes ont désigné. La vie promise n'est pas un salaire gagné, c'est un don reçu, offert par grâce à quiconque cesse de se sauver lui-même pour se confier au Fils.

Relisons donc ces pages autrement. Ne cherchons pas d'abord dans les signes de quoi renforcer nos certitudes ou nourrir notre émerveillement ; laissons-les faire leur travail, qui est de nous tourner vers le Christ vivant. Cette semaine, choisissez l'un des sept récits, lisez-le lentement, et au lieu de vous demander comment le miracle fut possible, demandez ce qu'il dit de celui qui l'accomplit. Laissez le panneau vous mettre en route. Vous découvrirez peut-être que votre soif la plus tenace n'attendait pas un prodige de plus, mais une personne : celui qui change l'eau en vin, rend la vue et appelle les morts par leur nom. Les signes sont sept ; celui vers qui ils pointent est unique. Et il ne réclame pas nos exploits, seulement notre confiance, pour nous donner la vie en son nom.