L'Esprit Éditorial

Méditation

La Création, ce Livre Second

26 avril 20246 min de lecture
Vallée de montagne embrumée à l’aube, baignée d’une lumière douce aux tons dorés et crème
Vallée de montagne embrumée à l’aube, baignée d’une lumière douce aux tons dorés et crème

« Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l'étendue manifeste l'œuvre de ses mains. »

Psaumes 19:2

Quand avez-vous regardé le ciel pour la dernière fois, vraiment regardé, plus de dix secondes, sans le photographier ? Nous traversons des aubes somptueuses les yeux baissés sur un écran, nous habitons des saisons entières sans les voir tourner. Ce que nous y perdons dépasse la beauté : nous y perdons une parole. « Racontent », dit le psaume ; en hébreu saphar, faire le récit. Les cieux ne se contentent pas d'exister, ils narrent. Encore faut-il quelqu'un pour écouter.

On objectera que la nature est ambiguë : elle console et elle dévaste, elle berce et elle engloutit. Ceux qui ont perdu une récolte ou un proche dans une tempête se méfient des lyrismes faciles. L'objection est juste, et la Bible ne l'esquive pas. Paul l'écrit aux Romains : Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement.(Romains 8:22) Le livre second est un livre blessé. Un texte abîmé reste pourtant un texte, et ses pages déchirées disent encore la main qui les a écrites.

Les Pères de l'Église parlaient de deux livres, celui des Écritures et celui de la création. Le psaume 19 les relie d'ailleurs en un seul poème : les cieux racontent la gloire de Dieu, puis, sans transition, la loi de l'Éternel est parfaite. Même auteur, deux encres. Rien de panthéiste là-dedans : la création n'est pas Dieu, pas plus qu'une lettre n'est celui qui l'envoie. Mais quiconque a reçu une lettre d'amour sait qu'on peut la relire jusqu'à l'user.

Le retournement est là : contempler ne nous fait pas fuir le monde, cela nous apprend à le déchiffrer. Il cesse d'être un décor pour redevenir une adresse. Ce merle qui chante sans compter, cette lumière de sept heures sur un mur, ce fruit dont la peau épouse exactement la main, autant de phrases d'un discours sans paroles, dont le psaume affirme pourtant que le retentissement parcourt toute la terre. La gloire ne crie pas ; elle insiste doucement.

Jésus lui-même a lu ce livre en public : considérez les lis des champs, regardez les oiseaux du ciel, observez le grain qui meurt en terre pour lever. La moitié de ses paraboles commentent des pages de la création. Ce n'était pas un ornement de rhétorique ; pour lui, le figuier, la vigne et la moisson portaient déjà du sens, comme si le monde avait été écrit d'avance en vue de l'Évangile.

L'exercice de la semaine tient en une consigne : quinze minutes dehors, chaque jour, sans téléphone et sans but. Un parc suffit, un balcon même. Choisissez un seul objet, un arbre, un nuage, une flaque, et restez-lui fidèle plusieurs jours d'affilée. Le soir, notez une phrase : ce que cette page du monde vous a dit. Vous serez surpris de voir que le même arbre ne raconte jamais deux fois la même chose.

Peu à peu, la contemplation déborde son quart d'heure. On se surprend à remercier pour la pluie, à saluer en soi la première lueur du jour, à lire dans le grain semé une prédication silencieuse sur l'espérance. Le livre second ne remplace pas l'Écriture ; il nous y renvoie, comme l'illustration renvoie au texte. Et celui qui apprend à lire les deux ne marche plus jamais dans un monde muet.