L'Esprit Éditorial

Méditation

La Lectio Divina, Pas à Pas

10 mars 20248 min de lecture
Journal ouvert au papier crème, brin de lavande séchée et stylo doré, baignés d’une douce lumière matinale
Journal ouvert au papier crème, brin de lavande séchée et stylo doré, baignés d’une douce lumière matinale

« Que tes paroles sont douces à mon palais, Plus que le miel à ma bouche! »

Psaumes 119:103

Il existe une manière de lire la Bible qui laisse affamé, et une autre qui rassasie. La première interroge le texte comme un suspect : que veux-tu dire, de quand dates-tu, qui t’a écrit ? Questions légitimes, mais qui laissent le lecteur à distance, carnet en main, le cœur intact. La seconde s’approche du texte comme d’une table dressée. Les anciens l’appelaient lectio divina, la lecture divine, et elle se transmet depuis les Pères du désert comme on transmet une recette de famille.

Précisons d’emblée ce qu’elle n’est pas : une technique de relaxation à consonance chrétienne. La méditation biblique ne consiste pas à faire le vide, elle consiste à faire le plein. Là où tant de spiritualités contemporaines proposent d’évacuer les pensées, la lectio propose de les nourrir d’une Parole plus solide qu’elles. On ne s’assoit pas pour se dissoudre. On s’assoit pour écouter Quelqu’un. C’est la différence qui sépare un jeûne d’un festin.

Première marche : la lectio, la lecture. Choisissez un passage court, une dizaine de versets suffisent, et lisez-le lentement, à mi-voix si possible, deux ou trois fois. Ne cherchez rien encore ; laissez simplement les mots passer sur vous comme une eau. Un mot, une image finira par accrocher, par briller d’un éclat particulier. Ne raisonnez pas ce choix : c’est souvent par cette porte étroite que le texte veut entrer aujourd’hui.

Deuxième marche : la meditatio. Prenez ce fragment et tournez-le en tous sens, comme on tourne un fruit au soleil. Pourquoi ce mot me rejoint-il ce matin ? Quelle situation de ma vie vient-il éclairer, ou déranger ? La rumination des anciens retrouve ici ses droits : répéter, peser, laisser lentement descendre. Le but n’est pas de produire une idée brillante ; il est de laisser le texte lire votre vie pendant que vous le lisez.

Troisième marche : l’oratio, la prière. Ce que la méditation a soulevé, dites-le maintenant à Dieu, simplement, avec vos mots. Gratitude, plainte, demande de pardon, question laissée ouverte : tout est recevable. La lectio devient un dialogue. Dieu a parlé par le texte, vous lui répondez par votre vie. Beaucoup découvrent ici que la prière cesse d’être un monologue laborieux, parce qu’elle tient enfin un point d’appui, une matière, un répondant.

Quatrième marche : la contemplatio. Il n’y a plus rien à faire, et c’est bien ce qui nous déroute. Demeurez quelques minutes en silence, sous le regard de Dieu, comme on reste à table après un bon repas sans éprouver le besoin de parler. Si cette étape vous échappe les premiers temps, ne vous en inquiétez pas : la contemplation ne se fabrique pas, elle se reçoit. Votre seule tâche est de laisser la porte ouverte.

Le psalmiste compare la Parole au miel. Il le chante au Psaume 119, verset 103 : Que tes paroles sont douces à mon palais, Plus que le miel à ma bouche!(Psaumes 119:103) Or on ne dévore pas le miel, on le goûte. Vingt minutes par jour, un passage bref, quatre marches gravies sans hâte : voilà l’unique équipement requis. Commencez demain par un récit d’évangile ou un psaume aimé. Et si une seule phrase vous accompagne jusqu’au soir, la lectio aura tenu sa promesse : elle ne vous aura pas informé sur Dieu, elle vous aura assis à sa table.