L'Esprit Éditorial
Mains tenant délicatement une petite croix en bois d'olivier sur fond de verdure floue et lumineuse

Croissance7 min de lecture

Persévérer dans l'Épreuve

29 octobre 2025

Mains tenant délicatement une petite croix en bois d'olivier sur fond de verdure floue et lumineuse

« Heureux l'homme qui supporte patiemment la tentation; car, après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l'aiment. »

Jacques 1:12

Toute épreuve un peu longue finit par poser la même question : est-ce que je vais tenir ? Au début, on tient sans trop de peine, porté par l'élan des premiers jours, par le soutien des proches, par l'espoir d'une issue rapide. Puis la maladie s'installe, l'attente se prolonge, le conflit s'enlise, la prière semble se cogner à un ciel de bronze, et la belle résolution du départ commence à s'effriter. Ce n'est pas l'intensité de l'épreuve qui use le plus, c'est sa durée. Beaucoup ne renoncent pas dans la tempête, mais dans la longueur, au centième jour tout pareil au précédent. La tentation la plus sournoise, quand on souffre, n'est pas de nier Dieu d'un seul coup. C'est de lâcher tout doucement, de baisser les bras, de se dire que cela ne sert à rien. Comment persévérer quand on ne voit pas le bout ?

L'épître de Jacques prend la question de front, et sa première phrase déconcerte : Mes frères, regardez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés,(Jacques 1:2) Puis, quelques versets plus loin, vient cette béatitude : Heureux l'homme qui supporte patiemment la tentation; car, après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l'aiment.(Jacques 1:12) Ne nous méprenons pas. Jacques ne demande pas d'aimer la douleur ni de sourire d'un air béat devant le malheur ; ce serait une comédie cruelle. Il demande de regarder l'épreuve autrement, en tenant compte de ce qu'elle est en train de produire. La joie dont il parle n'est pas une émotion qu'on commande, c'est une façon de voir : celle de qui sait qu'entre les mains de Dieu, rien ne se perd et rien ne reste stérile.

Le mot qu'emploie Jacques vaut qu'on s'y arrête. Supporte patiemment traduit le grec hupomonē, composé de hupo, sous, et de menô, demeurer : au sens propre, demeurer dessous. La persévérance biblique n'a rien de la raideur de celui qui serre les dents, ni de la dérobade de celui qui fuit la charge. C'est le choix de rester sous le poids sans s'y soustraire, en le portant un jour après l'autre. Rien de passif là-dedans : on ne demeure pas sous une charge par simple inertie, mais par une décision qu'il faut renouveler. Et le mot porte une bonne nouvelle. On ne réclame pas à celui qui souffre de faire disparaître le poids par sa seule volonté, seulement de tenir dessous un jour de plus, appuyé sur un autre que lui-même.

Jacques ne s'arrête pas au constat, il décrit un processus : sachant que l'épreuve de votre foi produit la patience. Mais il faut que la patience accomplisse parfaitement son œuvre, afin que vous soyez parfaits et accomplis, sans faillir en rien.(Jacques 1:3-4) L'épreuve n'est donc pas seulement un examen qui mesure ce que nous valons. Elle est un atelier qui façonne ce que nous devenons. Le feu ne se contente pas d'éprouver l'or, il le purifie. Ce qui, vu du dedans, ressemble à du temps perdu est en vérité un travail qu'on ne voit pas : une foi qu'on n'a jamais éprouvée reste théorique, tandis que celle qui a tenu sous la charge devient solide et vraie. Dieu ne gaspille pas nos épreuves. Il s'en sert.

L'Écriture ne romantise jamais la souffrance, et Jacques pas davantage. Le mot grec qu'il emploie, peirasmos, désigne à la fois l'épreuve qui vient du dehors et la tentation qui travaille au-dedans, car toute épreuve cache une tentation : celle d'accuser Dieu, de douter de sa bonté, de renoncer. Jacques le sait bien, lui qui précise aussitôt que Dieu ne tente personne (Jacques 1:13) ; l'épreuve peut avoir mille causes, jamais Dieu n'est l'auteur du mal qui nous assaille. Il reste donc, dans la persévérance, toute la place pour la plainte honnête. Job crie sans être repris, les psaumes gémissent sans qu'on les censure. Persévérer, ce n'est pas taire sa douleur en la déguisant en louange forcée. C'est continuer de parler à Dieu, même en pleurant, même sans rien comprendre.

Concrètement, la persévérance ne se joue pas dans un grand geste héroïque, mais dans la fidélité d'un jour. Ne demandez pas la force de tenir dix ans ; demandez celle de tenir aujourd'hui, et redemandez-la demain. Jacques indique d'ailleurs la première prière à faire monter : Si quelqu'un d'entre vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée.(Jacques 1:5) Ce n'est pas d'abord une sortie qu'on réclame, mais la sagesse de traverser. Découpez l'épreuve en journées, et chaque journée en ce seul pas que vous pouvez faire maintenant. Ne restez pas seul non plus : une charge portée à plusieurs cesse d'écraser. Et gardez sous les yeux une promesse précise de l'Écriture, une seule, à laquelle vous cramponner quand tout vacille.

Reste la question du sens de tout cela, et Jacques y répond par une promesse : la couronne de vie, que le Seigneur réserve à ceux qui l'aiment. Voyez le vrai ressort de la persévérance. Ce n'est pas le stoïcisme, c'est l'amour. On ne tient pas jusqu'au bout par seule force de caractère, mais par attachement à Celui qui nous attend au bout. Et cet amour a un précédent. Le Christ lui-même a marché le premier : ayant les regards sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix.(Hébreux 12:2) Il n'a pas persévéré à distance de notre souffrance : il l'a traversée jusqu'au fond, et il en est ressorti vivant. Celui qui vous demande de rester sous la charge y est resté avant vous, et il ne vous laisse pas la porter seul. La couronne n'est pas un salaire qu'on arrache. C'est un don de grâce, pour ceux qui, l'aimant, sont demeurés.