L'Esprit Éditorial

Prière

La Prière Persévérante qui ne se Décourage pas

Il arrive un soir où l’on cesse, par lassitude, de prier pour quelque chose. Jésus a raconté une parabole exactement pour ce soir-là.

Prière8 min de lecture

23 février 2026

Mains de plusieurs générations réunies au-dessus d’une table en bois rustique, dans une chaude lumière matinale
Mains de plusieurs générations réunies au-dessus d’une table en bois rustique, dans une chaude lumière matinale

« Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard ? »

Luc 18:7

Il arrive un soir où l'on décide, sans trop se l'avouer, de cesser de prier pour quelque chose. On a demandé longtemps. Le ciel a paru sourd. Par lassitude plus que par un vrai choix, on range la requête comme on replie un vêtement devenu inutile. Jésus a raconté une histoire pour ce soir-là. Luc la situe au chapitre 18, et il en donne aussitôt la clé : la parabole est là pour montrer qu'il faut toujours prier et ne pas se relâcher. Le Christ n'ignore pas notre fatigue de priants. Il l'a vue venir, et il lui a répondu par une histoire plutôt que par un reproche. Voilà déjà une consolation. Notre découragement ne le prend pas de court, et il a jugé bon de nous armer contre lui avant même qu'il ne nous atteigne.

L'histoire met en scène une veuve sans appui. Elle revient sans se lasser réclamer justice à un juge sans cœur, jusqu'à ce qu'il cède, simplement pour avoir la paix. Mais la veuve n'est pas le centre de la parabole. Le centre, c'est la question que Jésus pose ensuite, au verset 7 : Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard ?(Luc 18:7) Tout tient dans un écart, et non dans une ressemblance. Si un magistrat corrompu finit par répondre à une inconnue qui l'importune, que fera le Père pour les siens ? Nous ne prions pas pour fléchir un Dieu qui résisterait. Nous crions vers un Père qui, déjà, penche vers nous.

Un mot du verset mérite qu'on s'y arrête. Là où le texte demande si Dieu tardera, le verbe grec, makrothumeô, dit littéralement « être long à la colère », prendre son temps, patienter. La question retourne l'accusation que nous portons contre Dieu. Nous croyons qu'il tarde par indifférence. Le texte suggère qu'il patiente pour un dessein. Le délai n'est pas de l'oubli. Le temps qui sépare la prière de la réponse n'est pas un vide où Dieu se serait absenté ; c'est un espace habité, où se prépare quelque chose que nous ne voyons pas encore. La lenteur du ciel n'est pas une surdité. C'est une patience dont la logique nous échappe, et qui n'est pas dressée contre nous.

Reste l'objection. Si le Père est déjà favorable, pourquoi insister ? Pourquoi crier jour et nuit, puisqu'il n'a pas besoin qu'on le convainque ? La persévérance ne travaille pas les résistances de Dieu. Elle travaille les nôtres. Au fil des mois, la requête se décante. On finit par voir ce qu'on demandait vraiment, on laisse tomber l'accessoire, on apprend à démêler le désir qui compte du caprice passager. Une prière tenue longtemps est un feu qui affine, et ce qui la traverse, saison après saison, c'est notre foi débarrassée de ses scories. On ne ressort pas indemne d'avoir prié dix ans la même chose. On en ressort autre, ajusté à ce que Dieu voulait faire naître en nous par ce délai.

Il faut prendre au sérieux ces mots : des élus qui crient à lui jour et nuit. Rien d'une prière tiède du bout des lèvres. C'est un cri, celui de l'opprimé qui n'a pas d'autre recours. La prière qui persévère rejoint toutes ces suppliques accumulées des petits, des malades oubliés, des innocents broyés, qui semblent tomber dans le silence et que Dieu, promet le texte, recueille une à une. Le dossier n'est pas classé sans suite. Il reste ouvert devant un Juge intègre, et le cri qui monte jour et nuit n'est jamais perdu, même quand aucune réponse ne redescend tout de suite.

Comment tenir, concrètement, quand les forces manquent ? En donnant à ses longues requêtes un rythme plutôt qu'une intensité : une prière fidèle et brève vaut mieux qu'un élan héroïque suivi d'un abandon. En les écrivant, datées, parce que la mémoire enterre les prières que le papier garde vivantes. En les portant avec d'autres, aussi ; la communauté qui se réunit pour prier, le mardi soir dans notre assemblée, soutient celui dont la foi vacille, et une requête portée à plusieurs pèse moins lourd sur une seule épaule. Et quand les mots s'usent, en réduisant la prière à presque rien, un nom, un soupir, sans pour autant fermer le dossier. La veuve ne faisait pas de longs discours. Elle revenait.

La parabole s'achève sur une question qui reste en suspens et qui nous vise : Je vous le dis, il leur fera promptement justice. Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?(Luc 18:8) Comme si la fidélité de Dieu était acquise, et que le vrai suspense se déplaçait vers la nôtre. Cette persévérance, nous ne la puisons pas en nous-mêmes. Elle nous vient de Celui qui, à Gethsémané, présenta ses prières avec de grands cris et avec larmes, selon l'épître aux Hébreux, et fut exaucé autrement qu'il ne l'aurait cru : la croix ne lui fut pas épargnée, et pourtant la résurrection l'a traversée. Christ a tenu la prière que nous lâchons ; sa fidélité porte notre intermittence. Si vous tenez une requête usée, ne la rangez pas ce soir. Reprenez-la une fois encore. C'est peut-être exactement cela, la foi qu'il espère trouver.