L'Esprit Éditorial

Méditation

Les Regards sur Jésus

14 septembre 20267 min de lecture
Paysage minimaliste à l'aube, brume douce sur des collines baignées d'une lumière dorée

« ayant les regards sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix, méprisé l'ignominie, et s'est assis à la droite du trône de Dieu. »

Hébreux 12:2

L'auteur de l'épître aux Hébreux vient d'évoquer une longue liste de croyants du passé, cette grande nuée de témoins qui, avant nous, ont cru sans tout voir. Puis il en tire une image de course. Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d'une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau, et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte,(Hébreux 12:1) Il faut rejeter les fardeaux, se défaire du péché qui entrave, et courir avec persévérance. Mais aussitôt il précise l'essentiel, ce qui décide de toute la course : la direction du regard. On ne court pas bien en regardant n'importe où ; tout dépend de ce que l'on fixe des yeux.

Le verbe grec employé ici, aphorao, est d'une belle précision. Il ne dit pas seulement regarder, mais détourner les yeux de tout le reste pour les porter sur un seul objet. Il suppose qu'on cesse de regarder ailleurs. Pour fixer Jésus, il faut détacher son regard de mille autres choses qui le sollicitent. C'est tout l'art de la méditation chrétienne : non pas fermer les yeux sur le vide, mais les détourner de ce qui nous disperse pour les river sur une personne, Jésus. La concentration du croyant n'est pas une absence de contenu, c'est un objet unique.

Car nous savons d'expérience ce qui se passe quand le regard glisse ailleurs. Pierre, marchant sur les eaux, avançait tant qu'il fixait Jésus ; dès qu'il a regardé les vagues et le vent, il a commencé à s'enfoncer. Il en va ainsi de nous. Tant que nous fixons nos difficultés, elles grandissent et nous submergent. Tant que nous fixons nos échecs, le découragement nous gagne. Et, chose plus subtile, tant que nous fixons nos propres progrès spirituels, nous versons dans l'orgueil ou dans le désespoir selon les jours. La foi ne regarde pas ses circonstances, ni même ses performances ; elle regarde son Sauveur.

L'épître appelle Jésus « le chef et le consommateur de la foi ». Il est celui qui ouvre la marche et celui qui la mène à son terme, l'auteur et l'achèvement de notre foi. Cela veut dire que notre confiance ne repose pas d'abord sur notre capacité à croire, mais sur celui qui a commencé la foi en nous et qui l'accomplira. Nous ne courons pas pour attirer son attention ; nous courons parce qu'il nous précède et nous attire à lui. Voilà qui délivre le croyant de la fatigue de se regarder sans cesse : ce n'est pas ma foi qui me sauve, c'est celui sur qui ma foi se pose.

Le texte ajoute un détail qui donne à la croix une lumière inattendue. Jésus a souffert la croix « en vue de la joie qui lui était réservée ». Il a traversé l'ignominie et la douleur, non par goût de la souffrance, mais parce qu'au-delà il voyait une joie, celle de nous ramener à Dieu. Celui que nous fixons des yeux a lui-même couru en fixant un but, et ce but nous incluait. Il n'a pas méprisé la honte par insensibilité, mais par amour, sûr que la joie de nous sauver valait la peine de tout endurer. Méditer sa croix, c'est découvrir que nous étions la joie qu'il avait devant lui.

Il faut donc entendre ce verset comme une libération plus que comme une exigence. On croit souvent que la vie chrétienne consiste à s'examiner sans répit, à mesurer ses manques, à s'épuiser sous le regard qu'on porte sur soi-même. Hébreux 12 déplace ce regard. Regarde moins à toi, et davantage à lui. Non que l'examen de soi soit inutile, mais il ne doit jamais devenir le centre. Le centre, c'est Jésus, assis à la droite du trône de Dieu, vivant, victorieux, tourné vers nous. C'est de lui que vient la force de courir, et c'est vers lui que va la course.

Cette semaine, remarque combien de fois ton regard intérieur se pose sur tes problèmes, sur tes fautes, ou sur toi-même, et fais chaque fois le petit geste de le déplacer. Détourne les yeux, et fixe Jésus tel que l'Écriture te le montre, celui qui a couru avant toi et qui t'attire à lui. Redis, comme un mot d'ordre pour la journée : ayant les regards sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix, méprisé l'ignominie, et s'est assis à la droite du trône de Dieu.(Hébreux 12:2) Tu ne cesseras pas d'avoir des vagues autour de toi, mais tu apprendras à ne plus les fixer. Et l'on avance étonnamment mieux, sur les eaux les plus agitées, quand on garde les yeux là où il faut.