Prière
Prier pour un Malade, entre Foi et Remise
Deux tentations nous guettent au chevet d’un malade : réclamer la guérison comme un dû, ou n’oser plus rien demander. L’épître de Jacques trace un chemin plus étroit et plus libre.
Prière — 8 min de lecture
17 octobre 2024

« la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera ; et s’il a commis des péchés, il lui sera pardonné. »
« Il faut prier pour lui. » La phrase tombe après l’annonce d’un diagnostic, et un malaise nous saisit aussitôt. Comment prier pour un malade sans mentir, ni sur Dieu ni sur la réalité ? Deux tentations nous guettent, opposées et pourtant jumelles. La première réclame la guérison comme un dû, convaincue qu’une foi assez forte forcerait la main du ciel. La seconde, échaudée par des prières restées sans réponse, n’ose plus rien demander et maquille sa résignation en sagesse. Entre ces deux écueils, l’épître de Jacques ouvre un chemin étroit et clair : prier avec une foi réelle et une remise entière, sans rien sacrifier de l’une ni de l’autre. C’est l’une des pages les plus concrètes du Nouveau Testament sur la maladie, et elle se refuse à choisir entre l’audace et l’abandon.
Jacques ne renvoie pas le malade à un exploit individuel. Écoutez sa consigne, au verset 14 : Quelqu’un parmi vous est-il malade? Qu’il appelle les anciens de l’Église, et que les anciens prient pour lui, en l’oignant d’huile au nom du Seigneur.(Jacques 5:14)
Remarquez combien tout, ici, est communautaire et corporel. Le malade, souvent trop épuisé pour prier, n’a qu’un geste à poser : appeler. Ce sont d’autres qui viennent, qui imposent les mains, qui portent la requête à sa place. L’huile n’a rien de magique ; elle rend visible ce que la prière énonce avec des mots : cet homme, ce corps qui souffre, est remis au Seigneur. La foi dont parle Jacques est d’abord celle d’une communauté, une Église qui se rassemble autour d’un lit. Personne n’a à croire tout seul.
la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera ; et s’il a commis des péchés, il lui sera pardonné.(Jacques 5:15)
Le verbe grec rendu par « sauvera », sōzō, a une richesse déroutante : il dit aussi bien la guérison du corps que le salut de l’âme, et le Nouveau Testament joue sans cesse sur ses deux sens. Le verbe « relèvera », egeirō, n’est pas en reste : c’est le mot même de la résurrection, celui qu’on emploie pour dire que Christ a été relevé d’entre les morts. Jacques ne sépare donc pas la guérison du corps du salut éternel ; il les tient ensemble, d’une seule prise. Toute guérison reçue ici-bas reste un signe provisoire, une flèche pointée vers ce relèvement définitif où la mort elle-même sera vaincue. Prier pour un malade, c’est en réclamer un avant-goût, sans jamais prendre l’acompte pour la somme entière.
Encore faut-il s’entendre sur ce mot, « foi ». Elle n’est pas une technique, ni une intensité d’émotion qu’il faudrait atteindre pour déclencher le miracle. Y voir cela, ce serait glisser vers une superstition où Dieu obéirait à la puissance de nos convictions, un évangile de la prospérité à peine déguisé, qui ferait peser sur le malade le poids écrasant de sa propre guérison. La foi biblique ne regarde pas sa propre force ; elle regarde la bonté de Celui qu’elle prie. Croire, ici, c’est tenir pour sûr que Dieu est bon, qu’il est sage et qu’il peut, sans tenir pour sûre l’issue que nous réclamons. On peut prier avec une foi immense pour une guérison qui ne viendra pas, sans que cette foi soit prise en défaut. Elle repose sur le caractère de Dieu, non sur le résultat obtenu.
C’est là qu’intervient la remise, qui n’a rien d’une démission. Le modèle nous en est donné à Gethsémané : Jésus, dans l’angoisse, demande que la coupe s’éloigne, puis remet sa volonté à celle du Père (Luc 22:42). Voilà l’équilibre juste : demander clairement, de tout son cœur, et confier l’issue à plus sage que soi. Sur ce point, l’Écriture garde une honnêteté redoutable. Paul a supplié par trois fois qu’une écharde lui soit ôtée, et il a reçu pour toute réponse une grâce jugée suffisante, sans la délivrance espérée (2 Corinthiens 12). Prier pour un malade avec remise, c’est renoncer aux réponses bon marché : ne pas promettre une guérison que Dieu n’a pas promise, ne pas non plus soupçonner le malade de manquer de foi si son corps ne guérit pas. C’est porter d’un même mouvement la supplication et l’abandon.
Jacques ajoute une note que notre époque entend mal : dans la suite du verset, il précise que les péchés éventuels du malade lui seront pardonnés, puis, au verset 16, il élargit : Confessez donc vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris. La prière fervente du juste a une grande efficace.(Jacques 5:16)
Gardons-nous d’un contresens. Le texte n’enseigne pas que toute maladie serait le châtiment d’une faute ; Jésus a rejeté cette logique sans détour devant l’aveugle-né. Mais il se refuse aussi à découper l’être humain en tranches. Nous ne sommes pas un corps à réparer d’un côté, une âme à sauver de l’autre ; nous sommes une seule personne, et Dieu veut nous restaurer tout entiers. La chambre du malade devient alors un lieu de réconciliation, où l’on ose avouer ses torts et recevoir le pardon.
Reste la question qui brûle : et si le malade ne guérit pas ? Alors la foi et la remise, loin de se contredire, se rejoignent en un même point, la personne de Christ. Celui qui a porté nos maladies sur la croix a promis un relèvement que nul mal ne pourra annuler : au dernier jour, il essuiera toute larme, et la mort ne sera plus. Aucune prière déposée au chevet d’un souffrant n’est perdue, même lorsque la réponse ne ressemble pas à nos vœux. Cette semaine, si un proche est malade, ne priez ni seul ni dans le vague. Demandez à quelques frères et sœurs de vous rejoindre, nommez la personne devant Dieu, réclamez la guérison avec confiance, puis remettez l’issue entre les mains transpercées. L’espérance du malade repose là, et non dans la force de notre foi.
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