Méditation
Ses Compassions se Renouvellent Chaque Matin

« Les bontés de l'Éternel ne sont pas épuisées, Ses compassions ne sont pas à leur terme; Elles se renouvellent chaque matin. Oh! que ta fidélité est grande! »
On oublie souvent d'où monte ce verset si connu. Il ne jaillit pas d'un cœur comblé, mais du milieu des ruines. Le livre des Lamentations pleure Jérusalem détruite, le temple brûlé, le peuple déporté. Au troisième chapitre, l'homme qui parle dit avoir été conduit dans les ténèbres, avoir mangé du fiel, avoir vu son âme privée de la paix. Et c'est là, tout au fond, qu'il se reprend, qu'il rappelle quelque chose à son propre cœur : Les bontés de l'Éternel ne sont pas épuisées, Ses compassions ne sont pas à leur terme;(Lamentations 3:22)
Ce n'est pas la parole facile d'un homme épargné. C'est un acte de mémoire arraché à la nuit.
Le mot que la Louis Segond traduit par « bontés » est le grand mot hébreu hesed, cette bonté fidèle de Dieu qui tient à son alliance et n'abandonne pas les siens. Et les « compassions », en hébreu, viennent d'un mot qui évoque les entrailles, le sein maternel : une tendresse presque physique, viscérale, celle d'une mère émue jusqu'au ventre pour son enfant. L'auteur ne dit donc pas seulement que Dieu reste correct et bienveillant. Il dit que Dieu est remué par les siens du fond de ses entrailles, et que cette tendresse-là ne s'épuise jamais, quoi qu'il arrive à Jérusalem.
Le détail décisif, c'est ce « chaque matin ». Elles se renouvellent chaque matin. Oh! que ta fidélité est grande!(Lamentations 3:23)
Les compassions de Dieu ne sont pas un stock hérité du passé et qui diminuerait à mesure qu'on y puise. Elles sont neuves à chaque aube, comme la manne au désert qu'il fallait ramasser fraîche jour après jour et qu'on ne pouvait pas thésauriser. Voilà pourquoi la foi se vit un jour à la fois. Nous voudrions des provisions de grâce pour l'année entière ; Dieu nous donne un matin après l'autre. Cette discipline nous garde dépendants, et cette dépendance est une grâce, car elle nous ramène chaque jour à la source au lieu de nous laisser vivre sur nos réserves.
N'édulcorons rien : celui qui écrit cela est toujours au milieu du malheur. Il ne dit pas que les larmes sont finies ni que la ville est rebâtie. Le livre continuera de pleurer après ce passage. La confiance dont il témoigne ne supprime pas la douleur ; elle coexiste avec elle. C'est peut-être le plus précieux de ce texte : il nous apprend qu'on peut tenir une promesse dans une main et une peine dans l'autre. La foi n'est pas le déni de la nuit ; c'est le refus de laisser la nuit avoir le dernier mot. L'auteur se parle à lui-même, il se prêche cette vérité qu'il ne ressent peut-être pas encore, et petit à petit la vérité dite reprend le dessus sur le sentiment.
C'est exactement ce qu'est la méditation biblique : non pas se vider l'esprit, mais ruminer une promesse jusqu'à ce qu'elle nous nourrisse. L'auteur des Lamentations retourne cette certitude dans sa bouche comme on mâche lentement un aliment, il la répète, il en tire la substance. Et il pousse la logique à son terme : (Lamentations 3:24) Puisque Dieu lui-même, et non ses biens perdus, est son partage, il lui reste toujours de quoi espérer. On lui a tout pris, sauf l'essentiel, et l'essentiel ne se prend pas.
Ces compassions renouvelées chaque matin ont fini par se lever sur le monde en une aube décisive, celle du dimanche où le tombeau s'est ouvert. La fidélité de Dieu, dont parlaient les Lamentations, a pris chair en Christ, livré pour nous, ressuscité pour nous. À la croix, la bonté de Dieu ne s'est pas épuisée, elle s'est déversée jusqu'au bout ; au matin de Pâques, elle s'est révélée plus forte que la mort elle-même. Celui qui médite ce verset ne s'accroche donc pas à une pensée positive, mais à un Dieu qui a prouvé, dans l'histoire, que sa tendresse ne connaît pas de terme.
Cette semaine, fais de ce verset ta première parole du matin. Avant d'ouvrir tes messages, avant que les soucis ne t'assaillent, redis à voix basse : Elles se renouvellent chaque matin. Oh! que ta fidélité est grande!(Lamentations 3:23)
et laisse-le t'accompagner comme une réserve fraîche pour la seule journée qui commence. Ne demande pas la grâce de toute l'année ; demande celle d'aujourd'hui, et reçois-la. Le soir, tu pourras te souvenir que David chantait la même chose : (Psaumes 90:14) Chaque aube est une occasion offerte de recommencer à croire, parce que chaque aube, la bonté de Dieu recommence pour toi.
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