Prière
Sois Apaisé envers Moi : la Prière du Publicain
Deux hommes montent au temple pour prier. L'un déroule ses mérites, l'autre n'ose que sept mots. Jésus révèle laquelle des deux prières traverse le plafond, et pourquoi l'humilité est la porte de toute prière.
Prière — 7 min de lecture
6 septembre 2026

« Le publicain, se tenant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel; mais il se frappait la poitrine, en disant: O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. »
Jésus a raconté une parabole si courte qu'elle tient en quelques versets, et pourtant elle bouleverse toute notre manière de prier. Deux hommes montent au temple, dit-il, l'un pharisien, l'autre publicain. Tout, dans la société de l'époque, séparait ces deux figures. Le pharisien était l'homme religieux par excellence, respecté, irréprochable en apparence. Le publicain, collecteur d'impôts au service de l'occupant, était méprisé, rangé parmi les pécheurs notoires. Nous nous attendons à ce que la prière du premier soit exaucée et celle du second rejetée. Jésus va renverser exactement cette attente.
Le pharisien prie debout, et sa prière est un inventaire de ses mérites. Il remercie Dieu de n'être pas comme les autres hommes, ravisseurs, injustes, adultères, ni même comme ce publicain qu'il aperçoit. Il jeûne deux fois la semaine, il donne la dîme de tout ce qu'il possède, et il le fait savoir. Sa prière, remarquez-le, ne demande rien ; elle se contente d'exhiber. Il ne parle à Dieu que de lui-même. Au fond, il ne prie pas vraiment, il se félicite devant Dieu pris à témoin. Sa religion est réelle, ses œuvres sont réelles, mais son cœur est plein de lui-même, et il n'y reste aucune place pour la grâce.
Le publicain, lui, se tient à distance. Le publicain, se tenant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel; mais il se frappait la poitrine, en disant: O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur.(Luc 18:13)
Sept mots, pas un de plus. Il n'a rien à présenter, aucun mérite à aligner, aucune œuvre dont se prévaloir. Il ne compare sa vie à personne, il ne regarde que sa propre misère et la sainteté de Dieu, et de cet écart jaillit un seul cri : sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. Le mot qu'il emploie évoque le pardon obtenu au prix d'un sacrifice, comme si, sans le formuler, il se plaçait déjà sous la couverture d'une expiation. Il ne prie pas mieux que le pharisien parce qu'il serait plus doué ; il prie vraiment parce qu'il n'a plus que Dieu.
Et voici le verdict de Jésus, aussi net qu'inattendu. Je vous le dis, celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l'autre. Car quiconque s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé.(Luc 18:14)
Celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l'autre. Le méprisé rentre chez lui déclaré juste devant Dieu, tandis que l'irréprochable repart les mains vides. Pourquoi ? Non parce que Dieu préférerait le péché à la vertu, mais parce que la prière du publicain reconnaît la vérité de sa condition, tandis que celle du pharisien la nie. Dieu ne peut pas remplir des mains déjà pleines. Il ne peut faire grâce qu'à celui qui tend des mains vides. L'humilité n'est pas une qualité parmi d'autres ; c'est la seule posture dans laquelle la grâce peut être reçue.
Cette parabole démonte une illusion très ancienne et toujours vivace : celle de croire que nos performances religieuses nous donnent des droits sur Dieu. Le jeûne, la dîme, l'assiduité, tout cela est bon, mais dès que nous en faisons des titres à faire valoir, notre prière se corrompt. Elle cesse d'être une supplication pour devenir une facture présentée à Dieu. Or on n'achète pas la faveur de Dieu ; on la reçoit. La prière transactionnelle, celle qui compte ses mérites pour réclamer son dû, est précisément celle qui repart non justifiée. La seule prière que Dieu accueille est celle qui n'a plus rien à monnayer.
Il ne faut pourtant pas transformer cette leçon en son contraire, en cultivant une fausse humilité qui se regarderait encore. Le publicain ne se complaît pas dans sa misère ; il ne dit pas simplement je suis un pécheur pour s'attendrir sur lui-même. Il ajoute l'essentiel : sois apaisé envers moi. Sa prière ne s'arrête pas à la conscience de son péché ; elle se jette sur la miséricorde de Dieu. C'est là toute la différence entre le désespoir et l'humilité chrétienne. L'un fixe la faute et sombre ; l'autre reconnaît la faute et se réfugie dans la grâce. L'humilité qui prie ne regarde pas longtemps son propre péché ; elle regarde le Dieu qui pardonne.
Alors la prochaine fois que tu montes vers Dieu, examine sur quel pied tu te présentes. Viens-tu avec un inventaire discret de tes mérites, une manière subtile de te croire en règle ? Ou viens-tu les mains vides, avec les sept mots du publicain ? Il n'est pas de meilleure prière pour commencer une journée, ni pour finir une vie, que celle-ci : ô Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. Car cette prière-là, Jésus nous l'assure, ne revient jamais sans réponse, et celui qui la fait descend justifié dans sa maison, non par ce qu'il a fait, mais par la miséricorde de Dieu.
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