L'Esprit Éditorial

Vie Quotidienne8 min de lecture

Transmettre la Foi au Rythme des Jours

3 juin 2025

Intérieur d'église moderne et minimaliste, croix en bois illuminée par un rayon de lumière naturelle
Intérieur d'église moderne et minimaliste, croix en bois illuminée par un rayon de lumière naturelle

« Et ces commandements, que je te donne aujourd'hui, seront dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. »

Deutéronome 6:6-7

Beaucoup de parents croyants portent une inquiétude sourde : et si mes enfants ne gardaient pas la foi ? Ils sortent alors les grands moyens, l'inscription au catéchisme, la présence au culte, parfois une leçon de morale à la maison, et se rassurent comme ils peuvent. Ces moyens sont bons. Mais le Deutéronome, ce grand texte de la transmission, ne montre pas d'abord les institutions. Il montre la table du dîner, le trajet en voiture, le moment du coucher. Pour Moïse, la foi se transmet surtout dans les creux de la vie ordinaire, là où nous baissons la garde en croyant ne rien enseigner.

Écoutez le texte : Et ces commandements, que je te donne aujourd'hui, seront dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras.(Deutéronome 6:6-7). Notez l'ordre : d'abord dans ton cœur, ensuite à tes enfants. On ne transmet que ce qui nous habite. Le verbe hébreu rendu par « inculquer », shanan, veut dire à la lettre « aiguiser, affûter », comme on affûte une lame en la passant et repassant sur la pierre. Transmettre la foi, c'est répéter, revenir, affûter avec patience, plutôt que tout asséner une fois pour toutes.

Les quatre moments cités ne tombent pas au hasard ; ils couvrent la journée entière. Dans ta maison et en voyage : le dedans et le dehors, le repos et la route. Quand tu te coucheras et quand tu te lèveras : le soir et le matin, les deux seuils du jour. Partout, donc, et à toute heure. Il ne s'agit pas de faire un sermon à chaque instant, l'enfant s'en lasserait vite, mais de laisser la foi imprégner l'air qu'on respire, comme l'odeur du pain imprègne une maison. Elle n'est pas un cours qu'on ajoute à la vie ; elle est une saveur qui la traverse tout entière. Ce que l'enfant retient vient rarement des grandes occasions ; il vient surtout de ce qu'il respire dans les petites.

Ces versets suivent aussitôt la parole la plus célèbre d'Israël : Écoute, Israël! l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. Tu aimeras l'Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force.(Deutéronome 6:4-5). Le mot « Écoute », en hébreu shema, a fini par nommer la prière tout entière. Et l'enchaînement se comprend : c'est parce que Dieu est aimé de tout le cœur qu'on peut le nommer à toute heure. Transmettre n'est pas une technique qu'on plaque par-dessus la vie ; cela déborde d'un amour premier. Un parent qui aime Dieu en parle avec naturel, comme on parle de ce qu'on aime, sans effort ni calcul, par simple trop-plein. La première question n'est pas « comment transmettre ? ». Elle est : est-ce que j'aime, moi, Celui que je veux transmettre ?

Voilà qui déplace le poids. Nos enfants flairent le vrai du faux mieux que personne. Ils repèrent l'écart entre la prière du dimanche et l'impatience du lundi, entre le cantique chanté et le mot qui blesse. Pas de quoi désespérer, aucun parent n'est cohérent ; plutôt une invitation à la franchise. Un père qui demande pardon à son enfant après s'être emporté annonce l'Évangile plus sûrement qu'un père sans reproche apparent : il fait voir en actes ce qu'est la grâce. Ce qui transmet la foi, ce n'est pas la perfection qu'on affiche, c'est la dépendance qu'on avoue. Nos enfants n'ont pas besoin de nous voir sans péché ; ils ont besoin de nous voir courir vers le Sauveur chaque fois que nous tombons.

Concrètement, cela prend des formes très simples. Un verset lu au petit-déjeuner, sans commentaire savant. Une question le soir : où as-tu vu Dieu à l'œuvre aujourd'hui ? Une courte prière dans la voiture pour un camarade malade. Un merci à table qui nomme Celui qui donne le pain. Un « je ne sais pas, cherchons ensemble » quand l'enfant pose une question difficile, à la place d'une réponse toute prête. Rien de spectaculaire là-dedans, et c'est heureux : ce qui revient chaque jour marque bien davantage que ce qui éblouit une fois. La foi se dépose en couches minces, patiemment, comme le calcaire qui finit par bâtir une roche.

Rappelons-nous, pour finir, où s'arrête notre responsabilité et où commence la grâce de Dieu. Nous pouvons semer, arroser, affûter jour après jour ; mais faire naître la foi dans un cœur d'enfant nous échappe, car la croissance vient de Dieu seul : en sorte que ce n'est pas celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui fait croître.(1 Corinthiens 3:7). Cette limite est une bénédiction. Elle nous délivre de l'angoisse de tout maîtriser et nous pousse à prier. Le plus beau cadeau que nous puissions faire à nos enfants n'est pas une éducation sans faille ; c'est un Dieu réel, prié devant eux et pour eux. Transmettons donc ce que nous avons reçu, au rythme des jours, sans nous crisper, et confions le reste, c'est-à-dire l'essentiel, à Celui qui aime nos enfants infiniment mieux que nous.