L'Esprit Éditorial

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Vivre avec l’Écharde : la Maladie qui Dure

13 juillet 2026

Livre ouvert sur une table en bois clair, baigné d'une douce lumière matinale, avec une tasse de café fumante
Livre ouvert sur une table en bois clair, baigné d'une douce lumière matinale, avec une tasse de café fumante

« et il m'a dit: Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi. »

2 Corinthiens 12:9

Toutes les maladies ne se terminent pas par une guérison. Il faut le dire clairement, parce qu’un certain langage religieux laisse entendre le contraire, et fait porter aux malades un poids supplémentaire. Il y a des douleurs chroniques qui accompagnent toute une vie, des diagnostics qui ne se lèvent pas, des fatigues qui deviennent le décor permanent des journées. Pour ceux qui les portent, chaque matin recommence le même combat, et souvent s’ajoute une question lancinante : ai-je assez de foi ? Si Dieu ne me guérit pas, est-ce ma faute ? La Bible ne fuit pas cette réalité. Elle nous montre au contraire l’un de ses plus grands serviteurs aux prises avec un mal qui ne partira jamais.

Paul parle d’une épreuve précise dans sa chair. Le mot grec qu’il choisit, skolops, désigne un pieu, une écharde, quelque chose de pointu enfoncé dans la peau, qui blesse à chaque mouvement. On a beaucoup discuté de sa nature exacte, sans jamais trancher, et c’est peut-être voulu : chacun peut y reconnaître son propre pieu. Ce que Paul dit, en revanche, est net. Il a prié trois fois, instamment, pour que Dieu le lui ôte. Un homme comme lui, qui avait vu des morts ressuscités par son ministère, priant pour sa propre guérison, et se heurtant à un refus. Voilà qui devrait faire taire l’idée que les non-guéris manquent de foi.

Mais le refus de Dieu n’était pas un silence. Il était une parole, et cette parole a traversé les siècles : et il m'a dit: Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi.(2 Corinthiens 12:9) Dieu n’a pas retiré l’écharde ; il a donné autre chose, et de plus grand. Non la disparition de la faiblesse, mais sa présence dans la faiblesse. « Ma grâce te suffit » : le verbe dit la suffisance, l’assez. Paul n’a pas reçu la santé qu’il demandait, il a reçu une grâce qui rendait la santé moins nécessaire qu’il ne le croyait. C’est un déplacement immense. On demande à Dieu de changer nos circonstances ; il répond parfois en nous donnant de quoi les habiter.

Il faut prendre garde à ne pas embellir trop vite cette réponse. Paul ne dit pas que l’écharde était agréable, ni qu’il fallait aimer la souffrance. Il l’appelle un ange de Satan qui le souffletait. La Bible ne romantise jamais la douleur. Ce qu’elle affirme, c’est que même là où le mal reste, Dieu peut faire reposer sa puissance, et que cette puissance se déploie précisément dans les endroits brisés. Il y a une force de Dieu qui ne se manifeste que dans les vies faibles, une lumière qui ne passe que par les fêlures. Le malade chronique n’est pas un chrétien de seconde catégorie qui attendrait la vraie vie une fois guéri ; il est parfois le lieu même où la grâce se voit le mieux.

Paul en tire une conclusion qui déroute : C'est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses, pour Christ; car, quand je suis faible, c'est alors que je suis fort.(2 Corinthiens 12:10) Non qu’il devienne masochiste, mais parce qu’il a découvert que sa faiblesse le vidait de la confiance en lui-même et le jetait entièrement sur Christ. Tant qu’il était fort, il pouvait s’appuyer sur ses propres ressources. Faible, il n’a plus que Dieu, et il découvre que Dieu suffit. Cette dépendance-là, beaucoup de bien-portants ne la connaîtront jamais, et c’est une pauvreté cachée. La maladie qui dure enseigne, à ceux qui la traversent avec Dieu, un abandon que la santé ignore souvent.

Cela ne supprime ni les mauvais jours, ni le droit de pleurer, ni la légitimité de se soigner et de prier encore pour la guérison. On peut demander à Dieu d’ôter l’écharde jusqu’au bout ; Paul l’a fait. Mais on peut aussi, si elle demeure, cesser de mesurer sa valeur et son bonheur à sa disparition. Le renouvellement promis n’est pas d’abord celui du corps : C'est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour.(2 Corinthiens 4:16) L’homme extérieur peut décliner, tandis qu’au-dedans quelque chose grandit, se fortifie, se prépare à une gloire qui n’aura pas de fin.

Alors, à celui qui lit ces lignes avec un corps qui fait mal, entendez la parole qui a suffi à Paul et qui vous est adressée aussi : ma grâce te suffit. Vous n’avez pas à ajouter à votre douleur le fardeau de croire que Dieu vous a lâché. Il est là, dans le lit d’hôpital, dans la fatigue du matin, dans le traitement qui pèse. Sa puissance repose sur vous, non malgré votre faiblesse, mais à travers elle. Et un jour, celui qui portait des cicatrices dans ses mains ressuscitées essuiera toute larme. En attendant ce jour, sa grâce, aujourd’hui, suffit pour aujourd’hui.