L'Esprit Éditorial

Vie Quotidienne7 min de lecture

Vivre en Paix avec le Voisin Difficile

3 juillet 2026

Livre ouvert sur une table en bois clair, baigné d'une douce lumière matinale, avec une tasse de café fumante
Livre ouvert sur une table en bois clair, baigné d'une douce lumière matinale, avec une tasse de café fumante

« S'il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. »

Romains 12:18

Il y a presque toujours, quelque part dans notre entourage, une personne avec qui la relation est un poids. Le voisin qui met la musique fort, qui laisse traîner ses affaires dans le couloir, qui trouve à redire à tout. Le collègue au caractère cassant, la belle-famille avec qui chaque repas est un champ de mines, le membre de l’église même dont la présence nous crispe. Nous rêvons parfois de pouvoir simplement les éviter, mais la vie ne nous le permet pas : ils sont là, sur notre palier, dans notre bureau, à notre table. Et la question spirituelle finit par se poser : comment un chrétien doit-il vivre avec ceux qu’il n’a pas choisis et qu’il n’aime pas naturellement ?

Paul répond avec un réalisme qui fait du bien : S'il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes.(Romains 12:18) Regardez les deux précautions qu’il pose avant même de commander la paix. « S’il est possible » : il admet donc que parfois ce ne sera pas possible, que malgré tous nos efforts la relation restera tendue. « Autant que cela dépend de vous » : il reconnaît que la paix se joue à deux, et que je ne réponds que de ma moitié. Ce verset délivre d’une culpabilité fréquente. Vous n’êtes pas responsable de rendre l’autre aimable ; vous êtes responsable de ne pas ajouter votre part de venin. La paix n’est pas toujours atteinte, mais elle doit toujours être cherchée de votre côté.

Le grec derrière « soyez en paix », eirēneuō, ne décrit pas une simple absence de conflit, un froid arrangement où l’on ne se parle plus pour ne pas se disputer. Il porte l’idée active de travailler à la concorde, de construire quelque chose. La paix biblique n’est pas la fuite ; c’est un engagement. Elle ne consiste pas à raser les murs pour éviter le voisin, mais à faire, dans la mesure du possible, les gestes qui apaisent. Un bonjour donné même sans réponse. Un service rendu sans arrière-pensée. Le refus de rendre l’agacement pour l’agacement. Ces petits actes ne changent pas toujours l’autre, mais ils me gardent, moi, de devenir à mon tour un voisin difficile.

Car voilà le piège : à force de côtoyer quelqu’un de pénible, on finit par lui ressembler dans la façon de le traiter. On durcit, on guette ses fautes, on tient la comptabilité de ses torts. Paul, quelques versets plus loin, indique la seule issue qui ne nous abîme pas : Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien.(Romains 12:21) Répondre au mal par le mal, c’est se laisser vaincre par lui, c’est le laisser entrer chez soi. Le surmonter par le bien, c’est refuser qu’il ait le dernier mot dans mon cœur. Ce n’est pas de la faiblesse ; c’est la plus haute forme de force, celle qui ne rend pas les coups.

Mais soyons honnêtes sur la limite. « Autant que cela dépend de vous » signifie qu’il y a un point où cela ne dépend plus de vous. Il existe des relations où, malgré tout, l’autre refuse la paix, et où votre rôle n’est plus de forcer une réconciliation impossible, mais de continuer à ne pas nourrir la haine, de poser des limites saines, et de remettre la personne à Dieu. Chercher la paix n’oblige pas à tout supporter sans discernement ni à se laisser détruire. Cela oblige à garder son propre cœur libre de rancune, ce qui est déjà un immense travail.

Le modèle et la force de tout cela, c’est Christ. Nous étions, nous, les voisins difficiles de Dieu, hostiles par nos pensées et nos œuvres mauvaises, et il a fait la paix le premier, à ses frais, par la croix. Le chrétien qui s’efforce de vivre en paix avec un voisin ingrat ne fait que refléter la manière dont Dieu s’est comporté envers lui. Et Jésus a été formel : Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu!(Matthieu 5:9) Cette semaine, il y a peut-être un geste de paix à risquer envers celui qui vous coûte, sans garantie de retour. Non pour acheter sa gentillesse, mais parce que vous avez, le premier, reçu une paix que vous ne méritiez pas.