Aux Sources · Questions vives
Incinération ou inhumation : que fait-on du corps d'un chrétien ?
Aux Sources · Questions vives
Incinération ou inhumation : que fait-on du corps d'un chrétien ?
Avec Élise & Emmanuel18:10
Après deux obsèques à quelques mois d'écart, Emmanuel a reçu cette question murmurée par une fille en deuil : est-ce qu'on a mal fait ? Ensevelir comme Jésus l'a été, ou rendre plus vite la poussière à la poussière : deux lectures fidèles, sans commandement biblique à brandir. Et une consolation ferme pour ceux qui ont déjà choisi : Dieu ne perd aucun des siens, ni dans la terre, ni dans les cendres.
Chapitres & repères
Élise — La question touche chaque famille un jour : il faut l'aborder avec la Bible ouverte, sans peur et sans culpabiliser personne.
Emmanuel — Deux obsèques en un an, deux choix différents, et une question murmurée qui mérite mieux qu'un haussement d'épaules.
« Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction. »
Romains 14:5 — Louis Segond 1910Élise — Elle porte la lecture attachée à l'ensevelissement : d'Abraham à Joseph d'Arimathée, la Bible entoure les corps d'égards, et le tombeau du Christ donne au geste sa dignité.
Emmanuel — Il reconnaît la force du modèle : l'ensevelissement fait partie du cœur de l'Évangile que Paul a transmis.
« Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures; »
1 Corinthiens 15:3 — Louis Segond 1910« qu'il a été enseveli, et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures; »
1 Corinthiens 15:4 — Louis Segond 1910« Joseph prit le corps, l'enveloppa d'un linceul blanc, »
Matthieu 27:59 — Louis Segond 1910« et le déposa dans un sépulcre neuf, qu'il s'était fait tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l'entrée du sépulcre, et il s'en alla. »
Matthieu 27:60 — Louis Segond 1910« Elle a du prix aux yeux de l'Éternel, La mort de ceux qui l'aiment. »
Psaumes 116:15 — Louis Segond 1910Élise — L'image paulinienne de la semence donne à l'inhumation sa poésie d'espérance : on ne se débarrasse pas d'un corps, on le sème en attendant la moisson.
Emmanuel — Il reçoit la beauté de l'image mais garde la nuance : c'est la résurrection qui est promise, pas un mode de sépulture.
« Insensé! ce que tu sèmes ne reprend point vie, s'il ne meurt. »
1 Corinthiens 15:36 — Louis Segond 1910« Et ce que tu sèmes, ce n'est pas le corps qui naîtra; c'est un simple grain, de blé peut-être, ou de quelque autre semence; »
1 Corinthiens 15:37 — Louis Segond 1910« puis Dieu lui donne un corps comme il lui plaît, et à chaque semence il donne un corps qui lui est propre. »
1 Corinthiens 15:38 — Louis Segond 1910« En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. »
Jean 12:24 — Louis Segond 1910Élise — Elle reconnaît la force de l'argument : la terre et le feu conduisent à la même poussière, et Dieu ressuscite les martyrs brûlés comme les patriarches ensevelis.
Emmanuel — Il porte la lecture de la liberté : aucun commandement, un même retour à la poussière, et des contraintes bien réelles que les familles n'ont pas à porter dans la honte.
« C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre, d'où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. »
Genèse 3:19 — Louis Segond 1910« avant que la poussière retourne à la terre, comme elle y était, et que l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné. »
Ecclésiaste 12:9 — Louis Segond 1910Élise — Aucune culpabilité rétroactive : le chagrin a besoin d'un lieu et de douceur, pas d'un procès ; l'espérance chrétienne s'affligera, mais pas comme ceux qui n'ont point d'espérance.
Emmanuel — Ce qu'il a répondu à la fille de son ami : Dieu n'a pas perdu votre papa. Aucune cendre n'échappe à celui qui compte même nos cheveux.
« Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. »
Romains 14:8 — Louis Segond 1910« Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance au sujet de ceux qui dorment, afin que vous ne vous affligiez pas comme les autres qui n’ont point d’espérance. »
1 Thessaloniciens 4:13 — Louis Segond 1910« Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi de Christ. »
Galates 6:2 — Louis Segond 1910Élise — Ce qui est sûr : la résurrection ne dépend d'aucun état du corps ; ce qui est libre : le geste ; ce qui est dû : le respect du frère qui choisit autrement.
Emmanuel — La question du Christ à Marthe reste la seule décisive : crois-tu cela ? Le reste appartient à la conscience de chacun devant Dieu.
« Jésus lui dit: Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; »
Jean 11:25 — Louis Segond 1910« et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela? »
Jean 11:26 — Louis Segond 1910« Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Le corps est semé corruptible; il ressuscite incorruptible; »
1 Corinthiens 15:42 — Louis Segond 1910« il est semé méprisable, il ressuscite glorieux; il est semé infirme, il ressuscite plein de force; »
1 Corinthiens 15:43 — Louis Segond 1910« Car, si nous croyons que Jésus est mort et qu'il est ressuscité, croyons aussi que Dieu ramènera par Jésus et avec lui ceux qui sont morts. »
1 Thessaloniciens 4:14 — Louis Segond 1910
Transcription de l'épisode
1. Est-ce qu'on a mal fait ?
Emmanuel : Bonjour à tous, bienvenue dans Aux Sources. Aujourd'hui, un sujet grave, qu'on va tenir avec beaucoup de douceur… incinération ou inhumation. Élise, bonjour.
Élise : Bonjour Emmanuel. Grave, oui. Et tellement concret : chaque famille y passe un jour.
Emmanuel : Tu permets que je commence par du vécu ? L'an dernier, à quelques mois d'écart, j'ai accompagné deux familles en deuil. D'abord mon oncle, celui qui m'a mis le pied à l'étrier quand j'ai monté l'entreprise. On l'a enterré au village, dans le caveau de famille, sous la pluie.
Élise : Mmh…
Emmanuel : Et puis un ami de longue date, un homme que j'estimais beaucoup. Lui avait demandé la crémation. Après la cérémonie, sa fille est venue me voir, parce qu'elle savait que j'étais croyant. Et elle m'a demandé, presque en s'excusant : est-ce qu'on a mal fait ?
Élise : Est-ce qu'on a mal fait… Tout l'épisode tient dans cette question.
Emmanuel : Voilà. Alors on va la prendre au sérieux, la Bible ouverte. Sans peur, et sans charger personne.
Élise : Avant le cadre, je peux poser un souvenir, moi aussi ? Parce que ce sujet réveille quelque chose de très ancien chez moi.
Emmanuel : Bien sûr. Vas-y.
Élise : L'enterrement de ma grand-mère, quand j'étais petite fille. Le village, le cortège à pied derrière le corbillard, et puis au bord de la tombe… quelqu'un a entonné un cantique. Tout le monde a chanté, sous le vent. Je n'ai rien compris ce jour-là, j'étais trop petite. Mais j'ai su, sans les mots, que ces gens-là espéraient quelque chose.
Emmanuel : Ils espéraient quelqu'un, même.
Élise : Oui… Et je crois que c'est pour ça que la question d'aujourd'hui remue tant. Elle touche à nos morts, à nos souvenirs d'enfance, à nos villages. Pas seulement à de la doctrine.
Emmanuel : Et le monde a changé autour de nous. Les familles vivent dispersées, les villages se vident, les questions de coût pèsent. Nos grands-parents n'avaient guère à choisir… nos enfants, eux, devront choisir. Raison de plus pour y réfléchir en chrétiens, calmement, avant d'être au pied du mur.
Élise : Alors posons le cadre. Est-ce que la Bible commande quelque chose, noir sur blanc ?
Emmanuel : Soyons honnêtes : il n'existe aucun commandement qui dise tu seras enterré, ou tu ne seras pas incinéré. Rien de tel. Ce qu'on trouve, c'est une pratique constante : en Israël comme dans la première Église, on ensevelissait les morts.
Élise : Et des chrétiens fidèles en tirent des conclusions différentes. Certains disent : ce modèle constant porte un sens profond, gardons-le. D'autres répondent : là où Dieu n'a pas commandé, il n'y a pas de faute possible.
Emmanuel : Et nous allons écouter les deux, chacune au meilleur de sa cause. Avec la charte de Romains quatorze, verset cinq : « Que chacun ait en son esprit une pleine conviction. » Personne ne juge son frère à la sortie du cimetière.
Élise : Et avec, tout du long, une pensée pour ceux qui ont déjà eu à choisir, dans l'urgence et les larmes. On ne vous oublie pas… on vous garde une place entière en fin d'épisode.
2. Jésus lui-même a été enseveli
Emmanuel : Élise, la première lecture, c'est toi qui la portes. Celle qui tient à l'inhumation.
Élise : Volontiers, parce qu'elle me touche. Son point de départ, c'est un fait : dans toute la Bible, on ensevelit. Abraham achète la grotte de Macpéla pour Sara, son premier bien en terre promise. Les patriarches y sont déposés l'un après l'autre. Joseph fait jurer qu'on emportera ses os vers le pays de la promesse.
Emmanuel : Ses os emportés… comme un bagage d'espérance.
Élise : Exactement. Et surtout, il y a Jésus. Matthieu vingt-sept : « Joseph prit le corps, l'enveloppa d'un linceul blanc, et le déposa dans un sépulcre neuf, qu'il s'était fait tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l'entrée du sépulcre, et il s'en alla. »
Emmanuel : Un linceul blanc, un tombeau neuf… que des égards.
Élise : Et remarque que l'ensevelissement fait partie de l'Évangile que Paul transmet. Première aux Corinthiens, quinze : « Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures; qu'il a été enseveli, et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures; » Mort, enseveli, ressuscité. Le tombeau est dans le credo.
Emmanuel : Donc pour cette lecture, être mis en terre, c'est suivre son Maître jusque dans ce dernier geste.
Élise : C'est ça. Non pas un commandement, mais un modèle aimé. Le chrétien descend dans la terre comme Christ y est descendu… et il en attend la même sortie. Il y a une prédication silencieuse dans ce geste-là.
Emmanuel : Et cette lecture ajoute souvent un argument pastoral, non ? La tombe comme lieu pour le deuil.
Élise : Oui. Un nom gravé, un endroit où poser des fleurs, où emmener les enfants dire au revoir. Dans mon service, j'accompagne parfois des familles en soins palliatifs… et je vois combien un lieu aide le chagrin à se poser quelque part. Ce n'est pas rien, un lieu.
Emmanuel : Ce n'est pas rien, c'est vrai. Mais je précise pour être juste : une urne aussi peut avoir son lieu. On y viendra.
Élise : Il y a encore une expression biblique que cette lecture aime beaucoup. Quand un patriarche meurt, le texte dit souvent qu'il fut recueilli auprès de son peuple, couché avec ses pères. Comme si mourir, c'était rejoindre une maisonnée.
Emmanuel : Recueilli… Le mot est doux. On recueille un enfant, un oiseau tombé du nid. Pas un déchet.
Élise : Et le psaume cent seize ose une phrase que je trouve vertigineuse : « Elle a du prix aux yeux de l'Éternel, La mort de ceux qui l'aiment. » Du prix. La mort d'un croyant n'est pas une perte sèche dans les registres du ciel… c'est un moment que Dieu regarde avec attention.
Emmanuel : Alors le corps de ce croyant-là mérite d'être accompagné avec le même sérieux. C'est le cœur de ta lecture, au fond : la manière dont on traite le corps dit ce qu'on croit de la personne.
Élise : Et ce qu'on croit de son avenir. Voilà pourquoi tant de générations chrétiennes ont tenu à la mise en terre… non par peur du feu, mais par amour d'une image : celle du repos, en attendant le matin.
3. Le cimetière, un champ semé
Élise : Je peux ajouter l'image qui porte toute cette lecture ? Elle est de Paul, et c'est une image de paysan.
Emmanuel : Vas-y, je la vois venir avec plaisir.
Élise : Première aux Corinthiens, quinze, versets trente-six et trente-sept : « Insensé! ce que tu sèmes ne reprend point vie, s'il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n'est pas le corps qui naîtra; c'est un simple grain, de blé peut-être, ou de quelque autre semence; »
Emmanuel : Un grain de blé mis en terre…
Élise : Et le verset trente-huit : « puis Dieu lui donne un corps comme il lui plaît, et à chaque semence il donne un corps qui lui est propre. » Alors mettre un corps en terre, pour cette lecture, ce n'est pas s'en débarrasser. C'est semer. On confie le grain au sol, et on attend la moisson de Dieu.
Emmanuel : Semer, pas jeter. La nuance change tout.
Élise : Et j'ai appris un jour, dans un livre, une chose qui m'a émue. Notre mot cimetière vient d'un mot grec qui veut dire dortoir. Pour les premiers chrétiens, le cimetière était un dortoir… un champ de frères et sœurs endormis, qui attendent le réveil.
Emmanuel : Un dortoir. Voilà une espérance qui parle plus fort qu'un marbre gris.
Élise : N'est-ce pas ? Le monde voit des tombes… la foi voit des lits. Et chaque enterrement chrétien devient une prédication sans paroles : celui-ci dort, il se lèvera.
Emmanuel : Je reçois toute la beauté de l'image. Vraiment. Mais je vais mettre une nuance, en frère, parce qu'elle prépare la suite : ce que Paul promet, c'est la résurrection. Pas un mode de sépulture. L'image de la semence illustre la puissance de Dieu… elle ne rédige pas un règlement funéraire.
Élise : Tu as raison, et la lecture que je porte l'accorde volontiers : elle parle d'un choix parlant, pas d'un devoir. C'est une préférence nourrie par l'Écriture… pas une loi ajoutée à l'Écriture.
Emmanuel : Et il faut le dire aux plus jeunes, qui n'ont parfois jamais vu un enterrement chrétien : ce n'est pas un adieu de pierre. C'est un rendez-vous pris.
Élise : Un rendez-vous pris… Les mots changent tout. Adieu dit : c'est fini. Au revoir dit : à bientôt, devant le Seigneur. Nos cérémonies devraient toujours parler cette langue-là.
Emmanuel : Alors allons écouter l'autre lecture. Parce qu'elle aussi ouvre sa Bible.
Emmanuel : Avant de tourner la page, je veux raconter la fin de l'enterrement de mon oncle. Parce que j'y ai vu cette image de la semence prendre chair.
Élise : Dis-nous.
Emmanuel : Au bord de la fosse, le frère qui conduisait la cérémonie a ouvert sa Bible et il a lu une parole de Jésus, dans Jean douze : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. »
Élise : Jésus parlait de sa propre mort, en disant cela…
Emmanuel : Oui. Et c'est ce qui m'a saisi. Devant cette tombe ouverte, on ne nous a pas parlé de la terre… on nous a parlé du fruit. Mon oncle en terre comme un grain, et Christ déjà passé par là avant lui, pour que la moisson soit sûre.
Élise : Voilà ce qu'un enterrement chrétien peut faire : prêcher l'espérance sans prononcer un seul reproche. C'est ça, la force du geste… quand il est habité par la foi, et non par l'habitude.
4. Tu es poussière
Emmanuel : La seconde lecture part d'une parole que Dieu prononce sur Adam, en Genèse trois, verset dix-neuf : « C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre, d'où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. »
Élise : Tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière…
Emmanuel : Et l'Ecclésiaste, au chapitre douze, le redit avec une lumière en plus : « avant que la poussière retourne à la terre, comme elle y était, et que l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné. » Alors cette lecture pose une question toute simple : la terre met des années, le feu met une heure… mais le point d'arrivée est le même. La poussière.
Élise : Autrement dit, la crémation ne fait rien que la tombe ne fasse aussi. Elle va juste plus vite.
Emmanuel : C'est l'argument. Et il y a plus fort. Pense aux martyrs brûlés vifs pour leur foi, aux croyants morts en mer, dans des incendies. Si la résurrection exigeait un corps préservé, ils seraient perdus. Or personne ne le croit. Dieu, qui a formé Adam de la poussière, ressuscite les siens de n'importe quelle poussière.
Élise : Donc là où Dieu n'a pas commandé, cette lecture refuse d'inventer une faute. La liberté chrétienne couvre ce choix-là aussi.
Emmanuel : Et puis il faut parler vrai, comme des adultes. Quand mon ami a choisi la crémation, il y avait chez lui des raisons très concrètes. Une famille dispersée aux quatre coins du pays, personne pour entretenir une tombe, et le souci de ne pas laisser une charge à ses enfants.
Élise : Mmh… des raisons de bon père de famille, en somme.
Emmanuel : Voilà. On peut discuter du choix, pas de l'amour qui l'a motivé. Une seule vigilance, et je la dis en frère : que la décision ne soit jamais prise pour de mauvaises raisons spirituelles. Pas par mépris du corps, pas pour dire le corps n'est qu'une enveloppe. Ça, la Bible ne le dit jamais.
Élise : C'est un point commun profond entre nos deux lectures, en fait. Toutes les deux honorent le corps. Elles divergent sur le geste… jamais sur le respect.
Emmanuel : Bien résumé. Le corps d'un croyant n'est pas un déchet à traiter. Quel que soit le chemin, il est confié à Dieu avec égards.
Élise : Il y a quand même une objection que cette lecture doit entendre, et je veux te la poser. Autrefois, choisir la crémation, c'était parfois afficher un refus de la foi… une manière de dire : je ne crois pas à votre résurrection. Est-ce que ce passé ne pèse pas encore ?
Emmanuel : Il a existé, c'est vrai, et il explique la réticence de générations de chrétiens. Mais un geste ne garde pas éternellement le sens qu'un siècle lui a donné. Aujourd'hui, la personne qui choisit la crémation ne proclame rien contre Dieu… elle pense au coût, à la famille éparpillée, à la simplicité.
Élise : Donc le sens du geste a changé avec le temps.
Emmanuel : Le sens d'un geste, c'est le cœur qui le porte, et le cœur, Dieu seul le sonde. La même urne peut abriter un refus d'hier ou une espérance d'aujourd'hui. C'est pour ça qu'on juge les doctrines… jamais les cercueils ni les urnes.
Élise : Et voilà pourquoi la cérémonie compte tant, on va y venir. Parce que c'est elle qui dit le sens, bien plus que le mode.
5. Pour ceux qui ont déjà choisi
Emmanuel : Il faut maintenant tenir la promesse du début. Parler à ceux qui ont déjà choisi. La fille de mon ami, ce jour-là, avec sa question… est-ce qu'on a mal fait ?
Élise : Qu'est-ce que tu lui as répondu ?
Emmanuel : Je lui ai pris les mains et je lui ai dit : Dieu n'a pas perdu votre papa. Celui qui compte les cheveux de nos têtes ne s'est pas fait voler un seul de ses enfants par une urne. Votre papa est entre les mains de son Sauveur, tout entier.
Élise : Et c'est la stricte vérité biblique. Romains quatorze, verset huit : « Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. » Au Seigneur… pas à la terre, pas au feu. Au Seigneur.
Emmanuel : Alors qu'on l'entende bien : si vous avez incinéré un époux, une maman, un enfant… il n'y a aucune faute à porter. Aucune. Ne laissez personne charger votre deuil d'un fardeau que Dieu n'a pas posé.
Élise : Et pour le chagrin lui-même, Paul a une parole que je trouve d'une délicatesse infinie. Première aux Thessaloniciens, quatre, verset treize : « Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance au sujet de ceux qui dorment, afin que vous ne vous affligiez pas comme les autres qui n’ont point d’espérance. »
Emmanuel : Il ne dit pas ne vous affligez pas. Il dit pas comme ceux qui n'ont point d'espérance.
Élise : Les larmes ont droit de cité… ce sont des larmes habitées. Et un conseil tout simple, appris auprès des familles : donnez un lieu à votre mémoire. Une tombe, un columbarium, un arbre, une page où l'on écrit. Le cœur a besoin d'un endroit où déposer son amour.
Emmanuel : Et si vous avez cette conversation à avoir en famille, pour vous-mêmes… ayez-la maintenant, à tête reposée. Pas dans le couloir des pompes funèbres, avec un choix à rendre pour le lendemain.
Élise : Dire ses souhaits à l'avance, c'est un cadeau qu'on fait à ceux qui restent. Comme pour le don d'organes, d'ailleurs… on en parlait dans un autre épisode.
Emmanuel : Et notez ces souhaits quelque part, avec vos papiers importants. Mon oncle avait tout écrit sur une feuille : le cantique, le texte à lire, même le nom du frère qui devait apporter le message. Cette feuille a porté toute la famille.
Élise : Parce qu'au fond, il vous restait une dernière conversation avec lui… Une feuille pareille, c'est de l'amour à retardement.
Emmanuel : Et j'ajoute un mot pour l'entourage, l'assemblée, les amis. Paul écrit aux Galates, chapitre six, verset deux : « Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi de Christ. »
Élise : Porter les fardeaux… au moment d'un deuil, ça prend des formes très concrètes.
Emmanuel : Très concrètes. Un plat déposé sur le pas de la porte. Les démarches administratives qu'on prend en charge. Une présence silencieuse à la cérémonie, quelle qu'elle soit. Et surtout : aucune remarque, jamais, sur le choix qui a été fait. Le jour d'un deuil, on porte… on ne commente pas.
Élise : J'ai vu des familles blessées pour des années par une seule phrase de trop, lâchée entre deux condoléances. Et j'ai vu l'inverse : une assemblée qui entoure sans juger, et qui devient pour la famille le visage même de Dieu.
Emmanuel : Alors soyons ce visage-là. C'est notre part… le reste appartient au Seigneur.
6. La mort n'a pas le dernier mot
Emmanuel : Élise, élevons le regard pour finir. Parce que la vraie question n'a jamais été terre ou feu.
Élise : Non. La vraie question, Jésus l'a posée à Marthe devant une tombe. Jean onze : « Jésus lui dit: Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela? »
Emmanuel : Crois-tu cela ? Voilà la question décisive. Pas le choix des obsèques… la foi au Ressuscité.
Élise : Et pour tous, quel que soit le chemin du corps, la même promesse. « Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Le corps est semé corruptible; il ressuscite incorruptible; il est semé méprisable, il ressuscite glorieux; il est semé infirme, il ressuscite plein de force; »
Emmanuel : Alors retenons trois choses. Ce qui est sûr : Christ est ressuscité, et il ressuscitera les siens, de la terre comme des cendres. Ce qui est libre : le geste, à décider devant Dieu, en famille, avec sa conscience. Ce qui est dû : le respect du frère qui choisit autrement, et de la douceur pour tous ceux qui pleurent.
Élise : Et si la question vous travaille, ouvrez ces textes chez vous, et parlez-en dans votre assemblée, avec des anciens. C'est là que ces décisions se portent le mieux… entourés.
Emmanuel : Et n'oublions pas l'horizon. Paul écrit aux Thessaloniciens : « Car, si nous croyons que Jésus est mort et qu'il est ressuscité, croyons aussi que Dieu ramènera par Jésus et avec lui ceux qui sont morts. » Nous ne gérons pas des fins… nous attendons un retour.
Élise : Voilà le mot à garder avant la prière. Nous n'attendons pas quelque chose… nous attendons quelqu'un.
Emmanuel : Je nous conduis dans la prière. Notre Dieu, notre bon Papa. Merci parce que ton Fils a connu le tombeau, et que le tombeau n'a pas pu le retenir. Console ceux qui pleurent, enlève toute fausse culpabilité, et donne à chacun une pleine conviction devant toi. Garde-nous dans l'espérance de son retour. Amen.
Élise : Amen.
Emmanuel : Merci d'avoir cheminé avec nous dans Aux Sources. Prenez soin de ceux qui pleurent autour de vous… et si Dieu veut, à bientôt.
Élise : À bientôt. Que le Dieu de toute consolation garde vos cœurs.
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