Aux Sources · Questions vives
Les fêtes : participer ou s'abstenir ?
Aux Sources · Questions vives
Les fêtes : participer ou s'abstenir ?
Avec Élise & Emmanuel20:20
Noël, Halloween, les anniversaires, les fêtes du calendrier : participer, transformer ou s'abstenir ? Emmanuel et Élise ouvrent Romains 14, lisent Jérémie 10 en contexte et suivent Daniel à Babylone. Un épisode sans verdict là où l'Écriture n'en donne pas — mais avec une charte : que chacun ait en son esprit une pleine conviction, pour le Seigneur.
Chapitres & repères
Élise — Entre les fêtes de l'école, les anniversaires des copains et les traditions de famille, chaque foyer chrétien tranche cent petites questions par an — souvent sans avoir ouvert les textes.
Emmanuel — Des chrétiens fidèles à la même Bible arrivent à des pratiques différentes sur les fêtes : le sujet mérite mieux qu'un verdict, il mérite une charte.
Élise — « Pleine conviction » interdit le suivisme dans les deux sens : ni fêter parce que tout le monde fête, ni s'abstenir parce que le groupe s'abstient — chacun devant Dieu, à genoux et texte ouvert.
Emmanuel — Paul affirme que les deux pratiques peuvent honorer Dieu : celui qui distingue les jours le fait pour le Seigneur, et celui qui les estime égaux aussi. La liberté joue sur les jours et les usages, jamais sur ce que l'Écriture nomme péché.
« Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction. »
Romains 14:5 — Louis Segond 1910« Celui qui distingue entre les jours agit ainsi pour le Seigneur. Celui qui mange, c'est pour le Seigneur qu'il mange, car il rend grâces à Dieu; celui qui ne mange pas, c'est pour le Seigneur qu'il ne mange pas, et il rend grâces à Dieu. »
Romains 14:6 — Louis Segond 1910« Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d'autrui? S'il se tient debout, ou s'il tombe, cela regarde son maître. Mais il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de l'affermir. »
Romains 14:4 — Louis Segond 1910« Que personne donc ne vous juge au sujet du manger ou du boire, ou au sujet d'une fête, d'une nouvelle lune, ou des sabbats: »
Colossiens 2:16 — Louis Segond 1910« c'était l'ombre des choses à venir, mais le corps est en Christ. »
Colossiens 2:17 — Louis Segond 1910Élise — Fêter Noël pour le Seigneur est une liberté pleine : chez elle, Luc 2 est lu avant les cadeaux, et l'incarnation mérite bien une fête — c'est la lecture de Romains 14:6 en actes.
Emmanuel — Le frère qui ne fête pas Noël par conviction — date non biblique, méfiance du consumérisme — le fait aussi pour le Seigneur et mérite un respect entier ; et Jérémie 10, lu en contexte, vise l'idole qu'on façonne et qu'on craint, pas une décoration.
« Ainsi parle l'Éternel: N'imitez pas la voie des nations, Et ne craignez pas les signes du ciel, Parce que les nations les craignent. »
Jérémie 10:2 — Louis Segond 1910« Car les coutumes des peuples ne sont que vanité. On coupe le bois dans la forêt; La main de l'ouvrier le travaille avec la hache; »
Jérémie 10:3 — Louis Segond 1910« On l'embellit avec de l'argent et de l'or, On le fixe avec des clous et des marteaux, Pour qu'il ne branle pas. »
Jérémie 10:4 — Louis Segond 1910« Ces dieux sont comme une colonne massive, et ils ne parlent point; On les porte, parce qu'ils ne peuvent marcher. Ne les craignez pas, car ils ne sauraient faire aucun mal, Et ils sont incapables de faire du bien. »
Jérémie 10:5 — Louis Segond 1910Élise — Soignante, elle ne peut pas faire de la mort un décor ni de l'occulte un jeu d'enfants : elle s'abstient, avec Éphésiens 5:11, mais refuse la panique morale envers un enfant déguisé en citrouille.
Emmanuel — Sa réserve à lui : il ne sait pas dire ce que cette fête célèbre, et ce qu'il ne peut pas faire pour le Seigneur, il préfère ne pas le faire — sans mépriser le voisin ni éteindre la lumière du perron.
« et ne prenez point part aux oeuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt condamnez-les. »
Éphésiens 5:11 — Louis Segond 1910« Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. »
Jean 17:15 — Louis Segond 1910Élise — Un anniversaire fêté avec gratitude est une fête toute simple à rendre à Dieu : une année de vie donnée, un temps pour rire — et une occasion de bénir l'enfant à voix haute.
Emmanuel — Daniel à Babylone donne le modèle : apprendre la langue, servir la ville, exceller dans la culture… et résoudre devant Dieu une limite précise. Ni le bunker, ni la dissolution.
« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux : »
Ecclésiaste 3:1 — Louis Segond 1910« un temps pour pleurer, et un temps pour rire; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser; »
Ecclésiaste 3:4 — Louis Segond 1910« Daniel résolut de ne pas se souiller par les mets du roi et par le vin dont le roi buvait, et il pria le chef des eunuques de ne pas l’obliger à se souiller. »
Daniel 1:8 — Louis Segond 1910« Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu. »
1 Corinthiens 10:31 — Louis Segond 1910Élise — La liberté chrétienne s'incline par amour devant la conscience du frère : tout est permis, mais tout n'édifie pas — et le frère vaut plus que ma fête.
Emmanuel — Ce qui est certain ne se discute pas : Christ est né, mort, ressuscité, et il revient. Le reste se décide devant la Parole, en couple, en famille, dans l'assemblée locale — chacun pleinement convaincu.
« Tout est permis, mais tout n'est pas utile; tout est permis, mais tout n'édifie pas. »
1 Corinthiens 10:23 — Louis Segond 1910« Prenez garde, toutefois, que votre liberté ne devienne une pierre d'achoppement pour les faibles. »
1 Corinthiens 8:9 — Louis Segond 1910« En effet, nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même. »
Romains 14:7 — Louis Segond 1910« Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. »
Romains 14:8 — Louis Segond 1910
Transcription de l'épisode
1. Des squelettes sur le perron
Emmanuel : Bienvenue dans Aux Sources, l'émission où l'on ouvre la Parole au milieu de la vie. Ce soir, un épisode de notre série questions vives… et il commence un trente et un octobre, à vingt heures, quand on sonne à ma porte.
Élise : Laisse-moi deviner. Pas des collègues de l'assemblée.
Emmanuel : Trois squelettes d'un mètre dix, avec des sacs plus grands qu'eux. Les enfants des voisins. Et derrière moi, Rose qui sort un paquet de bonbons qu'elle avait acheté… au cas où. On en avait parlé pendant le dîner, figure-toi. Et on n'était pas d'accord.
Élise : Vous n'étiez pas d'accord sur quoi, exactement ?
Emmanuel : Sur tout le paquet, si j'ose dire. Est-ce qu'ouvrir la porte, c'est participer ? Est-ce que refuser, c'est témoigner… ou juste fermer la porte au nez de trois gamins du quartier ? Vingt-six ans de mariage, deux chrétiens qui lisent la même Bible… et deux réponses différentes dans la même cuisine.
Élise : Ça me rassure presque. Chez nous, la question revient par les ados : les soirées d'octobre au collège, les anniversaires des copains, le sapin… Marc et moi, on a dû trancher cent petites questions comme ça. Et honnêtement ? Pendant des années, on a tranché au feeling, sans vraiment ouvrir les textes.
Emmanuel : Et je me souviens aussi, dans une assemblée que je visitais pour le travail, d'un frère qui ne fêtait pas Noël. Pas de sapin, pas de réveillon. Et j'ai vu comment on le regardait au repas de famille… comme un rabat-joie, presque un suspect. Ça m'était resté en travers.
Emmanuel : Alors posons le cadre de la série, parce qu'il est capital. Questions vives, ça veut dire : des chrétiens fidèles, attachés à la même Bible, arrivent à des pratiques différentes. Noël, Halloween, les anniversaires… la confession de foi de nos assemblées ne tranche pas ces questions-là. Et nous non plus, on ne les tranchera pas ce soir.
Élise : Pas par prudence diplomatique, précisons-le. Par conviction. Là où l'Écriture ne donne pas de verdict, personne n'a le droit d'en fabriquer un et de l'imposer aux frères. Mais elle donne mieux qu'un verdict : elle donne une charte. Romains quatorze.
Emmanuel : Voilà le chemin. D'abord cette charte, parce que tout le reste s'y accroche. Puis les trois terrains : Noël, avec la question du sapin et des racines. Halloween… où Élise et moi sommes tous les deux réservés, mais pas pour les mêmes raisons, vous verrez. Les anniversaires et les fêtes du calendrier, avec Daniel à Babylone comme guide.
Élise : Et on finira par le plus important : comment rester pleinement frères en étant pleinement convaincus… chacun. Parce que le vrai danger de ce sujet, ce n'est pas le sapin. C'est le mépris.
2. La charte : Romains quatorze
Emmanuel : Romains quatorze, donc. Paul écrit à une église où des chrétiens se disputent déjà… sur les jours et sur les aliments. Certains tiennent des jours à part, d'autres non. Et voici sa réponse, verset cinq : « Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction. »
Élise : Ce qui me frappe, c'est que Paul avait le pouvoir de trancher. Un mot de l'apôtre, et le débat était clos. Et il choisit de ne pas le faire. Il protège la diversité des pratiques… à l'intérieur de la même foi.
Emmanuel : Et le verset suivant va plus loin, écoutez bien : « Celui qui distingue entre les jours agit ainsi pour le Seigneur. » Puis il dit la même chose de celui qui mange et de celui qui ne mange pas : chacun « rend grâces à Dieu ». Les deux pratiques opposées… et les deux peuvent honorer Dieu. C'est vertigineux, quand on y pense.
Élise : Les deux rendent grâces… Le critère de Paul n'est pas le calendrier, c'est la direction du cœur. Pour qui tu le fais, et pour qui tu t'en abstiens. Et cette expression, pleine conviction… elle interdit le suivisme dans les deux sens. Fêter parce que tout le monde fête, ce n'est pas une conviction. S'abstenir parce que mon groupe s'abstient… pas davantage.
Emmanuel : Donc la charte nous renvoie chacun à genoux, texte ouvert. Pas au tribunal du frère. D'ailleurs Paul le dit brutalement au verset quatre : « Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d'autrui? S'il se tient debout, ou s'il tombe, cela regarde son maître. » Le chrétien d'en face a un Maître, et ce n'est pas moi.
Élise : Et il y a ce texte jumeau que tu voulais ajouter, dans Colossiens.
Emmanuel : Colossiens deux : « Que personne donc ne vous juge au sujet du manger ou du boire, ou au sujet d'une fête, d'une nouvelle lune, ou des sabbats: » et Paul explique pourquoi : « c'était l'ombre des choses à venir, mais le corps est en Christ. » Les fêtes, même les fêtes bibliques d'Israël, étaient des ombres. La réalité, c'est Christ. Depuis la croix, aucun jour du calendrier ne sauve et aucun ne souille.
Élise : Aucun jour ne sauve, aucun jour ne souille… ça libère énormément. Mais il faut poser le garde-fou tout de suite, avant qu'on nous fasse dire n'importe quoi. Cette liberté joue sur les jours et les usages. Elle ne couvre jamais ce que l'Écriture nomme péché.
Emmanuel : Exactement. Romains quatorze ne rend pas l'idolâtrie facultative, ni l'occultisme fréquentable. Si une pratique consiste à consulter les morts ou à servir une idole, ce n'est plus une question vive… c'est tranché depuis le Sinaï. La liberté chrétienne, c'est la liberté des choses indifférentes. Pas un passe-partout.
Élise : Voilà notre boussole, alors. Les jours : libres. Le péché : nommé. Le frère : jamais méprisé. On peut descendre sur le terrain… et commencer par le plus doux. Noël.
3. Noël : l'arbre, la crèche et la liberté
Élise : Alors je commence, parce que chez nous, Noël se fête… et de tout notre cœur. Le vingt-quatre au soir, avant le moindre cadeau, Marc ouvre l'évangile de Luc au chapitre deux et lit la naissance à voix haute. Les enfants ont grandi avec ça. La crèche, les bougies, le chant… tout pointe vers l'enfant de la mangeoire.
Emmanuel : Et là, tu es en plein Romains quatorze : tu distingues un jour, et tu le fais pour le Seigneur.
Élise : C'est exactement notre conviction. Dieu s'est fait homme, Emmanuel. La Parole est devenue chair. Si ça, ça ne mérite pas une fête… qu'est-ce qui en mérite une ? Le vingt-cinq décembre n'est pas une date biblique, on le sait bien. Mais nous ne fêtons pas une date. Nous fêtons un fait. Et c'est même devenu un témoignage : nos voisins sont venus un soir de réveillon, et c'est la seule fois de l'année où ils ont entendu l'évangile.
Emmanuel : Mmh… la seule fois de l'année. Ce n'est pas rien.
Élise : Et pour les enfants, ces répétitions comptent. Une fête annuelle, c'est une catéchèse que le corps retient : les odeurs, les chants, le texte qu'on relit. Nos ados pourraient réciter Luc deux… pas parce qu'on le leur a fait apprendre. Parce qu'ils l'ont entendu chaque année de leur vie.
Emmanuel : Alors maintenant, je veux défendre l'autre lecture… et la défendre au mieux de sa cause, pas comme une caricature. Ce frère dont je parlais, celui qui ne fêtait pas Noël. Un jour, je lui ai demandé pourquoi. Calmement. Et sa réponse tenait debout, crois-moi.
Élise : Vas-y, donne ses raisons.
Emmanuel : Un : nulle part l'Écriture ne demande de fêter la naissance de Christ, et il ne voulait pas ajouter aux commandements. Deux : l'histoire de la date le gênait, ce vingt-cinq décembre posé sur d'anciennes fêtes romaines… il ne voulait rien devoir à ce passé-là. Trois, et c'était le fond : il voyait la fête étouffée par les achats, la course, l'excès… et il préférait célébrer l'incarnation toute l'année, dans la sobriété. Sa maison était simple, sa foi était solide. Et il rendait grâces à Dieu.
Élise : Il rendait grâces… donc Romains quatorze le couvre lui aussi, exactement comme nous. Celui qui ne distingue pas le jour, c'est pour le Seigneur qu'il ne le distingue pas. Ce qui n'allait pas, dans ton souvenir, ce n'était pas sa conviction. C'était le regard des autres sur lui.
Emmanuel : Voilà. Lui, on le traitait de rabat-joie. Et dans d'autres familles, c'est l'inverse : celui qui met un sapin se fait regarder comme un demi-païen. Deux mépris symétriques… et Paul les interdit tous les deux. Que celui qui fête ne méprise pas celui qui s'abstient, et que celui qui s'abstient ne juge pas celui qui fête.
Élise : Et il faut ouvrir le texte qu'on s'envoie souvent à la figure dans ce débat : Jérémie dix. On coupe le bois dans la forêt… tu l'as déjà reçu, celui-là, en photo d'un sapin ?
Emmanuel : Plus d'une fois. Alors lisons-le vraiment, et lisons-le entier. Jérémie dix : « Ainsi parle l'Éternel: N'imitez pas la voie des nations, Et ne craignez pas les signes du ciel, Parce que les nations les craignent. » Puis : « On coupe le bois dans la forêt; La main de l'ouvrier le travaille avec la hache; » et ensuite : « On l'embellit avec de l'argent et de l'or, On le fixe avec des clous et des marteaux, Pour qu'il ne branle pas. »
Élise : Jusqu'ici, on croirait presque un sapin, c'est vrai.
Emmanuel : Sauf que le prophète continue, verset cinq : « Ces dieux sont comme une colonne massive, et ils ne parlent point »… et il conclut : « Ne les craignez pas, car ils ne sauraient faire aucun mal, Et ils sont incapables de faire du bien. » Ces dieux. Jérémie décrit la fabrication d'une idole. Un objet qu'on sculpte, devant lequel on se prosterne, et dont on a peur. Le sujet du passage, c'est l'idolâtrie… pas la décoration.
Élise : Personne ne se prosterne devant un sapin, personne ne le craint, personne ne lui demande la pluie. Utiliser Jérémie contre le salon des voisins, c'est faire dire au texte ce qu'il ne dit pas… et on n'a pas le droit, même pour une bonne cause. Mais je veux être honnête dans l'autre sens aussi. Si pour quelqu'un cet arbre reste chargé d'un passé trouble, s'il ne peut pas le dresser avec une conscience tranquille… alors qu'il s'en passe, en paix. Romains quatorze protège aussi cette conscience-là.
Emmanuel : Et dans les deux maisons, avec ou sans sapin… que Christ soit fêté. C'est le seul non-négociable de Noël.
4. Halloween : la nuit où l'on hésite
Emmanuel : Venons-en à mes trois squelettes du perron. Halloween. Et je l'annonce d'entrée : sur cette fête-là, Élise et moi sommes tous les deux réservés… mais quand on a préparé l'épisode, on a découvert que ce n'était pas pour les mêmes raisons. Alors chacun son tour. Commence.
Élise : Ma raison à moi vient de mon métier. Je travaille à l'hôpital, Emmanuel. La mort, je la croise pour de vrai… des familles dans les couloirs, des chambres qu'on ferme doucement. Alors les fausses tombes en plastique dans les jardins, les squelettes rigolos, les enfants déguisés en fantômes… je n'y arrive pas. Pour moi, la mort n'est pas un décor. C'est l'ennemie que Christ a vaincue, et elle coûte trop de larmes pour qu'on en fasse une ambiance.
Emmanuel : Mmh… l'ennemie vaincue, pas un décor.
Élise : Et il y a l'autre versant, plus grave à mes yeux : l'imagerie de l'occulte servie aux enfants comme un jeu. Les sorcières, les esprits, les démons en carton-pâte. L'Écriture ne traite jamais ce domaine-là avec légèreté… le monde des ténèbres n'est pas un thème de soirée. Paul écrit aux Éphésiens : « et ne prenez point part aux oeuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt condamnez-les. » Je ne peux pas déguiser mes enfants en ce que Christ est venu détruire. Voilà ma conscience, posément.
Emmanuel : Et je veux souligner ce que tu ne dis pas. Tu ne dis pas que le petit voisin déguisé en citrouille est un adorateur du diable.
Élise : Surtout pas. Pour ces enfants, c'est des bonbons et un déguisement, rien d'autre… et la panique morale est une caricature qui déshonore l'évangile. Je ne crie pas au complot. Je dis seulement : moi, devant mon Maître, je ne peux pas y prendre part. Nuance immense.
Emmanuel : Ma réserve à moi est plus simple, presque terre à terre. Ce soir-là, sur mon perron, je me suis posé la question de Romains quatorze : qu'est-ce que je célébrerais, au juste, pour le Seigneur ? Et je n'ai pas su répondre. Noël, je sais dire ce que je fête. Un anniversaire, je sais. Halloween… je ne sais pas. Et ce que je ne peux pas faire en rendant grâces, je préfère ne pas le faire.
Élise : C'est intéressant… ta réserve ne passe pas par la peur. Elle passe par l'incapacité de rendre grâces.
Emmanuel : Voilà. Mais j'ajoute tout de suite l'autre moitié, parce qu'elle me tient à cœur. Jésus prie ainsi pour nous dans Jean dix-sept : « Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. » Dans le monde. Mon quartier, mes voisins, leurs enfants… je n'ai pas le droit de leur répondre par une porte close et un regard froid un soir par an. Le chrétien réservé sur Halloween n'est pas dispensé d'aimer son quartier.
Élise : Alors concrètement, chez vous, ça donne quoi ? Rose avait acheté les bonbons…
Emmanuel : On ne fête pas. Pas de décoration, pas de déguisement, et nos convictions sont dites. Mais la lumière du perron reste allumée, et les enfants qui sonnent repartent avec quelque chose et un mot gentil. D'autres frères éteignent tout par conviction, et je les respecte… d'autres transforment la soirée, comme ces églises qui offrent une fête de la lumière aux enfants du quartier. Entre ces pratiques-là, je ne ferai pas de tribunal. Chacun devant son Maître.
Élise : Et pour nos enfants, le plus important n'est ni le bonbon ni le boycott… c'est l'explication. Un enfant à qui on dit juste c'est interdit apprend la frustration. Un enfant à qui on explique pourquoi, textes ouverts, apprend le discernement. Et le discernement le suivra bien après le trente et un octobre.
5. Anniversaires, Daniel et la table de Babylone
Élise : Alors, les anniversaires. Et là, je respire… parce que chez nous, c'est la fête sans débat. Le gâteau, les bougies, la table décorée. Et une habitude que je dois à ma grand-mère : avant le gâteau, on bénit l'enfant à voix haute. On dit merci à Dieu pour l'année écoulée, et on demande sa garde pour celle qui vient.
Emmanuel : Une bénédiction avant les bougies… c'est très beau. Et très biblique dans l'esprit : l'Ecclésiaste dit qu'il y a « un temps pour pleurer, et un temps pour rire; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser; ». Une année de vie reçue, ça tombe du bon côté de la liste. C'est un temps pour rire.
Élise : Il faut dire un mot, quand même, de ceux que cette fête gêne. Certains arrière-plans religieux s'en méfient, tu le sais… et certains chrétiens font remarquer que la Bible ne montre pas les croyants fêter leurs anniversaires. Alors s'il y a autour de nous une conscience qui hésite là-dessus, on ne s'en moque pas. On explique la nôtre : nous ne célébrons pas un culte de la personne, nous rendons grâces au Donateur pour une vie donnée.
Emmanuel : Et le grand verset des choses ordinaires couvre tout ça, dans la première aux Corinthiens : « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu. » Un gâteau peut se manger pour la gloire de Dieu. Je le confirme d'expérience.
Élise : Voilà une doctrine qui ne rencontrera aucune opposition chez mes ados.
Emmanuel : Et pour toutes les autres fêtes du calendrier, celles qui ne sont ni chrétiennes ni inquiétantes… la fête de l'école, la galette de janvier, le repas des voisins, le quatorze juillet… j'ai un personnage pour nous guider. Daniel, à Babylone.
Élise : Raconte. Pourquoi lui ?
Emmanuel : Parce que Daniel vit notre situation, en plus radical. Déporté au cœur d'une culture païenne, il ne construit pas un bunker. Il apprend la langue des Chaldéens, leurs lettres, leurs sciences. Il sert le roi, il excelle, on lui confie des responsabilités. Il est dedans, complètement. Et au milieu de tout ça, le texte dit : « Daniel résolut de ne pas se souiller par les mets du roi et par le vin dont le roi buvait ». Une limite. Précise, posée devant Dieu, tenue avec douceur… il demande, il ne fait pas d'esclandre.
Élise : Tout apprendre, tout servir… et résoudre une limite. Ni le refus de tout, ni l'acceptation de tout. C'est exactement la position du chrétien dans les fêtes de ce pays, non ? On est à table à Babylone… et on sait ce qu'on ne mangera pas.
Emmanuel : Et remarque que sa limite à lui ne serait pas forcément la nôtre… c'était la sienne, devant Dieu, dans sa situation. Ce que Daniel nous lègue, ce n'est pas sa liste. C'est sa méthode : sers ta ville, aime les gens, excelle au milieu d'eux… et sache, avant d'y aller, ce que tu as résolu dans ton cœur. La limite se décide à genoux, pas sous la pression du buffet.
Élise : La limite se décide à genoux… et nos enfants ont besoin de nous voir faire les deux : participer avec joie, et nous abstenir sans drame. C'est comme ça qu'ils apprendront à vivre à Babylone sans s'y dissoudre.
6. Pleinement convaincus, pleinement frères
Emmanuel : Il nous reste le plus important : comment on vit ensemble avec des pratiques différentes. Parce que la théorie de Romains quatorze est belle… jusqu'au repas de famille où le beau-frère lance le sujet du sapin.
Élise : Toujours au dessert, d'ailleurs. Paul donne deux garde-fous. Le premier, aux Corinthiens : « Tout est permis, mais tout n'est pas utile; tout est permis, mais tout n'édifie pas. » Ma liberté est réelle… et elle n'est pas le dernier mot. La question n'est pas seulement : est-ce que j'ai le droit ? C'est : est-ce que ça construit ?
Emmanuel : Et le deuxième garde-fou, dans le même livre : « Prenez garde, toutefois, que votre liberté ne devienne une pierre d'achoppement pour les faibles. » Si ma pratique, exercée sous les yeux d'un frère à la conscience fragile, l'entraîne à agir contre sa propre conscience… alors par amour, je m'ajuste. Pas par peur de lui. Par amour pour lui.
Élise : Et ça marche dans les deux sens, redisons-le une dernière fois. Celui qui fête renonce parfois à sa liberté par égard pour le frère qui ne fête pas. Et celui qui ne fête pas renonce à juger celui qui fête. Deux renoncements… un seul amour.
Emmanuel : Et au fond, Romains quatorze nous donne la raison de tout ça, deux versets plus loin : « En effet, nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même. » Puis : « Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. » Nous sommes au Seigneur… le frère d'en face aussi. Il ne m'appartient pas. Je n'ai pas à le gagner à ma pratique. Nous appartenons tous les deux au même Maître.
Élise : Alors élevons le regard pour finir. Parce qu'au milieu de toutes ces questions ouvertes, il y a des choses qui ne se discutent pas… et ce sont les plus belles.
Emmanuel : Christ est né. Vraiment, dans l'histoire, dans une mangeoire. Il est mort pour nos péchés, il est ressuscité corporellement, et il revient. Ça, ce n'est pas une question vive. C'est le roc. Et chaque dimanche, autour de la Cène, nous fêtons déjà la seule fête absolument obligatoire… le mémorial du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.
Élise : La seule fête commandée, et elle est toute simple : du pain, une coupe, un peuple reconnaissant. Alors pour le reste : ne repartez pas avec notre pratique, ni celle de votre voisin. Repartez vers la Parole. Relisez Romains quatorze en couple, parlez-en avec vos enfants, avec les anciens de votre assemblée… et décidez devant Dieu, pleinement convaincus.
Emmanuel : Je prie pour nous ? Notre Dieu, notre bon Papa, merci pour la liberté que ta Parole nous donne, et pour les frères qui la vivent autrement que nous. Donne-nous des convictions pleines et des cœurs doux. Garde nos maisons de l'idolâtrie et du mépris, et que nos fêtes comme nos abstentions te rendent grâces. Hâte le jour de la vraie fête, celle de ton retour. Au nom de Jésus, amen.
Élise : Amen.
Emmanuel : Merci de nous avoir écoutés. Et si Dieu veut, on se retrouve très vite, Aux Sources.
Élise : Et d'ici là… que chacun ait en son esprit une pleine conviction. À bientôt.
Continuer l'écoute
L'estime de soi : s'aimer soi-même ?
13:27 · 5 chapitresS'habiller : ce que nos vêtements disent (à l'église et ailleurs)
17:57 · 7 chapitresLa Lettre de Lumière
Chaque semaine, les nouveaux épisodes « Aux Sources » et nos méditations, droit dans votre boîte mail — sans spam, désinscription en un clic.