L'Esprit Éditorial
Pochette du podcast Aux Sources

Aux Sources · Questions vives

Les tatouages : mon corps peut-il porter une marque ?

Les tatouages : mon corps peut-il porter une marque ?

Avec Élise & Emmanuel17:42

La fille aînée d'Élise veut un tatouage pour ses dix-huit ans, et voilà toute la maison plongée dans Lévitique dix-neuf. Que visait vraiment ce verset, que devient-il après la croix, et que fait-on du corps-temple et du frère que ma liberté pourrait blesser ? Deux lectures fidèles, zéro caricature, et une question qui déplace tout : celle de la motivation du cœur.

0:0017:42

Chapitres & repères

  1. Élise — La demande de sa fille l'a obligée à passer d'un réflexe de maman à une vraie étude biblique : que dit l'Écriture, au juste ?

    Emmanuel — Le sujet traverse toutes les églises et toutes les générations : il mérite mieux qu'un froncement de sourcils ou un haussement d'épaules.

  2. Élise — Le verset visait des pratiques païennes de deuil et de culte : la question est de savoir ce qui traverse la croix, le rite ou le principe.

    Emmanuel — Les deux lectures sont recevables : celle qui garde du verset une réserve permanente envers les marques, et celle qui le tient pour un interdit cultuel daté, comme les coins de barbe du verset précédent.

    « Vous ne ferez point d'incisions dans votre chair pour un mort, et vous n'imprimerez point de figures sur vous. Je suis l'Éternel. »

    Lévitique 19:28 — Louis Segond 1910

    « Vous ne couperez point en rond les coins de votre chevelure, et tu ne raseras point les coins de ta barbe. »

    Lévitique 19:27 — Louis Segond 1910

    « Parle à toute l'assemblée des enfants d'Israël, et tu leur diras: Soyez saints, car je suis saint, moi, l'Éternel, votre Dieu. »

    Lévitique 19:2 — Louis Segond 1910
  3. Élise — Le corps-temple appartient au Seigneur : l'argument porte dans les deux sens, réserve pour les uns, liberté reconnaissante pour les autres, et Dieu regarde au cœur.

    Emmanuel — Le contexte de 1 Corinthiens 6 vise l'impudicité, pas l'encre : on honore le temple par la pureté et le service, pas d'abord par une peau vierge.

    « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes? »

    1 Corinthiens 6:19 — Louis Segond 1910

    « Car vous avez été rachetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu. »

    1 Corinthiens 6:20 — Louis Segond 1910

    « Et l'Éternel dit à Samuel: Ne prends point garde à son apparence et à la hauteur de sa taille, car je l'ai rejeté. L'Éternel ne considère pas ce que l'homme considère; l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au coeur. »

    1 Samuel 16:7 — Louis Segond 1910

    « Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d'avance, afin que nous les pratiquions. »

    Éphésiens 2:10 — Louis Segond 1910
  4. Élise — La liberté chrétienne est réelle mais jamais solitaire : elle pèse l'effet de mes choix sur les consciences plus fragiles, sans pour autant se laisser gouverner par tous les regards.

    Emmanuel — Paul renonçait à la viande par amour : la question n'est pas ai-je le droit, mais qu'est-ce que ma liberté fait à mon frère, à ma famille, à mon témoignage.

    « Frères, vous avez été appelés à la liberté, seulement ne faites pas de cette liberté un prétexte de vivre selon la chair; mais rendez-vous, par la charité, serviteurs les uns des autres. »

    Galates 5:13 — Louis Segond 1910

    « Prenez garde, toutefois, que votre liberté ne devienne une pierre d'achoppement pour les faibles. »

    1 Corinthiens 8:9 — Louis Segond 1910

    « C'est pourquoi, si un aliment scandalise mon frère, je ne mangerai jamais de viande, afin de ne pas scandaliser mon frère. »

    1 Corinthiens 8:13 — Louis Segond 1910
  5. Élise — Avec sa fille, elle a remplacé l'interdit réflexe par un chemin : attendre, écrire ses raisons, prier, en parler à une personne mûre, et décider devant Dieu.

    Emmanuel — Les bonnes questions font le tri toutes seules : pourquoi cette marque, qu'est-ce qu'elle proclame, et est-ce que je peux l'assumer devant le Seigneur dans vingt ans.

    « Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. Tes oeuvres sont admirables, Et mon âme le reconnaît bien. »

    Psaumes 139:14 — Louis Segond 1910
  6. Élise — Ce qui est sûr : le corps appartient au Seigneur, le cœur pèse plus que la peau, l'amour du frère borde la liberté ; le reste relève de la pleine conviction de chacun.

    Emmanuel — Ni le tatouage ni son absence ne rapprochent de Dieu : seul le sang de Christ marque un homme comme sien.

    « Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction. »

    Romains 14:5 — Louis Segond 1910
Transcription de l'épisode

1. La demande de ma fille

Élise : Bonjour à tous, et bienvenue dans Aux Sources. Aujourd'hui, un sujet qui s'est invité chez moi par la porte de la cuisine… les tatouages. Emmanuel, bonjour.

Emmanuel : Bonjour Élise. Par la porte de la cuisine ? Raconte-nous ça.

Élise : Notre aînée. Dix-sept ans. Elle prépare le bac, et l'autre soir, entre le fromage et le dessert, elle lâche : pour mes dix-huit ans, je voudrais un tatouage. Un petit rameau d'olivier, là, sur le poignet.

Emmanuel : Entre le fromage et le dessert. Elles choisissent bien leur moment.

Élise : Le meilleur moment stratégique, oui. Marc a failli avaler son couteau. Et moi, j'ai entendu sortir de ma bouche un réflexe de maman : la Bible l'interdit, ma chérie. Et le soir même, je me suis demandé… est-ce que c'est vrai, au fait ? Est-ce que je venais de citer la Bible, ou juste ma peur ?

Emmanuel : Voilà une question honnête. Et je te rassure, elle traverse toutes les familles et toutes les églises.

Élise : Alors question du jour : un chrétien peut-il se faire tatouer ? Il y a un verset, tout le monde le connaît à moitié… on va le lire en entier, et dans son contexte.

Emmanuel : Et il faut mesurer à quel point le paysage a changé. Quand j'étais jeune homme, un tatouage, c'était les marins, les légionnaires… et les mauvais garçons de cinéma. Aujourd'hui, il suffit d'une plage en été pour voir que c'est devenu tout à fait ordinaire.

Élise : Ordinaire, oui. Dans mon service, des collègues très douces, très sérieuses, portent des tatouages… une infirmière a les prénoms de ses enfants sur l'avant-bras. Le monde de nos ados n'est plus celui de nos vingt ans.

Emmanuel : Et c'est exactement pour ça que la question mérite mieux qu'un réflexe. Nos réflexes datent d'un monde… nos enfants vivent dans un autre. Seule l'Écriture traverse les deux.

Élise : Bien dit. Une mode ne rend pas une chose bonne, et une vieille méfiance ne la rend pas mauvaise. Il nous faut un autre juge que l'époque… le texte.

Emmanuel : Alors posons le cadre avant de plonger. C'est une question vive : des chrétiens qui aiment la même Bible arrivent à des réponses différentes.

Élise : Donc pas de verdict au marteau ce soir. On va écouter deux lectures, chacune au mieux de sa cause, et renvoyer chacun à sa conscience devant Dieu.

Emmanuel : Avec quand même deux ancres fermes, parce qu'il y en a. Le corps du chrétien appartient au Seigneur… et l'amour du frère passe avant mes goûts. Ces deux-là, on ne les lâchera pas.

Élise : Et une précision qui compte : on parle de la question pour soi. Pas du regard sur les autres. Le frère au bras couvert de tatouages qui pousse la porte de l'église n'est pas un sujet de débat… c'est un frère.

Emmanuel : Amen. Et j'aurai une histoire là-dessus tout à l'heure.

2. Lévitique dix-neuf, en son contexte

Élise : Le fameux verset, donc. Lévitique dix-neuf, verset vingt-huit : « Vous ne ferez point d'incisions dans votre chair pour un mort, et vous n'imprimerez point de figures sur vous. Je suis l'Éternel. »

Emmanuel : Lu comme ça, l'affaire semble pliée. Mais lisons le contexte, parce qu'il éclaire tout.

Élise : D'abord, la première moitié du verset : des incisions dans la chair pour un mort. C'était une pratique de deuil des peuples voisins… on se taillait la peau pour apaiser les morts ou les divinités. Israël devait pleurer autrement, en peuple mis à part.

Emmanuel : Et le verset juste avant, le vingt-sept, interdit autre chose : « Vous ne couperez point en rond les coins de votre chevelure, et tu ne raseras point les coins de ta barbe. » Là encore, des coiffures liées aux cultes païens d'à côté.

Élise : Et voilà la question qui divise honnêtement les lecteurs. Est-ce que le verset vingt-huit interdit la marque en elle-même, pour toujours… ou la marque comme geste de culte païen, dans ce contexte-là ?

Emmanuel : Parce que remarque : personne, dans nos églises, ne surveille les coins de barbe du verset vingt-sept. Si on brandit le vingt-huit comme loi éternelle, il faut expliquer pourquoi pas le vingt-sept. C'est une vraie question de cohérence.

Élise : Alors donnons sa force à chaque lecture. La première dit : d'accord, le contexte est païen, mais le principe demeure. Le corps du croyant n'est pas une paroi d'affichage… Dieu a voulu son peuple sans marques, et cette réserve traverse les siècles. Prudence, donc.

Emmanuel : Et la seconde répond : ce commandement appartient au code de sainteté d'Israël, comme les lois sur les tissus mélangés, quelques versets plus haut. Christ a accompli la loi. Ce qui traverse la croix, c'est le cœur du commandement : n'appartenir qu'à Dieu, ne pas singer l'idolâtrie. Pas l'encre en elle-même.

Élise : Autrement dit, un rameau d'olivier sur le poignet d'une jeune fille qui aime Jésus, ce n'est pas une incision pour un mort offerte à Baal.

Emmanuel : Non. Mais l'autre lecture garde raison sur un point, et je veux le dire : on ne balaie pas un texte d'un revers de main en criant contexte. On le laisse nous interroger. Pourquoi est-ce que je veux marquer ce corps qui ne m'appartient pas ? Cette question-là, le verset nous la pose encore.

Élise : Et elle nous conduit droit au texte suivant. Parce que ce corps, justement… à qui est-il ?

Emmanuel : Avant d'y aller, remontons au sommet du chapitre, parce qu'on cite toujours le verset vingt-huit en oubliant le verset deux. Et le verset deux commande tout : « Parle à toute l'assemblée des enfants d'Israël, et tu leur diras: Soyez saints, car je suis saint, moi, l'Éternel, votre Dieu. »

Élise : Soyez saints, car je suis saint… Tout Lévitique dix-neuf découle de cette phrase.

Emmanuel : Voilà. Les incisions, les coins de barbe, les tissus, les balances justes, l'amour du prochain… tout ce chapitre décline une seule idée : vous êtes à moi, vivez comme un peuple à part. Et ça, la croix ne l'a pas aboli. Pierre le recite mot pour mot aux chrétiens.

Élise : Donc ce qui traverse les siècles, ce n'est pas le détail du rasoir ou de l'aiguille… c'est l'appartenance. La sainteté comme appartenance à Dieu.

Emmanuel : Et du coup, les deux lectures peuvent se serrer la main sur l'essentiel : quoi que tu fasses de ta peau, la vraie question de Lévitique dix-neuf reste posée à chacun. À qui appartiens-tu ? Qui le voit dans ta vie ?

Élise : Question autrement plus exigeante qu'un règlement de salon de tatouage… Allons maintenant au corps lui-même.

3. Le temple du Saint-Esprit

Emmanuel : Le texte que tout le monde cite dans ce débat, c'est Paul. Première aux Corinthiens, six, versets dix-neuf et vingt : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes? Car vous avez été rachetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu. »

Élise : Vous ne vous appartenez point à vous-mêmes… Voilà la phrase qui remet tout le monde d'accord sur l'essentiel. Ma peau n'est pas ma propriété privée.

Emmanuel : Et les deux lectures s'en emparent, chacune à sa façon. La première dit : on ne graffite pas les murs d'un temple. Réserve, sobriété, respect du lieu saint.

Élise : Et la seconde fait observer le contexte : Paul écrit ces lignes pour appeler à fuir l'impudicité. Le temple se profane par le péché… pas par un dessin. On honore le temple par la pureté, la louange, le service. Une peau sans encre n'a jamais suffi à faire un cœur pur.

Emmanuel : Et l'inverse est vrai aussi. Un frère tatoué de la tête aux pieds peut être un temple éclatant de l'Esprit. J'en connais un.

Élise : Ton histoire. Vas-y, c'est le moment.

Emmanuel : Un jeune que j'ai embauché il y a quelques années. Les deux bras couverts, jusqu'aux poignets. Des dragons, des dates, des visages… toute son ancienne vie écrite sur la peau. Et puis il a rencontré Christ, par un collègue. Aujourd'hui il sert dans son église, il conduit des études bibliques.

Élise : Avec ses dragons sur les bras.

Emmanuel : Avec ses dragons. Et il m'a dit un jour une phrase que je n'oublierai pas : mes bras racontent d'où je viens, et ma vie raconte où je vais. Le sang de Christ a tout lavé… il n'avait pas besoin d'effacer l'encre pour ça.

Élise : Et c'est exactement ce que Dieu disait déjà à Samuel : « l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au coeur. » Première de Samuel, seize, verset sept. Aucune encre n'arrête ce regard-là.

Emmanuel : Et Paul dira aux Éphésiens : « Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d'avance, afin que nous les pratiquions. » Son ouvrage. Tatoué ou pas, c'est la seule signature qui compte sur nos vies.

Élise : Et dis-moi… comment votre église l'a accueilli, ce jeune homme, la toute première fois ?

Emmanuel : Je lui ai posé la question, justement. Il m'a répondu : le premier dimanche, une dame âgée m'a serré la main sans regarder mes bras une seule fois. Elle m'a regardé, moi. Et il m'a dit que c'est ce jour-là qu'il a compris la grâce… avant même d'entendre le message.

Élise : Une poignée de main qui prêche mieux qu'une chaire… Que nos assemblées sachent faire ça. Toujours.

4. Libre, mais pas seul au monde

Élise : Admettons donc la liberté. Est-ce que liberté veut dire feu vert, point final ?

Emmanuel : Pas dans la Bible. Galates cinq, verset treize : « Frères, vous avez été appelés à la liberté, seulement ne faites pas de cette liberté un prétexte de vivre selon la chair; mais rendez-vous, par la charité, serviteurs les uns des autres. » La liberté chrétienne a toujours les mains occupées à servir.

Élise : Et Paul avait affronté une question toute proche de la nôtre : les viandes sacrifiées aux idoles. Manger ou pas ? Sa réponse tient en un principe. Première aux Corinthiens, huit, verset neuf : « Prenez garde, toutefois, que votre liberté ne devienne une pierre d'achoppement pour les faibles. »

Emmanuel : Et il va jusqu'au bout de sa logique, au verset treize : « C'est pourquoi, si un aliment scandalise mon frère, je ne mangerai jamais de viande, afin de ne pas scandaliser mon frère. » Paul, l'apôtre de la liberté, prêt à devenir végétarien à vie par amour. Ça calme.

Élise : Appliquons à l'encre, alors. Si mon tatouage trouble durablement la conscience d'une grand-mère de mon assemblée, s'il devient un mur entre moi et ceux que je veux atteindre… l'amour peut me faire y renoncer. Librement. Sans amertume.

Emmanuel : Et j'ajoute le témoignage. Selon les pays, les milieux, un tatouage ne raconte pas la même histoire. Celui qui part servir ailleurs y pensera. La question n'est jamais seulement ai-je le droit… c'est qu'est-ce que ça produit autour de moi.

Élise : Mais je veux poser la limite inverse, parce qu'elle existe. Si le moindre froncement de sourcils devient une loi, alors plus personne ne bouge un cil… euh, comment dire… la liberté meurt sous les regards.

Emmanuel : C'est juste. La pierre d'achoppement, chez Paul, c'est le frère fragile qu'on entraîne à pécher contre sa conscience. Pas le frère contrarié dans ses goûts. Il ne faut pas confondre scandaliser et déranger.

Élise : Scandaliser et déranger… la distinction est précieuse. Ma grand-tante qui trouve ça vilain n'est pas une conscience en danger. Un jeune converti qui sortirait à peine d'un milieu où les marques signifiaient l'appartenance à un gang, oui, peut-être.

Emmanuel : D'où l'importance de ne pas décider seul. Parles-en à des gens mûrs qui te connaissent et qui connaissent ton contexte. Eux sauront te dire si ta liberté va porter ou blesser.

Élise : Et dans le doute, l'amour tranche mieux que le droit. Celui qui renonce à une envie pour garder un frère… n'a jamais perdu au change.

Emmanuel : Il y a un cas particulier dont je veux qu'on parle : les tatouages chrétiens. Le verset sur l'avant-bras, la croix sur l'épaule, l'ichthus sur la cheville. Certains y voient un témoignage permanent.

Élise : Et toi, qu'est-ce que tu en penses, honnêtement ?

Emmanuel : Honnêtement ? Je préfère mille fois un verset sur un bras qu'une amertume dans un cœur. Mais je pose une question d'entrepreneur : est-ce que l'enseigne dit vrai ? Un verset sur la peau engage… le jour où ta vie le contredit, l'encre témoigne contre toi.

Élise : C'est vrai dans les deux sens, d'ailleurs. J'ai entendu parler de conversations extraordinaires ouvertes par un simple tatouage… quelqu'un demande ce que signifie le mot hébreu, et voilà l'Évangile sur la table. La marque peut devenir une porte.

Emmanuel : Une porte, oui… à condition que la maison derrière soit habitée. Le témoignage, ce n'est jamais l'encre. C'est la vie que l'encre annonce. Sinon c'est une publicité mensongère, et celles-là font plus de mal que pas de publicité du tout.

Élise : Donc ni trophée spirituel, ni raccourci d'évangélisation. Une parole écrite sur soi n'a de poids que si elle est d'abord écrite en soi.

5. Ce que dit le cœur

Emmanuel : Alors, Élise. Retour dans ta cuisine. Qu'est-ce que tu as fait, avec ta fille ?

Élise : D'abord, je suis allée m'excuser. Je lui ai dit : j'ai cité la Bible trop vite, on va la lire ensemble pour de vrai. Tu aurais vu sa tête… elle s'attendait à tout sauf à ça.

Emmanuel : Voilà une excuse qui vaut tous les sermons.

Élise : Et puis on a posé un chemin, elle et moi. Un : on attend tes dix-huit ans, rien ne presse, c'est définitif. Deux : tu écris sur une feuille pourquoi tu le veux, vraiment. Trois : tu pries avec cette feuille pendant quelques mois. Quatre : tu en parles à quelqu'un de mûr, pas seulement à tes copines. Et après… c'est entre elle et Dieu.

Emmanuel : Ce que j'aime dans ton chemin, c'est qu'il marche pour toutes les grandes décisions. Le pourquoi d'abord. Parce qu'une marque peut dire des choses très différentes : une mémoire, une beauté, une révolte, un besoin d'appartenir quelque part…

Élise : Et certains pourquoi méritent mieux qu'un tatouage. Si c'est pour exister aux yeux des autres, l'encre n'y suffira pas… ce trou-là, seul l'amour de Dieu le comble.

Élise : Et il y a une chose que je veux dire aux parents qui nous écoutent, parce que je suis passée par là. L'interdit sec, à dix-sept ans, ça fabrique surtout des projets cachés pour les vingt ans. Le dialogue, lui, fabrique une conscience. Et c'est la conscience qui accompagnera nos enfants quand nous ne serons plus derrière eux.

Emmanuel : Rose dit la même chose depuis trente ans : on n'élève pas des enfants pour qu'ils nous obéissent, on les élève pour qu'ils obéissent à Dieu librement.

Élise : Elle est sage, Rose. Et j'ai offert un psaume à ma fille, avec sa feuille. Le cent trente-neuf : « Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. Tes oeuvres sont admirables, Et mon âme le reconnaît bien. » Je lui ai dit : quoi que tu décides, commence par savoir que ce corps-là est déjà une merveille signée.

Emmanuel : Une merveille signée… Et pour ceux qui portent déjà des tatouages qu'ils regrettent, une parole douce : votre passé écrit sur la peau n'écrit pas votre avenir. La grâce ne demande pas le détatouage. Elle demande le cœur.

Emmanuel : Et alors, la suite ? Ta fille a commencé sa feuille ?

Élise : Elle l'a commencée le soir même, avec le sérieux d'une dissertation de philo. Et quelques jours plus tard, elle est venue me trouver dans la cuisine, à nouveau… décidément tout se passe dans cette cuisine. Elle m'a demandé, à voix basse : maman, si je le fais, est-ce que Dieu sera déçu ?

Emmanuel : Sacrée question, à dix-sept ans.

Élise : J'ai posé ma casserole et je lui ai dit : ma chérie, l'amour de Dieu pour toi ne se joue pas sur ta peau. Il s'est joué à la croix, une fois pour toutes. Ta question, ce n'est pas est-ce qu'il sera déçu… c'est comment veux-tu lui répondre, avec tout ce que tu es. Elle a pleuré un peu. Moi aussi, je crois.

Emmanuel : Parce qu'en une phrase, tu venais de sortir la question du règlement pour la ramener à la relation. C'est toute la différence entre la religion et l'Évangile, ça.

Élise : Et vous savez le plus beau ? Elle n'a toujours pas décidé. Mais elle lit sa Bible autrement depuis. Le rameau d'olivier attendra… la racine pousse.

6. À qui appartient ta peau ?

Élise : Alors, Emmanuel. On récapitule, sans verdict au marteau, comme promis ?

Emmanuel : Sans marteau, mais sans brouillard non plus. Ce qui est sûr : ton corps appartient au Seigneur, racheté à grand prix. Ce qui est sûr : Dieu regarde au cœur, et c'est la motivation qui fait la valeur du geste. Ce qui est sûr : ta liberté s'arrête là où elle ferait tomber un frère fragile.

Élise : Et ce qui reste libre, l'Écriture le laisse libre. Paul l'écrit pour toutes ces questions où les convictions diffèrent, dans Romains quatorze : « Que chacun ait en son esprit une pleine conviction. » Pas une demi-conviction empruntée aux autres… une pleine conviction, formée devant Dieu.

Emmanuel : Et la dernière vérité remet tout à sa place : ni le tatouage ni la peau vierge ne rapprochent de Dieu d'un seul centimètre. Ce qui marque un homme comme appartenant à Christ, c'est son sang, pas notre encre.

Élise : Alors cette semaine : si la question vous concerne, prenez le chemin lent. Le pourquoi sur une feuille, la prière, une personne mûre de votre assemblée. Et si elle concerne vos enfants… choisissez la table de la cuisine plutôt que la porte qui claque.

Emmanuel : Et une dernière parole pour nos églises : que personne ne se sente jaugé au premier regard chez nous. La porte de Christ est assez large pour toutes les histoires… nos portes doivent l'être aussi.

Élise : Amen. La sainteté attire quand elle accueille… elle repousse quand elle inspecte.

Élise : Je nous conduis dans la prière. Notre Dieu, notre bon Papa. Merci pour ces corps que tu as tissés et rachetés. Apprends-nous à te les offrir tout entiers, à sonder nos motivations sous ton regard, et à aimer chaque frère et chaque sœur, quelle que soit l'histoire écrite sur leur peau. Que ta grâce soit notre seule vraie marque. Amen.

Emmanuel : Amen.

Élise : Merci d'avoir cheminé avec nous dans Aux Sources. Soyez doux dans vos maisons… et si Dieu veut, à bientôt.

Emmanuel : À bientôt. Que le Seigneur garde vos cœurs et vos familles.

Continuer l'écoute

La Lettre de Lumière

Chaque semaine, les nouveaux épisodes « Aux Sources » et nos méditations, droit dans votre boîte mail — sans spam, désinscription en un clic.