L'Esprit Éditorial
Photographie abstraite et minimaliste d'un épi de blé sec aux tons dorés sur fond crème

Croissance8 min de lecture

Croître dans la Grâce, et non Seulement en Savoir

4 mai 2026

Photographie abstraite et minimaliste d'un épi de blé sec aux tons dorés sur fond crème

« Mais croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. A lui soit la gloire, maintenant et pour l’éternité! Amen! »

2 Pierre 3:18

Il est possible de vieillir dans la foi sans mûrir vraiment. On accumule les années de culte, les cahiers d’étude se remplissent, on repère une fausse doctrine à dix pas et l’on cite ses versets avec aisance. Et pourtant, au-dedans, quelque chose reste dur. La grâce n’a pas encore fondu les angles, le caractère n’a pas suivi le savoir. Nous confondons souvent la croissance chrétienne avec l’accumulation d’informations religieuses, comme si connaître davantage suffisait à devenir davantage. La dernière phrase que l’apôtre Pierre laisse à ses lecteurs corrige doucement cette illusion, et elle mérite qu’on s’y arrête avant de tourner la page.

Mais croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. A lui soit la gloire, maintenant et pour l’éternité! Amen!(2 Pierre 3:18) Remarquez qu’il ne dit pas seulement de croître en connaissance. Il place deux mots côte à côte, la grâce et la connaissance, et il refuse de les séparer. On peut grandir en savoir et rapetisser en grâce ; c’est même l’un des pièges les plus discrets de la vie chrétienne. Pierre veut un croyant qui avance sur ces deux pieds à la fois, sans quoi il boite. Et l’ordre des mots n’est pas indifférent : la grâce vient en premier, comme le sol où toute vraie connaissance prend racine.

Le mot grec traduit ici par connaissance mérite un instant d’attention. Ce n’est pas la simple gnôsis, l’information que l’on stocke, mais l’epignôsis, une connaissance pleine, celle qu’on a d’une personne et non d’un sujet. Pierre ne nous envoie pas amasser des données sur Dieu comme on réviserait une matière d’examen. Il nous invite à connaître quelqu’un : notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, qu’il nomme en toutes lettres. Croître, ici, c’est s’approcher davantage d’une Personne, la fréquenter jusqu’à ce que sa manière d’être déteigne sur la nôtre. Le savoir qui ne rapproche pas de Christ n’est pas encore la connaissance dont parle l’Écriture.

Croître dans la grâce, ensuite, n’est pas gagner du terrain à la force du poignet. On n’entre pas dans la grâce par la foi pour en sortir ensuite par l’effort. Grandir dans la grâce, c’est plutôt s’enfoncer plus profond dans ce qu’on a déjà reçu, mesurer chaque jour un peu mieux l’ampleur de ce que Christ a accompli une fois pour toutes. Le chrétien mûr n’est pas celui qui a moins besoin de la grâce à mesure qu’il progresse ; c’est celui qui en découvre le besoin plus vaste, et s’en émerveille davantage. Plus on avance, plus la croix grandit à nos yeux.

Paul avait averti les Corinthiens d’un danger que Pierre connaît aussi : la connaissance, laissée à elle-même, enfle. Elle gonfle celui qui la possède, elle le rend sûr de lui, prompt à juger, sec envers les plus lents. C’est pourquoi elle a besoin d’être tenue par la grâce, qui, elle, édifie l’autre au lieu de se rehausser soi-même. Un croyant qui sait beaucoup et aime peu n’est pas un croyant avancé ; c’est un croyant déséquilibré, riche d’un côté, appauvri de l’autre. La marque d’une vraie maturité n’est pas la quantité de ce qu’on sait, mais la douceur avec laquelle on le porte.

Et d’où vient la sève de cette croissance ? Certainement pas de nous. Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Ce n'est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie.(Éphésiens 2:8-9) Ce qui est vrai du premier jour du salut reste vrai de tout le trajet : c’est le don de Dieu, du début à la fin. Nous ne fabriquons pas notre maturité comme un artisan son ouvrage ; nous demeurons attachés à Celui qui la produit en nous. La croissance chrétienne est moins une performance à réaliser qu’un fruit à laisser mûrir, sous la patience d’un Dieu qui a commencé son œuvre et ne l’abandonnera pas en chemin.

Cette semaine, faites un test simple et humble sur vous-même. Après une lecture, une prédication, une discussion où vous avez appris quelque chose, ne demandez pas seulement : qu’est-ce que je sais de plus ? Demandez aussi : est-ce que j’aime mieux ? Est-ce que je ressemble un peu plus à Christ, plus doux, plus patient, plus dépendant de sa grâce ? Si le savoir vous rend seulement plus tranchant, laissez-le redescendre de la tête jusqu’au cœur, et de là jusqu’aux mains. Croissez dans les deux, jamais dans un seul. Car au bout du chemin, ce n’est pas un examen qui nous attend, mais un visage : celui du Seigneur que nous aurons appris, lentement, à connaître et à aimer.