
Croissance — 7 min de lecture
Cultiver la Reconnaissance en Tout
25 septembre 2024
Mug en grès moucheté, mi-crème mi-bleu profond, posé sur un journal de lin devant une fenêtre ensoleillée, vapeur s’élevant doucement
« Rendez grâces en toutes choses, car c’est à votre égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ. »
Il est facile de rendre grâces quand la table est garnie, quand la santé tient et que les enfants vont bien. La reconnaissance vient alors presque toute seule, comme un réflexe heureux. Mais qu'un imprévu vienne renverser la journée, une facture qui tombe, une parole qui blesse, un diagnostic qui inquiète, et la voilà qui s'évapore, remplacée par la plainte. Notre culture a l'œil exercé au manque : elle repère tout de suite ce qui cloche et ce qui déçoit. Cultiver la reconnaissance ne consiste pas à nier ces réalités ; il s'agit d'apprendre, patiemment, à regarder aussi ce que Dieu donne, jusque dans les jours gris. C'est un apprentissage, pas un tempérament reçu à la naissance.
L'apôtre Paul écrit aux Thessaloniciens une phrase qui dérange notre confort : Rendez grâces en toutes choses, car c’est à votre égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ.(1 Thessaloniciens 5:18)
Lisons-la de près. Il ne dit pas de rendre grâces pour toutes choses, comme s'il fallait remercier Dieu du mal lui-même ; il dit d'en rendre en toutes choses, au cœur de tout ce qui nous arrive. La différence est décisive. Je ne suis pas appelé à me réjouir de l'épreuve comme si elle était bonne, mais à découvrir qu'au sein même de l'épreuve, il reste toujours une raison de bénir Celui qui ne m'abandonne pas. La gratitude devient alors une lampe qu'on allume au milieu de la nuit.
Le mot que Paul emploie est riche. Le grec eucharistéo, « rendre grâces », a donné notre eucharistie, ces actions de grâce élevées à la table du Seigneur. Rendre grâces, au fond, c'est reconnaître une grâce reçue : le mot porte en son cœur la charis, la faveur gratuite de Dieu. On ne remercie jamais pour un dû, seulement pour un don. Voilà pourquoi la reconnaissance chrétienne n'est pas une politesse religieuse : chaque merci avoue que tout m'a été donné, que rien ne m'était acquis. Le reconnaissant a cessé de se croire créancier de Dieu ; il se redécouvre, à chaque instant, comblé par pure faveur.
C'est pourquoi la reconnaissance ne dépend pas de l'inventaire de mes biens, mais d'un fait qui, lui, ne bouge pas : à la croix, Christ a tout accompli, une fois pour toutes. Quand bien même tout me serait ôté, cela resterait : je suis aimé, racheté, réconcilié, à un prix que je n'aurais jamais pu payer. La gratitude chrétienne plonge plus bas que les circonstances, dans un sol que rien ne peut assécher. Le croyant le plus dépouillé garde de quoi bénir Dieu sans fin, car il possède Christ. Enracinée là, la reconnaissance n'est plus une émotion fragile suspendue au beau temps ; elle devient une source qui coule même sous la sécheresse.
N'allons pas pour autant faire de ce verset un ordre de sourire coûte que coûte. La Bible ignore la reconnaissance forcée qui refoule la douleur. Job bénit Dieu, et pourtant il crie, il questionne, il se lamente sans qu'on le lui reproche. Les psaumes eux-mêmes mêlent l'action de grâce et la plainte dans un même souffle. Rendre grâces en toutes choses, ce n'est donc pas se mentir ; c'est tenir ensemble, devant Dieu, la vérité de ma peine et celle de sa fidélité. On peut pleurer et remercier de la même voix. C'est même souvent dans les larmes que la gratitude se fait la plus pure, parce qu'elle ne s'appuie plus sur rien d'autre que sur lui.
Alors, concrètement, comment cultiver ce regard ? Essayez cette semaine une discipline toute simple : chaque soir, avant de dormir, nommez devant Dieu trois choses reçues dans la journée. Pas de grandes délivrances, plutôt de petites grâces, un pain, un visage, un souffle. Dites-les à voix basse, comme une prière. Peu à peu l'œil s'exerce ; il apprend à repérer le don là où il ne voyait que le dû. Et le jour difficile venu, cet œil entraîné saura encore trouver, dans le noir, la lumière qui reste. La reconnaissance n'est pas un sentiment qu'on attend les bras croisés ; c'est une attention à cultiver, un pas après l'autre.
Peu à peu, vous verrez que la gratitude n'ajoute rien à ce que Dieu a déjà fait ; elle ouvre seulement les yeux sur ce qui était là depuis toujours. Rendre grâces, ce n'est pas fabriquer de la joie à force de volonté, c'est laisser la joie de Christ remonter à la surface de nos jours. Que votre vie devienne peu à peu une longue action de grâce, non parce que tout serait facile, mais parce que Celui qui vous tient ne lâche jamais prise. Là est la volonté de Dieu à votre égard en Jésus-Christ : qu'en toutes choses votre cœur revienne se reposer, reconnaissant, dans la main qui lui a tout donné.
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