L'Esprit Éditorial
Intérieur serein baigné de lumière matinale, table en chêne avec mug artisanal et journal relié en lin

Croissance8 min de lecture

Connaître, et Non Savoir

23 janvier 2026

Intérieur serein baigné de lumière matinale, table en chêne avec mug artisanal et journal relié en lin

« Mais croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. A lui soit la gloire, maintenant et pour l’éternité! Amen! »

2 Pierre 3:18

On peut accumuler des savoirs énormes sur Dieu et le connaître à peine. Le diable en personne, note l'épître de Jacques, sait très bien que Dieu existe, et il en tremble. Il existe donc une façon d'être renseigné sur Dieu qui ne sauve ni ne transforme quiconque, une théologie de la tête jamais descendue jusqu'au cœur. À l'opposé, une vieille croyante qui déchiffre péniblement sa Bible connaît parfois son Seigneur d'une intimité que bien des érudits lui envieraient. C'est que grandir dans la connaissance de Dieu tient moins à l'empilement d'informations qu'à l'approfondissement d'une relation. L'apôtre Pierre referme sa dernière lettre sur cette exhortation, comme un testament : Mais croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. A lui soit la gloire, maintenant et pour l’éternité! Amen!(2 Pierre 3:18)

Le grec distingue ici deux mots que le français réunit sous un seul. Il y a gnōsis, la connaissance générale, l'information ; et il y a epignōsis, le terme choisi par Pierre, une connaissance intensifiée, pleine, qui engage la personne entière. Le préfixe epi- y ajoute l'idée d'un contact direct, d'une main posée sur son objet. On ne passe pas de l'ignorance au savoir, mais du savoir de loin à la connaissance de près. Une ville, on la connaît par un plan ; on la connaît tout autrement quand on y a marché, qu'on en a respiré l'odeur, qu'on s'y est perdu avant de s'y retrouver. La connaissance dont parle Pierre est de cet ordre : moins le résumé d'un dossier sur Dieu que la fréquentation d'une Personne.

Notez que Pierre parle de croissance, non d'acquisition. Le verbe grec, auxanō, est celui de la plante qui pousse, organique, lent, vivant. On ne fabrique pas un arbre et on ne le presse pas en tirant sur ses branches ; on lui donne le temps, l'eau, la lumière, et il grandit de lui-même. Connaître Dieu suit cette loi végétale plutôt qu'une logique de rendement. Nous rêvons d'illuminations soudaines, de percées spectaculaires, quand Dieu, le plus souvent, se laisse connaître comme les saisons donnent le fruit, par une fidélité obscure et répétée. Alors la vraie question n'est pas de savoir si l'on a vécu une expérience extraordinaire, mais si l'on est resté planté au bon endroit, près de la source, assez longtemps pour pousser.

Où pousse cette connaissance ? Là où Dieu s'est fait connaître, dans sa Parole et dans son Fils. Car le verset ne culmine pas sur une idée abstraite de la divinité, mais sur notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. On ne grandit pas auprès d'un Dieu vague et lointain, mais auprès du Dieu qui a un visage. Jésus lui dit: Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe! Celui qui m'a vu a vu le Père; comment dis-tu: Montre-nous le Père?(Jean 14:9), déclare Jésus, et l'Écriture est le lieu où ce visage se laisse contempler. Fréquenter les Évangiles ne revient pas à réviser un catéchisme ; c'est passer du temps avec Quelqu'un jusqu'à reconnaître sa voix, ses silences, sa façon d'aimer. Une théologie qui ne finit pas à genoux s'est trompée d'objet en chemin.

Il y a d'ailleurs un garde-fou magnifique dans la formule : croître dans la grâce et dans la connaissance. Les deux tiennent ensemble, et rien n'est plus voulu. Une connaissance qui grandit sans la grâce enfle et durcit ; elle fabrique ces croyants savants et tranchants qui écrasent les plus petits du haut de leur doctrine. Pour ce qui concerne les viandes sacrifiées aux idoles, nous savons que nous avons tous la connaissance. -La connaissance enfle, mais la charité édifie.(1 Corinthiens 8:1), avertit Paul. La connaissance de Dieu qui est vraie rend humble : plus on approche de la lumière, mieux on voit sa propre ombre ; plus on connaît Dieu, plus on mesure à quel point il nous dépasse. Si notre savoir religieux nous laisse suffisants et durs, ce n'est pas Dieu que nous avons appris à connaître ; c'est nous-mêmes que nous admirons dans le miroir de nos idées.

Concrètement, cette croissance passe par des moyens simples, à la portée de tous. Fréquentez la Parole non pour la maîtriser, mais pour vous laisser rencontrer : lisez lentement, un passage plutôt qu'un chapitre, en demandant moins ce que vous apprenez que qui se montre à vous dans ces lignes. Priez ce que vous lisez, changez le texte en conversation. Acceptez aussi de ne pas tout comprendre ; les mystères qui résistent ne sont pas des échecs, ils signalent qu'on a affaire à Dieu et non à une idole taillée à notre mesure. Et connaissez-le dans la durée d'une vie confiante : on éprouve la fidélité de Dieu en s'y fiant, ses promesses en s'appuyant dessus. Une connaissance acquise sans avoir jamais rien risqué en reste au livre.

Pierre s'achève sur une doxologie, et ce n'est pas ornemental : « À lui soit la gloire, maintenant et pour l'éternité ! » Voilà le terme de toute connaissance de Dieu digne de ce nom : non la fierté d'avoir compris, mais l'adoration de Celui qu'on n'aura jamais fini de découvrir. Bonne nouvelle pour le débutant comme pour le théologien chevronné : personne n'est arrivé, tous sont en marche, et l'éternité elle-même sera une croissance sans fin dans la connaissance d'un Dieu inépuisable. Commencer aujourd'hui, si modestement que ce soit, c'est entrer dans ce mouvement qui ne s'arrêtera plus. Ne cherchez donc pas d'abord à savoir davantage ; cherchez à connaître Celui qui, en Christ, s'est déjà tout entier donné à connaître, et qui vous attend, patient, au seuil de sa Parole.