Vie Quotidienne — 8 min de lecture
L'Autorité Parentale, Exercée avec Tendresse
25 décembre 2024

« Pères, n'irritez pas vos enfants, de peur qu'ils ne se découragent. »
Le mot autorité a mauvaise presse. On l'associe vite à la domination, au caprice du plus fort, à l'écrasement des faibles, et l'histoire fournit hélas de quoi nourrir cette méfiance. Beaucoup de parents, marqués par une enfance sous une main trop dure, se jurent de ne pas répéter cela. L'intention est bonne. Mais à trop vouloir fuir la tyrannie, certains renoncent à toute autorité et laissent l'enfant sans cadre, livré à ses impulsions comme à une mer sans rivage. Un enfant sans autorité n'en est pas plus libre ; il est plus angoissé, puisque c'est à lui, tout petit, de tout décider. La vraie question n'est pas d'avoir ou non de l'autorité. C'est de savoir d'où elle vient et vers quoi elle mène.
L'Écriture ne demande pas aux parents d'abdiquer ; elle leur demande de veiller à la manière. Pères, n'irritez pas vos enfants, de peur qu'ils ne se découragent.(Colossiens 3:21)
, écrit Paul aux Colossiens. Le verbe grec qu'il emploie, erethizô, veut dire « exciter, provoquer sans relâche », comme on aiguillonne une bête jusqu'à l'épuisement. Et le dernier mot est saisissant : athumeô, littéralement perdre son thumos, son souffle, son élan, le ressort du dedans. Paul décrit un enfant éteint, chez qui les reproches répétés ont fini par briser cet élan. Voilà ce que peut produire une autorité mal exercée : pas un rebelle bruyant, mais quelque chose de plus triste, un cœur découragé qui n'essaie même plus.
D'où vient l'autorité parentale ? Elle est déléguée, elle ne nous appartient pas en propre. Nul père, nulle mère ne possède ses enfants ; on les reçoit en dépôt de Celui à qui sont les cieux et la terre. Cela change tout. Une autorité qu'on croit posséder glisse vite vers le caprice : je commande parce que je suis le plus fort. Une autorité qu'on sait reçue devient service : je conduis parce que Dieu m'a confié cette âme, et j'aurai à lui en répondre. Le parent chrétien n'est pas le propriétaire de l'enfant ; il en est l'intendant. Cette conscience ne rend pas mou. Elle rend responsable, et responsable devant plus grand que soi, ce qui ferme la porte aussi bien à la démission qu'à la dureté.
La tendresse, souvent, on s'en méfie : ne va-t-elle pas amollir l'autorité, lui ôter sa fermeté ? C'est mal la comprendre. Être tendre, ce n'est pas être incapable de dire non ; c'est la chaleur qu'on met à le dire. Regardez le berger d'Ésaïe : il tient la houlette qui défend et le bâton qui redresse, et pourtant l'Écriture le montre prenant les agneaux dans ses bras, les serrant contre lui, menant tout doucement les brebis qui allaitent. En Dieu, la force et la douceur ne se combattent pas, elles vont ensemble. De même, un parent peut poser une limite ferme d'une voix posée, tenir sa décision sans crier, reprendre sans humilier. La fermeté dit à l'enfant : le réel a des lois. La tendresse ajoute : et tu es aimé à l'intérieur de ces lois. Il lui faut les deux.
Deux fossés bordent le chemin. À droite, la rigidité : le parent qui a raison sur tout, ne cède jamais, confond obéissance et soumission, et obtient à la fin un enfant docile mais éteint, ce découragement même que Paul redoute. À gauche, la permissivité : le parent qui, par peur du conflit ou par lassitude, laisse tout passer et abandonne son enfant à l'angoisse de n'avoir aucun appui. Les deux fossés se ressemblent plus qu'on ne pense : chaque fois, c'est le confort de l'adulte qui prime sur le bien de l'enfant, la tranquillité de l'ordre imposé ou celle du renoncement. La tendresse ferme est le sentier étroit entre ces deux facilités, et, comme tout sentier étroit, il faut y revenir chaque jour.
En pratique, quelques repères aident à tenir la ligne. Décider à froid plutôt qu'à chaud : une règle posée dans le calme vaut mieux qu'une sanction lâchée sous le coup de la colère. Expliquer le pourquoi à mesure que l'enfant grandit, car une autorité qui éclaire forme le jugement, là où une autorité qui se contente de « c'est comme ça » ne forme que la crainte. Réparer vite après l'orage : un geste, un mot, un jeu partagé qui redisent, une fois la correction passée, que le lien tient. Et fuir le sarcasme, cette arme qui blesse sans jamais rien apprendre. L'enfant oublie souvent la règle ; il n'oublie pas le ton sur lequel on la lui a dite.
Reste que nul parent ne tient parfaitement cet équilibre. Nous sommes tour à tour trop durs et trop lâches, et nos enfants s'en aperçoivent. Là encore, l'Évangile nous devance : nous avons un Père qui, lui, allie sans faille la fermeté et la tendresse. Il ne transige pas avec le mal, la croix en témoigne, et pourtant, Comme un père a compassion de ses enfants, L'Éternel a compassion de ceux qui le craignent.(Psaumes 103:13)
. Contempler ce Père-là guérit peu à peu notre autorité de ses excès : qui se sait aimé et repris par Dieu n'a plus besoin d'écraser pour se rassurer, ni de tout lâcher pour être aimé. Il peut enfin conduire ses enfants comme il est lui-même conduit, d'une main ferme et d'un cœur doux.
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