L'Esprit Éditorial

Prière

Prier avant une Décision Importante

Devant un choix qui engage toute une vie, deux réflexes nous guettent : décider seul, ou demander à Dieu de valider une décision déjà prise. Les Proverbes ouvrent un troisième chemin.

Prière7 min de lecture

29 décembre 2024

Mug en grès moucheté, mi-crème mi-bleu profond, posé sur un journal de lin devant une fenêtre ensoleillée, vapeur s’élevant doucement
Mug en grès moucheté, mi-crème mi-bleu profond, posé sur un journal de lin devant une fenêtre ensoleillée, vapeur s’élevant doucement

« Confie-toi en l’Éternel de tout ton cœur, Et ne t’appuie pas sur ta sagesse ; Reconnais-le dans toutes tes voies, Et il aplanira tes sentiers. »

Proverbes 3:5-6

Un jour ou l'autre, chacun se retrouve devant une porte qu'il faudra franchir sans rien voir de l'autre côté : accepter ce poste, déménager, s'engager dans un mariage, arrêter un traitement, répondre oui ou non à une main tendue. La décision presse, l'avenir se dérobe, et deux tentations montent ensemble. La première, décider seul, à la seule force du raisonnement, en alignant les avantages et les risques comme si tout se calculait. La seconde a l'air plus pieuse : prier vite fait pour décrocher un feu vert, faire de Dieu le tampon qui valide un choix déjà arrêté. Les deux se ressemblent plus qu'on ne l'imagine, car dans un cas comme dans l'autre c'est moi qui tiens la barre. La Parole ouvre un tout autre chemin, plus déroutant, mais aussi plus reposant.

Proverbes tient ce chemin en quatre lignes, au chapitre 3 : Confie-toi en l’Éternel de tout ton cœur, Et ne t’appuie pas sur ta sagesse ; Reconnais-le dans toutes tes voies, Et il aplanira tes sentiers.(Proverbes 3:5-6) Le verbe hébreu traduit par confie-toi, batah, ne dit pas d'abord un sentiment ; il dit un geste : mettre tout son poids sur un appui, comme on se laisse tomber en arrière en pariant que le siège tiendra. Se confier, ce n'est pas espérer dans le vague, c'est reporter la charge de la décision sur un autre que soi. Et le texte en précise l'ampleur, de tout ton cœur, pas seulement la part prudente qu'on remettrait à Dieu en gardant le reste sous le coude.

Vient aussitôt la contrepartie : ne t'appuie pas sur ta sagesse. Gardons-nous d'y entendre un mépris de l'intelligence, car le livre des Proverbes est du début à la fin un éloge de la sagesse. Ce que le texte interdit n'est pas de réfléchir, mais de faire de sa propre réflexion l'appui dernier, la poutre maîtresse qui porterait tout le toit. Peser, consulter, aligner les pour et les contre, très bien. Seulement, quand ma décision repose tout entière sur ma seule lucidité, elle repose sur un appui trop court. Ma sagesse n'aperçoit qu'un coin du tableau ; elle ne connaît pas demain et, souvent, se ment à elle-même. Prier avant de décider, c'est déplacer l'appui, de ma clairvoyance vers la fidélité de Dieu.

La troisième ligne élargit encore : reconnais-le dans toutes tes voies. Toutes, et pas seulement aux grands carrefours qui font trembler. Le mot rendu par reconnais évoque le fait de connaître Dieu, de faire route avec lui jusque dans le détail le plus ordinaire des chemins. Qui n'a marché avec Dieu que dans les décisions minuscules saura où le chercher le jour où tombera la décision qui fait peur. La prière des grands tournants ne s'improvise pas le moment venu ; elle mûrit d'une familiarité tissée mille matins plus tôt. Au moment du choix, on ne rencontre pas un inconnu ; on retrouve Celui qu'on fréquentait déjà.

Reste la question qui brûle : concrètement, Dieu va-t-il me dire oui ou non ? Soyons honnêtes. La prière n'est pas une machine à produire des réponses ; le plus souvent, elle commence par transformer celui qui prie avant d'éclairer quoi que ce soit. À prier une décision, on voit remonter ses vrais motifs : la peur qui se déguise en prudence, l'orgueil qui se prend pour un appel, l'avidité qui se maquille en belle occasion. Dieu façonne le décideur bien plus qu'il ne dicte la décision. Jésus lui-même l'a vécu à Gethsémané, priant devant la plus lourde décision de toutes ; il ne demande pas d'y voir clair dans son calcul, il demande que la volonté du Père soit faite, et non la sienne. La prière juste ne court pas d'abord après la bonne option ; elle cherche à vouloir ce que Dieu veut.

Comment prier, alors, une décision qui approche ? D'abord en se donnant du temps, car la précipitation fait rarement bon ménage avec le discernement ; on répète d'ailleurs volontiers aux nouveaux convertis, si prompts à vouloir agir, d'être raisonnables et de réfléchir posément devant Dieu. Ensuite en ouvrant l'Écriture, non pour y pêcher au hasard un verset qui ferait signe, mais pour laisser la Parole former peu à peu le jugement. Puis en parlant à des frères et sœurs affermis, car Dieu a placé le croyant dans une famille, au milieu d'anciens et de fidèles, justement pour que personne n'ait à discerner seul. Et l'on pose tout projet sous la clause que Jacques recommande au chapitre 4 : si le Seigneur le veut, nous ferons ceci ou cela. Rien d'une superstition ; simplement l'aveu que l'avenir lui appartient.

Le proverbe s'achève sur une promesse toute sobre : il aplanira tes sentiers. Ce qui ne veut pas dire qu'il t'épargnera les montées, ni qu'il te fera parvenir du ciel un plan détaillé. Cela veut dire qu'à mesure que tu avanceras en te confiant, le chemin se laissera parcourir. Le berger marche devant ses brebis ; elles ne voient pas la route, elles suivent une voix. Et derrière cette promesse se tient une décision que nous n'avons pas eu à prendre : celle du Fils qui, à Gethsémané puis à la croix, a choisi pour nous le sentier que nous n'aurions jamais su tracer. Nous ne prions pas nos décisions devant un Dieu lointain, en attente de nos performances, mais devant un Père qui a déjà tout donné. C'est là, dans cette grâce, que la peur de mal choisir peut enfin se déposer.