
Croissance — 8 min de lecture
La confiance quand Dieu tarde à répondre
30 juin 2024
Gros plan d’un livre ancien relié de cuir et d’une simple croix de bois posés sur un lin texturé, dans une lumière chaude et tamisée
« Espère en l'Éternel ! Fortifie-toi et que ton cœur s'affermisse ! Espère en l'Éternel ! »
Il y a une souffrance particulière dans l'attente, celle du croyant qui a prié longtemps et qui n'entend rien revenir. Le ciel paraît de bronze, la réponse tarde, et le silence finit par ressembler à un abandon. Beaucoup connaissent cette saison où la foi ne s'écroule pas d'un coup ; elle s'effrite lentement, question après question. David, cet homme selon le cœur de Dieu, a traversé ces heures-là. Regardez comment se termine le Psaume 27. Aucune réponse n'y est encore donnée. À la place, David se commande quelque chose à lui-même, Espère en l'Éternel ! Fortifie-toi et que ton cœur s'affermisse ! Espère en l'Éternel !(Psaumes 27:14)
. Il ne s'ordonne pas de comprendre. Il s'ordonne d'espérer. Et déjà quelque chose bouge en lui : l'Écriture ne promet pas d'expliquer chaque délai, elle nous garde tournés vers Celui qui n'a rien oublié de nos larmes.
Le mot que David emploie mérite qu'on s'y arrête. Derrière « espère » se cache le verbe hébreu qavah, dont la racine évoque une corde que l'on tend. Espérer, dans la Bible, ce n'est pas patienter mollement en haussant les épaules ; c'est se tendre vers Dieu comme un câble sous tension, tout orienté vers lui. L'attente dont parle l'Écriture n'a donc rien de passif. Elle est une posture de l'âme qui refuse de lâcher prise. C'est pourquoi le texte ne dit pas « résigne-toi », il dit « espère », et le mot n'est pas le même. Le résigné baisse les bras ; celui qui espère garde les yeux levés. Quand Dieu tarde, notre foi n'a pas à s'anesthésier ; elle a plutôt à se tendre davantage vers la promesse, comme cette corde qui porte d'autant mieux qu'elle est tendue.
L'histoire du salut est tissée d'attentes. Abraham a espéré vingt-cinq ans avant de tenir Isaac. Joseph a langui des années dans une prison d'Égypte avant que le songe s'accomplisse. Israël a gémi sous le fouet avant que Dieu descende le délivrer. Chaque fois, le délai cachait une gestation plutôt qu'un oubli. Dieu ne nous fait pas attendre pour le plaisir de nous éprouver ; il prépare dans le secret une réponse plus large que celle que nous réclamions. Nous demandions une issue ; il façonnait un peuple. Nous voulions un soulagement rapide, il forgeait une foi capable de tenir dans la durée. Nos prières ne se perdent pas en chemin. Elles rejoignent simplement un dessein qui nous dépasse, réglé sur un autre calendrier que le nôtre.
Cette confiance n'interdit pourtant pas la plainte. La Bible fait une large place au cri, et le même David qui s'exhorte à espérer a aussi osé demander : Jusques à quand, Éternel! m’oublieras-tu sans cesse? Jusques à quand me cacheras-tu ta face?(Psaumes 13:2)
. Porter sa lassitude devant Dieu n'est pas un manque de foi ; continuer de lui parler quand on ne comprend plus en est même une preuve. Les psaumes ne nous apprennent pas à masquer notre découragement sous une piété de façade. Ils nous apprennent à le déposer honnêtement aux pieds du Seigneur. Job n'a reçu aucune explication à ses malheurs, et il a pourtant continué de s'adresser à Dieu. Attendre vraiment, ce n'est pas attendre sans larmes ; c'est une plainte qui refuse de couper le lien.
Il faut oser le dire simplement : le retard de Dieu ne mesure pas son amour. Nous lisons volontiers le silence comme un verdict ; s'il ne répond pas, pensons-nous, c'est qu'il me tient à distance. L'Évangile prend le contre-pied de ce raisonnement. Quand Lazare mourut, Jésus resta délibérément deux jours de plus là où il se trouvait, alors même qu'il aimait cette famille. Ce délai n'était pas de l'indifférence ; il ménageait la place d'une résurrection. Bien souvent, ce que nous prenons pour l'absence de Dieu est l'espace qu'il se donne pour une œuvre plus grande. Croire, c'est tenir que Celui qui se tait est encore à l'ouvrage, et que son silence, loin d'être vide, est habité.
C'est à la croix que cette confiance trouve son ancre. À Gethsémané, le Fils lui-même a demandé que la coupe s'éloigne, et le ciel ne l'a pas retirée. Sur le bois, il a crié : Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte: Éli, Éli, lama sabachthani? c’est-à-dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?(Matthieu 27:46)
, et le Père a paru se taire. Dans ce silence apparent se jouait pourtant le salut du monde. Trois jours plus tard, le tombeau vide répondait à tout. Nous tenons là notre assurance : Dieu a laissé son propre Fils traverser le plus terrible des délais afin que jamais notre attente ne tourne au désespoir. S'il n'a pas épargné Christ mais l'a livré pour nous tous, comment refuserait-il de nous donner encore, avec lui, toutes choses ? Ce que nous attendons repose sur une réponse déjà donnée, celle de la résurrection.
Attendre Dieu n'est pas un mérite qui lui arracherait sa réponse ; c'est un repos posé sur une fidélité déjà prouvée. Nous n'espérons pas pour mériter quoi que ce soit, nous espérons parce que la grâce nous a déjà rejoints en Christ. Cette semaine, au lieu de mesurer la distance entre ta prière et sa réponse, retourne-toi vers ce qu'il a déjà fait. Relis un passage où Dieu a tenu parole. Nomme devant lui une délivrance passée. Puis confie-lui de nouveau ce que tu attends, sans lui dicter le calendrier. L'attente cesse alors d'être seulement une épreuve à subir ; elle devient une confiance à exercer. Espère en l'Éternel ! Fortifie-toi et que ton cœur s'affermisse ! Espère en l'Éternel !(Psaumes 27:14)
, se répétait David. Répète-le à ton tour, non parce que tu vois déjà la réponse, mais parce que tu connais Celui qui la donne.
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