Prière
La Prière du Matin : Remettre le Jour à Dieu
Les premières minutes du jour appartiennent à celui qui s’en empare. Avant l’écran et le tumulte, une autre manière de commencer : remettre le jour à Dieu avant qu’il ne commence.
Prière — 6 min de lecture
29 août 2025

« Fais-moi dès le matin entendre ta bonté ! Car je me confie en toi. Fais-moi connaître le chemin où je dois marcher ! Car j’élève à toi mon âme. »
Les premières minutes du jour appartiennent à qui s’en empare. Le plus souvent, c’est l’écran qui gagne : à peine éveillés, avant même d’avoir pensé, nous tendons la main vers le téléphone, et le flot des nouvelles, des messages et des tracas se déverse dans un esprit encore sans défense. Ce qu’on touche en premier, le matin, donne le ton au reste. Nos aînés dans la foi le savaient bien. Leur première démarche n’était pas de s’informer ; c’était de se tourner vers Dieu. Remettre le jour à Dieu avant qu’il commence n’a rien d’un supplément de piété réservé aux âmes disponibles ; c’est décider qui tiendra la barre. Le psalmiste l’a dit une fois pour toutes, dans un cri monté du fond de la détresse : Fais-moi dès le matin entendre ta bonté ! Car je me confie en toi. Fais-moi connaître le chemin où je dois marcher ! Car j’élève à toi mon âme.(Psaumes 143:8)
Ce verset n’est pas la prière tranquille d’un homme reposé. Le psaume 143 est un appel au secours. David y décrit un ennemi qui poursuit son âme, la piétine et le contraint d’habiter dans les ténèbres. C’est de ce fond-là qu’il réclame le matin. Contrairement à ce que suggèrent nos images pieuses, la prière matinale n’est pas d’abord le privilège des gens sereins ; elle est l’arme des assiégés. Celui qui a passé une nuit blanche à ressasser ses angoisses comprend ce verset mieux que celui dont tout va bien. Fais-moi dès le matin entendre ta bonté : la demande vient de quelqu’un qui a besoin, dès qu’il ouvre les yeux, d’entendre une autre voix que celle de ses peurs. Le matin est le premier champ de bataille de la journée.
Arrêtons-nous sur ce mot, « ta bonté ». L’hébreu dit hesed, l’un des termes les plus riches de tout l’Ancien Testament. Il ne nomme pas une humeur bienveillante et passagère, mais l’amour fidèle de l’alliance, cette loyauté tenace par laquelle Dieu s’attache aux siens sans les lâcher. Et l’Écriture rattache justement ce hesed au matin, comme le chante le prophète dans les Lamentations : Les bontés de l'Éternel ne sont pas épuisées, Ses compassions ne sont pas à leur terme; Elles se renouvellent chaque matin. Oh! que ta fidélité est grande!(Lamentations 3:22-23)
Voilà pourquoi le matin est l’heure juste de cette prière. Chaque aube apporte une livraison neuve de fidélité, un réapprovisionnement de grâce qui attend une seule chose, d’être reçu. Prier le matin ne fabrique pas la bonté de Dieu à force d’effort ; c’est venir en prendre sa part, toute fraîche, comme la manne qu’on ne pouvait garder d’un jour sur l’autre.
Fais-moi dès le matin entendre ta bonté ! Car je me confie en toi. Fais-moi connaître le chemin où je dois marcher ! Car j’élève à toi mon âme.(Psaumes 143:8)
Remettre le jour à Dieu, c’est précisément cela : lui confier la route avant de l’avoir parcourue. On ne lui présente pas un plan déjà bouclé en le priant de le bénir ; on lui ouvre les mains sur des heures encore vierges, avec leurs décisions imprévues, leurs rencontres, leurs tentations. Au réveil, nul ne sait ce que la journée réclamera de patience, de courage ou de renoncement. La prière du matin ne devine pas l’avenir, elle le dépose. Élever son âme, selon l’image du psaume, c’est la soulever comme une offrande, la tendre vers le haut avant que mille mains ne se la disputent. Le croyant qui a remis son jour n’avance pas sans surprises, mais il avance accompagné, et cela change tout.
Concrètement, à quoi cela ressemble-t-il ? À beaucoup moins qu’on ne le redoute. Nul besoin de dénicher une heure introuvable ; il suffit de renverser un ordre. Quelques minutes avant l’écran, une nouvelle plus ancienne et plus sûre avant les nouvelles du monde. On peut lire un psaume sans se presser, en laisser une phrase descendre, puis confier à Dieu trois choses toutes simples : voici ma journée, voici ce que je redoute, garde-moi fidèle. Ce qui compte n’est pas la longueur, c’est la direction. Cinq minutes vraiment tournées vers lui valent mieux qu’une demi-heure distraite et culpabilisée. Même les matins pressés comptent, ceux où l’on murmure une phrase en enfilant son manteau : la fidélité tient à la constance, non à l’intensité. Un petit rendez-vous tenu vaut mieux qu’un grand rêvé.
Encore faut-il éviter un piège : transformer la prière du matin en devoir dont on s’acquitte, en case à cocher pour avoir la conscience en règle. Le psalmiste ne coche rien, il cherche un visage. Éternel! le matin tu entends ma voix; le matin je me tourne vers toi, et je regarde.(Psaumes 5:4)
Se tourner : le mot dit une relation, pas une obligation. Le Père que nous prions au réveil n’attend pas une performance religieuse ; il attend l’enfant qui vient, encore ensommeillé, se blottir un instant avant l’agitation. Certains matins seront lumineux, d’autres arides et sans saveur, peu importe. Ce qui se joue n’est pas la qualité de notre ressenti, c’est la réalité du rendez-vous. On ne remet pas son jour à un principe ni à une discipline ; on le remet à Quelqu’un qui nous appelle par notre nom et nous attend à chaque aube.
Il est frappant que Jésus lui-même, dont on aurait pu croire qu’il n’en avait nul besoin, se levait avant le jour pour se retirer et prier. Si le Fils a cherché dès le matin la présence du Père, à combien plus forte raison nous, ses frères et sœurs. Retenons surtout ceci : nous ne remettons pas notre jour à un maître exigeant qui pèsera chacune de nos heures, mais au Sauveur qui les a déjà rachetées. La prière du matin ne se gagne pas, elle se reçoit, comme tout ce qui vient de la grâce. Alors demain, avant l’écran et le tumulte, tentez ce seul geste : ouvrez les mains et dites, avec le psalmiste, j’élève à toi mon âme. Vous ne prendrez pas par là le contrôle de votre journée ; vous la confierez à Celui qui la tient déjà.
À lire ensuite
Toutes les dévotions
L'Art du Journaling Spirituel
Comment structurer vos pensées et vos prières à travers l'écriture pour une connexion plus profonde et authentique.

Prier quand Dieu se Tait
Il y a des saisons où la prière ressemble à une lettre sans réponse. Les psalmistes ont connu ce silence — et ils ont continué d’écrire. Leur audace peut devenir la nôtre.

Les Soupirs que Dieu Entend
Il y a des jours où l’on ne sait plus quoi dire à Dieu, ni même quoi demander. Paul affirme que c’est précisément là que la prière la plus profonde commence.