L'Esprit Éditorial

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Le Collègue Injuste et la Grâce de Supporter

22 juillet 2026

Livre ouvert sur une table en bois clair, baigné d'une douce lumière matinale, avec une tasse de café fumante

« Car c'est une grâce que de supporter des afflictions par motif de conscience envers Dieu, quand on souffre injustement. »

1 Pierre 2:19

Peu de lieux mettent notre foi à l’épreuve autant que le travail. On peut y donner le meilleur de soi et voir un autre récolter le crédit. On peut y obéir à un supérieur injuste, essuyer des remarques imméritées, subir une ambiance où la loyauté ne paie pas. Le soir, on rentre avec ce goût amer de l’injustice tue, cette envie de rendre coup pour coup, ou au moins de claquer la porte. C’est une souffrance très ordinaire, rarement dramatique, mais qui use à petit feu. Et l’on se demande où est Dieu dans ces heures grises passées sous un mauvais chef ou au milieu de collègues déloyaux. La première lettre de Pierre a été écrite précisément pour ces situations-là.

Pierre s’adresse d’abord à des serviteurs, dont beaucoup avaient des maîtres durs et déraisonnables. Et il écrit cette phrase difficile : Car c'est une grâce que de supporter des afflictions par motif de conscience envers Dieu, quand on souffre injustement.(1 Pierre 2:19) Le mot qu’il emploie pour qualifier cette endurance est charis, le mot même de la grâce. Supporter une injustice par égard pour Dieu, dit-il, c’est une grâce, quelque chose de beau aux yeux du Ciel. Comprenons bien : Pierre ne dit pas que l’injustice est bonne, ni qu’il faut se taire devant tout abus. Il dit que la manière dont un croyant traverse une injustice qu’il ne peut pas changer peut devenir un lieu où la grâce se manifeste, un témoignage silencieux plus fort que mille protestations.

Car tout le monde supporte bien d’être traité injustement quand on n’a pas le choix, en serrant les dents et en ruminant. Ce que Pierre décrit est autre chose : supporter par motif de conscience envers Dieu. La différence est intérieure. Ce n’est pas la résignation de celui qui ne peut rien faire ; c’est le choix libre de celui qui remet sa cause plus haut. Il ne subit pas seulement son chef, il sert d’abord un autre Maître. Cela change tout, car son estime de soi ne dépend plus de la reconnaissance qu’on lui refuse. Il travaille comme le dit Paul : Tout ce que vous faites, faites-le de bon coeur, comme pour le Seigneur et non pour des hommes,(Colossiens 3:23)

Voilà qui libère du besoin maladif d’être reconnu par les hommes. Le mérite volé, le compliment jamais reçu, la promotion donnée à un autre font toujours mal, mais leur pouvoir sur nous s’affaiblit quand on sait que le vrai regard, celui qui compte, voit tout et n’oublie rien. Dieu tient une comptabilité juste là où les hommes en tiennent une fausse. L’employé fidèle et ignoré n’est pas oublié du Ciel ; son travail bien fait dans l’ombre est vu, pesé, et gardé. Il n’a pas besoin de se venger ni de se plaindre sans fin, parce que sa récompense n’est pas au pouvoir de son chef.

Le fondement de tout cela, Pierre le donne aussitôt après : le Christ lui-même. Injurié, il ne rendait pas l’injure ; maltraité, il ne menaçait pas, mais il s’en remettait à Celui qui juge justement. Voilà le modèle. Non un stoïcien qui refoule, mais un Sauveur qui, subissant l’injustice suprême, l’a remise entre les mains de son Père au lieu de la reprendre par la force. Quand je supporte un collègue déloyal sans lui rendre sa déloyauté, je ne fais pas seulement preuve de patience ; je marche sur les traces de mon Seigneur, et je laisse entrevoir, au bureau, quelque chose de sa manière d’être.

Attention pourtant à ne pas transformer ce texte en une invitation à tout accepter. Supporter une injustice ne veut pas dire couvrir un abus grave, se laisser détruire ou renoncer à tout recours légitime ; la sagesse sait parfois parler, poser une limite, ou changer de situation. Ce que Pierre vise, c’est l’attitude du cœur au milieu des injustices ordinaires qu’on ne peut pas toujours éviter. Cette semaine, il s’agit peut-être simplement de faire son travail avec soin même là où on ne vous en saura aucun gré, de refuser de rendre la mesquinerie par la mesquinerie, et de remettre chaque soir à Dieu ce qui vous a été volé. Ce que les hommes ne voient pas, Lui le voit. Et cela suffit.