Méditation
Marie Repassait Ces Choses dans son Cœur

« Marie gardait toutes ces choses, et les repassait dans son coeur. »
La nuit de Bethléhem est pleine de bruit et de mouvement. Les bergers accourent, racontent ce que les anges leur ont dit, s'en retournent en glorifiant Dieu ; tous ceux qui les entendent s'étonnent. Et au milieu de cette effervescence, Luc pose une note d'un tout autre registre, presque un silence : Marie gardait toutes ces choses, et les repassait dans son coeur.(Luc 2:19)
Pendant que les autres parlent et s'émerveillent bruyamment, Marie, elle, se tait et recueille. Le contraste est voulu. Il y a une manière de recevoir les choses de Dieu qui passe par la parole partagée, et une autre, complémentaire, qui passe par le silence gardé.
Les deux verbes que Luc emploie méritent qu'on s'y arrête. Le premier, traduit par « gardait », dit une conservation soigneuse, le fait de mettre à l'abri un trésor pour ne pas le perdre. Le second, « repassait », traduit un verbe grec, symballo, qui signifie littéralement mettre ensemble, rapprocher, confronter. Marie ne se contente pas de conserver les événements ; elle les rapproche les uns des autres, elle relie la parole de l'ange, le chant des bergers, l'enfant dans la crèche, et cherche à en saisir le sens. C'est exactement le geste de la méditation biblique : recueillir la Parole, la retourner, mettre les pièces ensemble jusqu'à ce que la lumière se fasse.
Voilà qui nous instruit sur ce qu'est méditer. Il ne s'agit pas de se vider l'esprit, mais tout au contraire de le remplir et de travailler ce qu'on a reçu. Marie ne comprend sans doute pas encore tout ce qui se passe ; le sens de ces événements ne se déploiera que peu à peu, jusqu'à la croix et au-delà. Mais elle ne laisse rien tomber. Elle garde, elle rumine, elle attend que le temps et Dieu éclairent ce qu'elle ne saisit pas encore. La méditation est cette patience du cœur qui conserve la Parole sans exiger d'en avoir aussitôt la clef.
Il y a là une grâce pour nous qui voulons tout comprendre immédiatement. Combien de fois lisons-nous un passage de l'Écriture, n'en tirons rien sur le moment, et passons à autre chose, comme si ce qui ne nous parle pas tout de suite ne valait pas d'être gardé. Marie nous apprend l'inverse : garder même ce qu'on ne comprend pas encore, le déposer dans son cœur, le reprendre plus tard. Bien des paroles de Dieu ne livrent leur sens qu'après avoir longtemps séjourné en nous. Le psalmiste le disait à sa façon : Je serre ta parole dans mon coeur, Afin de ne pas pécher contre toi.(Psaumes 119:11)
Serrer la Parole dans son cœur, c'est se constituer une réserve pour les jours où l'on en aura besoin.
Ce geste, Luc nous dit que Marie l'a répété. Bien plus tard, après avoir retrouvé son fils de douze ans dans le temple sans comprendre sa réponse, l'évangéliste note de nouveau : Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait toutes ces choses dans son coeur.(Luc 2:51)
Ce n'était donc pas l'émotion d'un soir, mais une habitude du cœur, une manière constante d'accueillir ce que Dieu faisait. Marie n'a pas tout compris de son fils du premier coup ; elle a cheminé, gardant et repassant, jusqu'à se tenir au pied de la croix. Sa méditation a été le travail de toute une vie, non l'illumination d'un instant.
Et remarquons sur quoi se pose ce cœur qui médite : sur Christ. Ce que Marie garde et retourne, ce ne sont pas des idées vagues ni des sensations, ce sont les événements de la venue du Sauveur, la personne de son fils. La méditation chrétienne a toujours ce centre. Elle ne tourne pas à vide autour d'elle-même ; elle recueille et rumine ce que Dieu a dit et fait en Jésus. C'est en gardant Christ dans son cœur que Marie a été formée, et c'est en le gardant dans le nôtre que nous le serons aussi.
Cette semaine, prends une parole de l'Évangile et fais-en ce que Marie faisait des siennes. Ne l'avale pas pour passer vite au suivant ; garde-la, mets-la de côté comme un trésor, et repasse-la dans ton cœur au fil de la journée, en la reliant à ta vie, à d'autres textes, à ce que tu connais déjà de Christ. Redis, en la recevant : Marie gardait toutes ces choses, et les repassait dans son coeur.(Luc 2:19)
Tu n'as pas besoin de tout comprendre aujourd'hui. Il te suffit de garder et de ruminer ; le sens viendra, en son temps, comme il est venu pour celle qui a gardé, la première, le mystère de l'enfant de Bethléhem.
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