L'Esprit Éditorial

Méditation

Plus que les Gardes n'Attendent le Matin

29 juillet 20267 min de lecture
Paysage minimaliste à l'aube, brume douce sur des collines baignées d'une lumière dorée

« Mon âme compte sur le Seigneur, Plus que les gardes ne comptent sur le matin, Que les gardes ne comptent sur le matin. »

Psaumes 130:6

Le Psaume 130 ne fait pas semblant. Il ne commence pas dans la lumière, mais tout en bas : Cantique des degrés. Du fond de l'abîme je t'invoque, ô Éternel!(Psaumes 130:1) L'image dit la détresse la plus profonde, celle où l'on se sent submergé, coulé, hors de portée de toute main. Beaucoup de croyants connaissent ces fonds-là, ces nuits où la prière elle-même semble ne plus remonter à la surface. Le psaume ne les contourne pas ; il part de là. Et c'est déjà une grâce que la Bible mette dans notre bouche des mots pour crier depuis l'abîme, sans nous demander de faire d'abord bonne figure.

Or, du fond de cet abîme, le psalmiste fait quelque chose de remarquable : il attend. J'espère en l'Éternel, mon âme espère, Et j'attends sa promesse.(Psaumes 130:5) Il ne se débat pas dans tous les sens, il ne cherche pas à se hisser seul hors du gouffre par ses propres forces. Il espère, et son espérance a un appui : la promesse de Dieu. Le verbe hébreu de l'attente, qavah, évoque une corde que l'on tend, une âme tendue vers ce qui vient. Attendre l'Éternel, ce n'est pas patienter dans le vide, c'est se tendre vers Lui, tout entier orienté vers une parole donnée qui n'a pas encore accompli sa promesse mais qui l'accomplira.

Le psaume trouve alors son image la plus belle, une image de veilleur : Mon âme compte sur le Seigneur, Plus que les gardes ne comptent sur le matin, Que les gardes ne comptent sur le matin.(Psaumes 130:6) Il faut avoir passé une nuit blanche pour la comprendre. Le garde posté sur les remparts, dans le froid et l'obscurité, ne doute pas que le matin viendra. Il ne le fabrique pas, il ne peut ni le hâter ni le retenir ; il l'attend, avec la certitude tranquille de celui qui sait que l'aube est sûre. Ainsi le croyant dans sa nuit. Son attente n'est pas un pari incertain ; elle est aussi assurée que le lever du soleil. Le matin de Dieu n'a jamais manqué de venir ; il est seulement, parfois, plus lent que notre impatience.

Cette répétition, « plus que les gardes ne comptent sur le matin, que les gardes ne comptent sur le matin », n'est pas une maladresse. Le psalmiste redit la phrase parce que c'est ainsi que l'on tient dans la nuit : en se répétant la promesse, en la ruminant, en la reprenant jusqu'à ce qu'elle porte. Voilà la méditation biblique dans sa forme la plus nue. On ne se vide pas l'esprit pour supporter l'attente ; on remplit l'attente d'une parole que l'on ressasse à dessein, jusqu'à ce que le cœur épuisé finisse par s'y appuyer.

Soyons justes : la nuit de l'âme peut être longue, et ce psaume ne promet pas une aube pour le lendemain matin. Le veilleur, lui aussi, a des heures à tenir avant que le ciel pâlisse. L'espérance chrétienne n'est pas l'assurance d'une délivrance immédiate ; elle est la certitude que le matin viendra, sans qu'on nous dise toujours à quelle heure. Ceux qui traversent ces nuits n'ont pas besoin qu'on minimise leur obscurité ; ils ont besoin qu'on leur rappelle, doucement, que l'obscurité n'est pas la fin, et que Celui qu'ils attendent est fidèle.

Sur quoi cette certitude repose-t-elle ? Le psaume ne s'appuie pas sur la vertu du priant, mais sur le pardon de Dieu, car un peu plus haut il a confessé : si tu gardais le souvenir des iniquités, qui pourrait subsister ? Son espérance tient parce que Dieu, lui, rachète. Et ce rachat a un nom pour nous. L'attente de tout l'Ancien Testament s'est levée un matin de Pâques, quand le tombeau s'est ouvert et que la nuit la plus noire de l'histoire a fait place au jour. L'espérance chrétienne compte sur le matin parce qu'un matin, déjà, la mort a été vaincue. Comme l'écrira Paul, Car c'est en espérance que nous sommes sauvés. Or, l'espérance qu'on voit n'est plus espérance: ce qu'on voit, peut-on l'espérer encore?(Romains 8:24) et cette espérance ne trompe pas, parce qu'elle repose sur une résurrection déjà survenue.

Cette semaine, si tu traverses une nuit, ne t'épuise pas à vouloir forcer le jour. Fais plutôt comme le veilleur : tiens ton poste, et attends. Redis, autant de fois qu'il le faudra : Mon âme compte sur le Seigneur, Plus que les gardes ne comptent sur le matin, Que les gardes ne comptent sur le matin.(Psaumes 130:6) Laisse cette phrase être ta lampe jusqu'à l'aube. Tu ne fais pas venir le matin, mais tu peux le guetter, et le guetter change déjà la manière de traverser la nuit. Celui qui attend l'Éternel n'attend pas en vain : le matin, avec lui, est aussi sûr que le soleil, et plus sûr encore, car il repose sur une promesse qui ne ment pas.